Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

09.02.2010

n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02 - : Début : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.


n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02  - : Début : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.


Géopolitique & stratégie d'Iran

  n°31 du 08-02                        C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

Tiré à Part

L'Iran refuse le diktat de l'Occident.  

L'Iran lance l'enrichissement de son uranium.

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 G. Houbballah : Voila pour lequel ont se bat.

1-2 M. K. Bhadrakumar : La géopolitique des pipelines à un tournant capital.

1-3 Thierry Meyssan : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.

Suite

1-4 Gore Vidal : Les Etats-Unis, une Maison de fous, Obama incompétent et dépassé.

1-5 Domenico Losurdo : Le Dalaï Lama et Obama : La rencontre entre deux Prix Nobel du mensonge. 

1-6 Les dessous de l'attentat qui a coûté la vie à un professeur d'université.

Fin

2 Annexe

2-1 Rapport introductif sur l’évolution de la politique mondiale,

2-2 Gabriel Arnoux : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan.

2-3 Howard Zinn : La légalisation de l'injustice.

2-4 Barack Obama : Discours sur l’état de l’Union 2010.



Tiré à Part

L'Iran refuse le diktat de l'Occident.
Téhéran est prêt à coopérer avec différents pays dans le nucléaire civil, mais refuse de suivre les injonctions de l'Occident, qui l'incite à renoncer aux technologies nucléaires, a déclaré dimanche le président iranien Mahmoud Ahmadinejad.
"Ceux qui s'opposent aux armes nucléaires devraient commencer par détruire leurs propres stocks", a-t-il affirmé dans une interview à la chaîne de télévision NTV.
"Nous sommes prêts à coopérer avec différents pays dans le domaine des technologies nucléaires, mais nous ne permettrons à personne de nous dicter ce que nous devons faire", a indiqué M.Ahmadinejad, ajoutant que son pays souhaitait coopérer "sur la base du respect mutuel"

8/2

http://fr.rian.ru/world/20100207/186009079.html

 

L'Iran lance l'enrichissement de son uranium.
Le président Ahmadinejad a ordonné dimanche de lancer la production d'un combustible nucléaire capable "d'alimenter" le réacteur de recherche de Téhéran.
"J'ai demandé à Ali Akbar Salehi [chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique] de commencer à produire de l'uranium enrichi à 20% avec nos centrifugeuses", a déclaré M.Ahmadinejad cité par la télévision nationale iranienne.
Cette décision de Téhéran va à l'encontre de sa décision, annoncée la semaine dernière, d'expédier son uranium faiblement enrichi à l'étranger en échange d'un combustible à niveau d'enrichissement porté à 20%.

Réaction violente du Pentagone qui a appelé la communauté internationale à accentuer les pressions sur l'Iran.
Afin de porter l'uranium à 20%, l'Iran a annoncé son intention de construire 10 nouvelles usines d'enrichissement en plus de celles de Natanz (centre) et de Qom (nord du pays).

8/2

http://fr.rian.ru/world/20100207/186006861.html



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information

1-1 G. Houbballah : Voila pour lequel ont se bat.

Voici les principaux extraits du contenu de la charte:
L’hégémonie américaine
Après
la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis se sont imposés en tant que projet central de domination, un projet fondé sur un développement dans les mécanismes de domination et d'asservissement sans précédent, renforcé par des réalisations à tous les niveaux de la connaissance scientifique, culturelle, technologique, économique et militaire.
Un projet politique et économique qui ne conçoit le monde que comme une ouverture à des marchés qui doivent être régis par leurs propres lois.
La chose la plus dangereuse dans la logique de l'hégémonie de l'Occident, et plus particulièrement les États-Unis, est de considérer que le droit de dominer le monde est naturel, et donc la stratégie économique capitaliste du projet est de nature globale, sans limites dans ses ambitions avides.
Les facteurs de contrôle du capitalisme sauvage, qui se composent d'un président et de réseaux internationaux soutenus par des sociétés transnationales, des institutions internationales, notamment financières appuyées par la force militaire supérieure, ont provoqué des conflits : conflits d'identités, de cultures et de modes de civilisations, contradictions entre riches et pauvres, etc.
Le capitalisme sauvage a transformé la mondialisation en un mécanisme de domination, de désunion, de discorde et de destruction des identités voire de l'aliénation culturelle, économique et sociale.
Cette mondialisation a atteint son paroxysme quand elle s’est transformée en militaire : dont les exemples au Moyen-Orient ne manquent comme l'Afghanistan, l'Irak,
la Palestine, le Liban, avec la guerre globale de Juillet de 2006, exécutée par les Israéliens.
L'hégémonie et la domination des États-Unis ont atteint des niveaux dangereux récemment, surtout depuis la dernière décennie du XXe siècle et aujourd'hui encore, de façon ascendante après la chute de l'Union soviétique, une opportunité historique pour l'hégémonie américaine de conduire le monde au nom de la responsabilité historique et d’imposer l’idée qu'il n'y a pas de distinction entre les intérêts du monde et les intérêts américains.
Cette hégémonie a atteint son apogée avec l'administration Bush, qui a exprimé sa vision dans un document "Project for the New American Century" (1), écrit avant les élections américaines en l’an 2000.
Rien d'étrange ni de surprenant que ce document insiste sur la question du renforcement des capacités des USA à travers le monde, à travers une politique stratégique fondée sur le renforcement des capacités militaires. Ces dernières ne sont plus une force de dissuasion, mais aussi une force d’intervention, à la fois pour effectuer des frappes «préventives» à des fins « thérapeutiques » pour traiter des crises après qu'elles se produisent.
L'administration Bush a considéré les événements du 11 Septembre 2001 comme une occasion de réaliser cette vision, à travers le slogan de la «
guerre mondiale contre le terrorisme » et cette administration a travaillé comme suit :
1 - militarisation de la politique étrangère et de ses relations diplomatiques,
2 - éviter de dépendre des cadres multilatéraux, et monopoliser la prise de décision stratégique, et la coordination en cas de besoin, avec les alliés qui peuvent être convoqués,
3 - résoudre la guerre en Afghanistan rapidement pour se préparer à la prochaine étape, à savoir : contrôle de l'Irak, qui servira de pont principal pour l'établissement d'un nouveau Moyen-Orient en rapport avec les exigences du monde après le 11 Septembre.

Cette administration n'a pas hésité à recourir à toutes les méthodes de camouflage, de tromperie et les mensonges éhontés pour justifier les guerres, particulièrement la guerre en Irak, contre tous ceux qui résistent à ses projets néocoloniaux.
Dans ce contexte, l’administration a tenu à établir un lien entre le terrorisme et la résistance pour lui soutirer toute légitimité reconnue dans les droits de l'homme et ainsi justifier la lutte contre les guerres de toutes sortes, et donc réduire à néant les derniers bastions de la défense des peuples et de leur droit de vivre dans la liberté, la dignité et la fierté, à vivre leur propre expérience, à assumer leurs rôles dans le mouvement de l'histoire humaine, culturellement et intellectuellement.
Le « terrorisme » a servi d’argument à la domination américaine à travers divers moyens : poursuites judiciaires, saisie et détention arbitraire, absence des éléments les plus fondamentaux d'un procès équitable, tel que constaté dans les lieux de détention de "Guantanamo", intervention directe dans la souveraineté des États, déclenchement de guerres destructrices et dévastatrices sans distinguer l'innocent du coupable, ni entre les enfants et les hommes, les femmes et les jeunes...
Le prix humain des guerres américaines contre le terrorisme a dépassé le nombre de millions de personnes sans compter la destruction des infrastructures, mais aussi la structure et les composantes des communautés elles-mêmes, démantelées…
Il ne fait aucun doute que le terrorisme américain est à l'origine de tout le terrorisme dans le monde, et l'administration Bush a fait des États-Unis une menace pour le monde entier à tous les niveaux. Si, aujourd'hui, on fait un sondage de l'opinion mondiale, les Etats-Unis apparaîtront comme le pays le plus haï dans le monde.
L'échec subi par la guerre en Irak et la situation évolutive de la résistance, l'échec de la soi-disant « guerre contre le terrorisme », notamment en Afghanistan, où l’on assiste à un retour en force du mouvement des Talibans et la reconnaissance de leur rôle en cherchant à faire des compromis avec eux, ainsi que l'échec de la guerre américaine contre la résistance au Liban et en Palestine, via l’occupation israélienne, tout cela a frappé de plein fouet le prestige américain au niveau international lui causant un repli stratégique dans sa capacité à agir.
Toutefois, cela ne signifie pas que les Etats-Unis se retireraient de la scène facilement, ils feront tout le nécessaire pour protéger ce qu'ils appellent leurs « intérêts stratégiques », parce que les politiques visant à promouvoir l'hégémonie américaine, les projets idéologiques, alimentés par des tendances extrémistes

(G. Houbballah, pour Al Manar)


1-2 M. K. Bhadrakumar : La géopolitique des pipelines à un tournant capital.

Le Turkménistan réserve ses fournitures de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran

Le 6 janvier 2010, l’Iran et le Turkménistan inauguraient le gazoduc Dovletabat-Sarakhs-Khangiran, un projet commun d’une ampleur exceptionnelle. Ce grand pas en avant pourrait véritablement bouleverser la donne dans le « Grand échiquier » pour le contrôle de l’énergie : les États-Unis sont mis hors-jeu par leurs concurrents sans que ces derniers ne provoquent les agressions et les effusions de sang dont les États-uniens s’étaient rendus responsables au cours des seules opérations de sécurisation des routes d’accès. Si l’avenir de l’énergie se trouve non pas dans le pétrole mais dans le gaz, alors le contrôle du Proche-Orient pourrait bien passer par celui du bassin de la mer Caspienne.

Le Président du Turkménistan, Gurbanguli Berdymukhamedov (au centre) et son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad (à gauche) s’entretenant avec Ahamed Mohamad Ali, président de la Banque islamique de développement (à droite) lors de la cérémonie d’inauguration du nouveau gazoduc (Achgabat, Turkménistan, 6 janvier 2010).

En janvier dernier, l’inauguration du gazoduc Dauletabad-Sarakhs-Khangiran reliant le nord de l’Iran dans le bassin de la mer Caspienne aux gisements gaziers turkmènes est sans doute passée inaperçue dans la cacophonie médiatique occidentale, pour qui le régime islamique de Téhéran vit son Apocalypse Now.

L’événement est lourd de messages concernant la sécurité de la région. En l’espace de trois semaines, le Turkménistan a décidé d’attribuer la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran : il est d’autant moins intéressé par les projets de tracés proposés par les États-Unis et l’Union Européenne. Entendons-nous au loin les notes d’une symphonie jouée de concert par la Russie, la Chine et l’Iran ?

Ce gazoduc, long de 182 km, a beau démarrer modestement avec une capacité de 8 milliards de mètres cubes (8 G.m3) de gaz, sa capacité annuelle n’en est pas moins de 20 G.m3. Ce volume satisferait, en Iran, les besoins des habitants de la plaine côtière de la mer Caspienne et permettrait à Téhéran de réserver à l’exportation la production des puits gaziers exploités dans le sud de son territoire. Le contrat satisfait pleinement les deux parties : Achgabat s’assure un marché à ses portes ; le nord de l’Iran n’a plus à réduire sa consommation par crainte des pénuries en hiver et Téhéran peut donc affecter ses surplus à l’exportation. De plus, via l’Iran, le Turkménistan peut développer d’autres voies de transport vers le reste du monde. Aussi l’Iran peut-il espérer jouir pleinement des avantages de sa position géographique parfaite pour servir de terminal aux exportations gazières turkmènes.

Nous assistons à une redistribution des cartes de la coopération énergétique au niveau régional qui n’a que faire des « supermajors » du pétrole [1]. Comme d’accoutumée, la Russie mène le jeu ; la Chine et l’Iran suivent l’exemple. La Russie, l’Iran et le Turkménistan occupent respectivement le premier, le second et le quatrième rang mondial pour ce qui est des réserves de gaz. Par ailleurs la Chine va s’imposer, au cours de ce siècle, le grand pays importateur par excellence. Tout cela a des conséquences capitales sur la stratégie globale des États-Unis.

Le gazoduc construit par l’Iran et le Turkménistan fait fi de la politique américaine envers l’Iran. Les États-Unis menacent l’Iran de nouvelles sanctions et prétendent que « Téhéran se trouve de plus en plus isolé. » Mais l’on voit malgré tout Mahmoud Ahmadinejad parcourir l’Asie Centrale à bord de son jet présidentiel, être accueilli sur un tapis rouge à Achgabat par son homologue Gurbanguly Berdymukhammedov, et devant nos yeux émerge un nouvel axe économique. La diplomatie coercitive des États-Unis n’a pas porté ses fruits. Le Turkménistan, dont le produit national brut atteint 18,3 milliards de dollars, a bravé l’unique superpuissance (au PNB de 14,2 billions de dollars – 14,2.1012 ou 14 200 milliards). Pire encore, il a traité le dossier comme une affaire courante.

Ce drame comporte aussi ses ramifications. Pour commencer, Téhéran affirme avoir scellé un accord avec Ankara pour exporter le gaz turkmène vers la Turquie en passant par le gazoduc existant, long de 2 577 km, reliant Tabriz, dans le nord de l’Iran, et Ankara. On le voit, la Turquie mène sa politique étrangère de manière indépendante, aspirant elle aussi à devenir une plaque-tournante dans la distribution de gaz vers les marchés européens. L’Europe pourrait ainsi perdre la bataille qu’elle mène pour s’octroyer un accès direct aux réserves du bassin de la mer Caspienne.

Deuxièmement, la Russie ne semble pas s’inquiéter à l’idée que la Chine trouve des sources d’approvisionnement énergétique Asie Centrale. La demande européenne de gaz russe a chuté et les pays producteurs d’Asie Centrale s’installent sur le marché chinois. La Russie ne devrait connaître aucun problème d’approvisionnement particulier en conséquence des importations chinoises (que ce soit pour sa consommation intérieure ou pour ses exportations). Elle est suffisamment bien implantée sur le marché de l’énergie en Asie Centrale, et autour de la mer Caspienne, pour éviter toute pénurie d’énergie.

Ce qui importe plus que tout, pour la Russie, c’est de ne pas voir s’éroder son statut de premier fournisseur d’énergie vers l’Europe. Tant que les pays producteurs d’Asie Centrale ne manifestent aucune demande pressante pour la construction de nouveaux pipelines transcaspiens sous tutelle américaine, la Russie n’a rien à redire.

Au cours de sa récente visite à Achgabat, le Président russe Dmitri Medvedev a normalisé les relations entre la Russie et le Turkménistan au sujet des questions énergétiques. Ce resserrement des liens avec le Turkménistan constitue une avancée majeure pour les deux pays. Premièrement, le réchauffement significatif de leurs relations permet au Turkménistan de maintenir l’exportation vers la Russie d’un volume annuel de 30 G.m3 de gaz. Deuxièmement, pour citer Medvedev : « Pour la première fois dans l’histoire des relations qui unissent la Russie et le Turkménistan, la base de calcul de prix pour l’approvisionnement en gaz sera élaborée de manière absolument comparable à celle des marchés européens. » Certains commentateurs russes affirment que Gazprom ne tirera aucun profit à acheter le gaz turkmène et qu’en outre, si Moscou a accepté de payer le prix fort, c’est d’abord parce que le Kremlin est résolu à ne pas laisser un seul mètre cube de gaz à la disposition d’autres projets de gazoducs, et surtout pas le Nabucco, un projet soutenu par les États-Unis.

Troisièmement, et contrairement à ce que distille la propagande occidentale, Achgabat ne voit pas dans le gazoduc chinois une solution de remplacement à Gazprom. La politique des prix pratiquée par la Russie constitue une garantie que Gazprom demeure un client irremplaçable pour le Turkménistan. Les négociations sur le prix de vente du gaz attribué à la Chine se poursuivent, mais le tarif final ne pourra jamais concurrencer l’offre russe.

Quatrièmement, la Russie et le Turkménistan ont réitéré leur engagement pour développer le gazoduc transcaspien le long de la côte est de la mer Caspienne jusqu’à la Russie, dont la capacité atteindra 30 G.m3. A l’évidence, grâce aux réserves turkmènes (et kazakhs), la Russie espère centraliser de plus grandes quantités de gaz naturel en provenance d’Asie Centrale.

Cinquièmement, Moscou et Achgabat se sont également entendus pour construire conjointement un gazoduc est-ouest reliant tous les puits de gaz turkmènes à un même réseau afin de permettre l’acheminement de gaz vers la Russie, la Chine et l’Iran depuis n’importe quel gisement.

On le voit bien, dans le contexte d’intensification des avancées américaines en Asie Centrale, la visite de Medvedev à Achgabat n’est pas sans conséquences sur la sécurité de la région. Lors d’une conférence de presse commune avec Medvedev, Berdymukhammedov déclarait que Moscou et Achgabat partageaient une vision générale sur la situation de la zone, en particulier à propos de l’Asie Centrale et du bassin de la mer Caspienne. Il a également souligné le fait que les deux pays ne considèrent pas la sécurité de l’un sans envisager celle de l’autre. Medvedev confirmait quant à lui la similitude de leurs analyses, partagées unanimement, sur les sujets sécuritaires et leur volonté de travailler ensemble.

En cherchant à contourner la Russie, à laisser la Chine sur le bas-côté et à isoler l’Iran, la stratégie diplomatique de développement des pipelines mise en œuvre par les États-Unis dans la région de la mer Caspienne n’a pas fonctionné. La Russie prévoit à présent de doubler son importation de gaz en provenance d’Azerbaïdjan, entravant ainsi davantage les efforts occidentaux pour faire de Bakou un fournisseur du Nabucco. Aux côtés de la Russie, l’Iran émerge en tant qu’importateur de gaz azerbaïdjanais. En décembre, l’Azerbaïdjan signait un accord pour livrer du gaz à l’Iran via le gazoduc Kazi-Magomed-Astara qui s’étend sur 1 400 km.

Le moteur de ces développements est l’irrépressible élan pris par le South Stream et le North Stream russes, qui alimenteront en gaz l’Europe du Nord et du Sud. Les obstacles érigés contre le North Stream ont été levés après le feu vert, sur le plan environnemental, du Danemark (en octobre), de la Finlande, de la Suède (en novembre) et de l’Allemagne (en décembre). Les travaux de construction du gazoduc démarreront au printemps.

Gazprom, les industriels allemands E.ON Ruhrgas et BASF-Wintershall, et Gasunie, une entreprise néerlandaise de transport gazier, ont investi ensemble 12 milliards de dollars pour la construction du gazoduc North Stream, dont le parcours évite le tracé des voies de transit datant de l’époque soviétique traversant l’Ukraine, la Pologne et la Biélorussie. Long de 1 220 km, il part du port de Vyborg dans le nord-ouest de la Russie, passe sous la mer Baltique et débouche dans le port allemand de Greifswald. La capacité de 27,5 G.m3 (par an) sera atteinte l’année prochaine avec la mise en service d’un premier tronçon, avant de doubler en 2012. Le North Stream va profondément affecter la géopolitique de l’Eurasie, les équations transatlantiques et les liens entre la Russie et l’Europe.

De toute évidence, l’année 2009 a été une année historique dans la « guerre de l’énergie ». D’abord, l’inauguration du gazoduc chinois par le président Hu Jintao le 14 décembre, ensuite, celle du terminal pétrolier près du port de Nakhodka en Sibérie Orientale par le Premier Ministre Vladimir Poutine le 27 décembre (l’oléoduc qui le rejoint et qui relie les nouveaux gisements de la Sibérie Orientale à la Chine et aux nouveaux marchés asiatiques sur le Pacifique, pour un budget conséquent de 22 milliards de dollars), et enfin, celle du gazoduc iranien par Ahmadinejad le 6 janvier dernier. Subtilement, c’est presque toute la carte énergétique de l’Eurasie et de la région de la mer Caspienne qui s’est vue redessinée.

L’année 2010 démarre sur cette nouvelle interrogation fascinante : la Russie, la Chine et l’Iran vont-ils coordonner leurs prochaines actions ou, au moins, harmoniser leurs intérêts conflictuels ?

Bhadrakumar

Lundi 1er février 2010

M. K. Bhadrakumar a mené une carrière de diplomate au sein du Ministère des Affaires Étrangères indien. Parmi ses affectations figurent l’URSS, la Corée du Nord, le Sri Lanka, l’Allemagne, le Pakistan, l’Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.

Bhadrakumar

Lundi 1er février 2010

M. K. Bhadrakumar a mené une carrière de diplomate au sein du Ministère des Affaires Étrangères indien.

Traduction Nathalie Krieg

Source Asia Times Online (Chine)

Lancé fin 1995, l’édition papier de l’Asia Times , journal anglophone de Hong Kong, s’est arrêtée en juillet 1997 et a donné naissance, en 1999, à un véritable journal en ligne régional. Yazhou Shibao Zaixian, sa version chinoise, traduit depuis 2003 une partie des articles de la version anglaise et produit également des reportages originaux sur la Chine.

[1] N.D.T. En anglais « Big Oil » désigne, un peu péjorativement, les six plus grandes compagnies pétrolières privées mondiales : ExxonMobil (USA), Royal Dutch Shell (Pays-Bas), BP (Royaume-Uni), Chevron Corporation (USA), ConocoPhillips (USA), Total S.A. (France).

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.M.K.Bhadraku...

http://www.voltairenet.org:80/article163791.html


1-3 Thierry Meyssan : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.
Iran/Nicaragua : nouveau mensonge d’Hillary Clinton

La secrétaire d’État Hillary Clinton s’est publiquement inquiétée de la construction d’une méga-ambassade iranienne au Nicaragua. Sur les plateaux de télévision US, des « experts » ont disserté sur les opérations militaires secrètes que les Gardiens de la Révolution iranienne prépareraient en Amérique latine contre les intérêts états-uniens et israéliens. Mais quelle est la base factuelle de ce tintamarre médiatique ?

Alors que le complexe militaro-industriel et l’état-major interarmes états-unien on révisé leur approche de l’Iran, notamment depuis le rapport Baker-Hamilton et la « révolte des généraux » [1], les néo-conservateurs (israéliens et anglo-saxons) ont multiplié les campagnes de communication contre l’Iran.

L’opinion publique occidentale a ainsi été largement intoxiquée et croit aujourd’hui massivement que le président Ahmadinejad ne veut pas en finir avec l’apartheid en Palestine, mais avec les Israéliens [2] ; ou encore, qu’il cherche à fabriquer une bombe atomique, bien que l’imam Khomeiny ait déclaré cette arme de destruction massive contraire aux valeurs de l’islam.

En juin 2009, l’opinion publique occidentale a été convaincue que l’Iran actuel est une dictature cléricale qui a truqué l’élection présidentielle et a réprimé dans le sang des manifestations populaires, alors que l’on a assisté à une épreuve de force au sein de la classe dirigeante où la haute bourgeoisie —dont le haut clergé autour de l’ayatollah Rafsandjani— soutenue par les Anglo-Saxons a tenté de renverser un parti populiste d’anciens combattants de la guerre contre l’Irak, protégé par le Guide suprême [3]

Néanmoins, un autre front dans la guerre contre la vérité a été ouvert par les néco-cons : l’« Iranian Connection » en Amérique latine.

On sait que le bloc révolutionnaire latino-américain (Cuba, Bolivie, Équateur, Honduras, Nicaragua, Saint-Domingue, Venezuela ) et le bloc révolutionnaire proche-oriental (Iran, Résistance libanaise, Résistance palestinienne, Syrie) se sont rapprochés à la fois pour contourner les restrictions qui leur sont imposées par les États-Unis et pour créer des institutions internationales alternatives à celles contrôlées par Washington.

L’intox consiste à faire accroire que ces États et groupes politiques, qui développent une politique inspirée du mouvement des non-alignés, auraient un plan expansionniste et un agenda militaire cachés.

Le ballon d’essai de cette campagne est lancé par un article du chroniqueur argentin basé aux États-Unis, Andrés Oppenheimer, dans le Miami Herald [4]. Selon le journaliste, qui commente la tournée du président Ahmadinejad en Amérique latine, l’Iran ne cherche pas seulement à briser son isolement diplomatique, mais aussi à exporter son idéologie « fasciste » (sic) pour prendre les États-Unis à revers. Au passage, Oppenheimer dénonce la présence grandissante d’obscurs personnels diplomatiques iraniens en Amérique latine, notamment au Nicaragua.
Le scoop est d’autant plus frappant qu’il provient d’un journaliste ayant construit sa réputation sur la révélation de l’Irangate, lorsque l’administration Reagan soutenait les Contras du Nicaragua à l’insu du Congrès, grâce à un montage israélien complexe ayant assuré la fortune personnelle de l’ayatollah Rafsandjani.

Ce scoop aurait pu passer inaperçu, s’il n’avait été relayé lors d’une audition au Congrès par Nancy Menges. Cette « experte » avait été invitée par le sénateur Eliot Engel à témoigner le 5 mars 2008 sur l’évolution de Cuba après la maladie de Fidel Castro. Elle fut présentée aux parlementaires comme membre du Center for Security Policy, le think tank des faucons à Washington [5]. Ceux qui connaissent le microcosme washingtonien savent que, malgré la différence d’âge, elle est la veuve de Constantin Menges. Ce personnage haut en couleur fut le directeur Amérique latine de la CIA et conseiller de Ronald Reagan. Son nom reste surtout attaché au soutien aux Contras nicaraguayens et à l’invasion de la Grenade. Mme Menges entretient la mémoire de son époux et poursuit la publication de son bulletin, l’Americas Report.

Mme Menges a assuré à ses auditeurs qu’ils ne devaient pas se réjouir trop vite de la maladie du Commandante Castro, la Cuba socialiste étant remplacée par le Venezuela bolivarien dans les cauchemars du « monde libre ». Pis, Hugo Chávez aurait ouvert la porte du continent aux révolutionnaires islamistes iraniens et aux guérilleros du Hezbollah et du Hamas. Après avoir évoqué toutes sortes de rumeurs effrayantes, y compris la possible livraison d’uranium par le Venezuela et la Bolivie à l’Iran ou l’influence éventuelle du Protocole des sages de Sion sur Hugo Chávez, Nancy Menges déclara :
« La présence iranienne peut aussi être trouvée au Nicaragua. L’Iran a récemment établi une énorme ambassade à Managua. Des diplomates disposant de l’immunité vont et viennent et le bâtiment est sécurisé de tout espionnage. Il n’y a pas de contrôle des mouvements des diplomates iraniens. A la mi-2007, on a découvert que [le président] Ortega a autorisé 21 Iraniens à entrer dans le pays sans visa. Ceci montre clairement que le régime d’Ortega, comme celui de Chavez, ne surveille pas qui entre dans leurs pays respectifs. Cela peut avoir des conséquences sérieuses sur la sécurité de notre région. » [6]

Au moment où Nancy Menges déposait à la Chambre, son ami Michael Rubin publiait un bref rapport pour l’American Enterprise Institute, intitulé « L’ambition globale de l’Iran » [7]. Rubin fut conseillé du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld pour l’Irak et l’Iran. Il participa activement à la fabrication des intoxications qui servirent à justifier l’invasion de l’Irak, puis il rejoignit la direction de l’Autorité provisoire de la Coalition. Il milita pour l’extension de la guerre d’abord contre la Syrie, puis contre l’Iran, et préconisa publiquement l’assassinat de leurs présidents.
S’adressant à un public ignorant de l’histoire proche-orientale, Michael Rubin a beaucoup contribué à développer le mythe d’un Iran expansionniste. Dans ce petit rapport, il accumule les rumeurs glanées ici et là, pourvu qu’elles servent son objectif de diaboliser l’Iran. Parmi elles, il reprend à sa manière le scoop d’Oppenheimer : « L’ambassade d’Iran à Managua est maintenant la plus importante mission diplomatique de la ville » [8].

Ce qui n’est encore qu’un « scoop » journalistique ou un « renseignement » d’expert, devient une vérité officielle lorsque la secrétaire d’État Hillary Clinton le confirme. Lors de la séance de questions-réponses avec le personnel du département d’État à l’occasion de la Journée des Affaires étrangères, le 1er mai 2009, elle déclare : « Je ne pense pas que dans le monde d’aujourd’hui, qui est multipolaire, où nous rivalisons [en Amérique latine] avec au moins les Russes, les Chinois et les Iraniens, il soit de notre intérêt de tourner le dos aux États de notre région (…) Nous cherchons à comprendre comment traiter avec [le président] Ortega. Les Iraniens construisent une énorme ambassade à Managua, et vous pouvez imaginer pourquoi ». [9] Bref, il faut trouver une solution avant que la Révolution islamique ne soit installée aux portes des États-Unis.

Aussitôt, tous les networks US organisent des talk shows. On y disserte sur les actions militaires secrètes que les Gardiens de la Révolution iranienne ne manqueront pas de fomenter depuis leur imposant QG de Managua.
Le représentant républicain de Floride, Connie Mack, commente lors d’une télé-conférence organisée par l’Israel Project, le 1er juin 2009 [10] : « L’influence grandissante de l’Iran en Amérique latine me rappelle la relation entre
la Russie (sic) et Cuba lorsque nous avons dû faire face à la crise des missiles » [11].

Patatras ! Dans son édition du 13 juillet 2009, le Washington Post révèle que le chantier de la méga-ambassade iranienne n’a jamais existé [12]. Il ne s’agit pas d’une exagération ou d’une déformation, mais d’une pure invention.
L’Iran a ouvert au cours dernières années 6 nouvelles ambassades en Amérique latine, s’ajoutant aux 4 déjà existantes. Cela en fait 10 au total pour 33 États latinos.

À Managua, l’Iran est représenté par un ambassadeur. Il vit avec son épouse dans un appartement loué. Pas de trace de « diplomates obscurs allant et venant », et encore moins de conseillers militaires. Il y a bien eu un projet de construire une petite villa comme ambassade, mais il a vite été abandonné en l’absence de financement. Les relations politiques entre le Nicaragua et l’Iran sont excellentes, mais les échanges économiques sont inexistants en raison d’une dette nicaraguayenne persistante de 160 millions de dollars.

Pressé de questions, le porte-parole du département d’État, Ian Kelly, a dû piteusement battre en retraite. Plutôt que de reconnaître une erreur de Mme Clinton, il s’est félicité de la bonne nouvelle que représente l’absence de méga-ambassade iranienne à Managua, bien que les États-Unis n’aient de conseils à donner à personne en matière de taille de ses représentations diplomatiques [13]. Et lorsque qu’on lui a demandé auprès de qui la secrétaire d’État avait vérifié cette fausse information, M. Kelly s’est efforcé de réaliser une diversion à propos d’un universitaire états-unien détenu en Iran. Après tout, peu importe la véracité de ce qu’on leur reproche, l’essentiel est de réaffirmer que les Iraniens sont dangereux.

Depuis que George Bush dénonçait un imaginaire pacte militaire anti-américain entre l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord, « l’Axe du Mal », les dirigeants politiques ont changés à Washington, mais pas les méthodes.

Documents joints

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan

Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).

http://www.voltairenet.org/article161085.html

n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02 - : Suite : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.


n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02  - : Suite  : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.


Géopolitique & stratégie d'Iran

  n°31 du 08-02                        C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion

Suite    

1-4 Gore Vidal : Les Etats-Unis, une Maison de fous, Obama incompétent et dépassé.

1-5 Domenico Losurdo : Le Dalaï Lama et Obama : La rencontre entre deux Prix Nobel du mensonge. 

1-6 Les dessous de l'attentat qui a coûté la vie à un professeur d'université.


1-4 Gore Vidal : Les Etats-Unis, une Maison de fous, Obama incompétent et dépassé.

Vous vous souvenez sans doute de lui si vous avez vu le film "Zéro – Enquête sur le 11-Septembre". Gore Vidal[1] intervient vers la fin du film pour dénoncer l’absence totale de réponse de l’US AIR FORCE au moment des attentats de 2001. Essayiste et écrivain célèbre, parmi les plus lus aux Etats-Unis, il connaît aussi très bien le domaine de l’aviation.

Son père fut l’un des fondateurs des transports aériens américains et participa à l’élaboration des bases de la réglementation aérienne aux USA, fondant du même coup la FAA (FEDERAL AVIATION AGENCY). Et quand Gore Vidal explique ne pas comprendre la chronologie des événements du 11/9, son avis devrait en interpeler plus d’un.

Au moment où la popularité du récent Prix Nobel de la Paix commence à fâcheusement baisser, il nous paraît intéressant de revenir sur cette interview de Gore Vidal datant d’octobre dernier. Il nous y livre une vision abrupte et désenchantée de son pays, les USA, qui, selon lui, est devenu nocif pour l’humanité, et qu’Obama n’aura pas le pouvoir de redresser.

Les Etats-Unis Une Maison De Fous, Obama Incompétent et Dépassé Selon Gore Vidal

Extraits d’une interview du célèbre essayiste et écrivain américain, Gore Vidal, qui ne mâche pas ses mots à la fois vis-à-vis des Etats-Unis et de l’actuel Président Barack Obama.

paru sur PlaneteNonViolence, le 11 octobre 2009

Il a 84 ans, est maintenant confiné dans une chaise roulante, mais sa rage contre son pays, ses dirigeants et ses concitoyens continue de brûler avec la même intensité. Johann Hari, l’a interviewé pour le quotidien britannique « The Independent » et cette interview a été publiée le 07/10/09 sous le titre : « Gore Vidal’s United States of Fury ». Né dans une famille aisée, il a, dès l’âge de cinq ans, accompagné son grand-père, Thomas Pryor Gore, aveugle, Sénateur de l’Oklahoma, dans ses lectures, le guidant également discrètement lors de ses sorties mondaines à Washington DC. Son grand-père soutenait le peuple contre les pouvoirs concentrés aux mains de Wall Street et de la finance, représentant les cultivateurs de coton dont les activités avaient été détruites par la spéculation des financiers de Wall Street sur les cours mondiaux du coton. « Populiste » comme lui, Vidal est aussi comme son grand-père critique mais néanmoins compréhensif à l’égard de la populace qu’il considère comme idiote et droguée par la télévision et les fast-foods. « Dès que nous sommes devenus un empire, nous avons cessé d’enseigner la géographie dans les écoles, donc personne ne sait où se trouve tel ou tel endroit. Ce n’est pas la faute des gens – on les a pervertis, les obligeant à penser à la manière impériale de façon à ce qu’ils soient des travailleurs dociles et des consommateurs fidèles.C’était cela le rêve et il est devenu réalité »

Devenu une figure emblématique de la gauche critique à l’égard de la politique étrangère américaine, il a mis en garde contre la guerre du Vietnam et d’Irak, et il fut d’ailleurs souvent visionnaire, prédisant avec justesse ce qui allait se passer. Alors même que G.W. Bush, après les attentats du 11 Septembre, était au sommet de sa popularité, il déclara : « retenez mes paroles – il quittera ses fonctions comme le plus impopulaire Président de l’Histoire ».

Gore Vidal s’exprime de façon abrupte et ne mâche pas ses mots, décrivant les Etats-Unis comme une « Maison de Fous » et l’actuel Président, Barack Obama comme « incompétent » et « dépassé ». Incarnation du siècle américain tout juste terminé, c’est le plus grand essayiste américain de son époque, ses romans sont ceux qui se vendent le plus. Mais c’est aussi le critique le plus acerbe de l’expérimentation américaine qu’il considère comme un « échec ». Pour lui, tout ce qui a été fait l’a été pour rien ; bientôt le pays sera placé entre le Brésil et l’Argentine sur la liste des pays classés par importance, et c’est la place qu’il mérite, selon lui. L’Empire va s’effondrer militairement en Afghanistan, la nation va s’effondrer en interne quand Obama sera brisé par cette «Maison de Fous », et que les Chinois exigeront d’être remboursés des dettes contractées auprès d’eux par les US . Les Etats-Unis ruinés seront « un poids pour l’homme jaune » et «ils nous emploieront à tirer leurs pousse-pousse ou tout autre mode de transport qu’ils utilisent. »

Sur Obama, Gore Vidal dit avoir, comme beaucoup, considéré son élection avec optimisme. « Tout ce que nous avons dit sur l’intégration raciale a été complètement justifié…Mais il est incompétent. Il sera battu lors de la réélection. C’est dommage, car c’est le premier président intellectuel que nous ayons eu depuis des années, mais il ne peut pas tenir. Il n’est pas à la hauteur. Il est dépassé. Et qui ne le serait pas ? Les Etats-Unis sont une maison de fous. Le pays devrait être mis de côté – et on nous demande de partir. Rien n’a de sens. Le Président veut être aimé de tout le monde et il a pensé que la seule chose qu’il avait à faire c’était de parler raisonnablement. Mais souvenez-vous – le parti républicain n’est pas un parti politique. C’est un état d’esprit, comme les Jeunesses Hitlériennes. C’est plein de haine. Vous n’allez pas obtenir d’eux qu’ils coopèrent. N’essayez même jamais. La seule façon de les affronter, c’est de les terrifier. Il est trop délicat pour cela. »

Lorsqu’il établit une comparaison entre Obama et son défunt ami, Jack Kennedy, il secoue la tête. «Il est deux fois plus intellectuel que ne l’était Jack, mais Jack connaissait le vaste monde. Rappelez-vous, il a passé beaucoup de temps dans la Marine, perdant des navires. Ce gamin (Obama) n’a jamais entendu de sa vie un coup de fusil tiré sous l’effet de la colère. Il est complètement sous l’emprise des généraux qui lui racontent des mensonges et il les croit. Il n’a rien fait…. Il n’est pas prêt pour le devant de la scène et il y est projeté sans cesse ».

Interrogé sur l’existence d’un quelconque espoir pour l’Amérique de s’en sortir, il répond : « tous les signes que je vois sont sans appel . Mais les gens me disent "Oh, Mr Vidal, vous êtes trop négatif, ne pouvez-vous pas dire quelque chose d’agréable sur l’Amérique ? C’est un pays merveilleux, tout le monde veut y vivre."  Vraiment ? Quand est-ce qu’un Norvégien muni d’une carte verte a souhaité venir s’installer ici à cause du système de santé ? Je vous paie si vous en trouvez un. »

Les bonnes nouvelles, les voici selon lui : « L’Afghanistan sera fatal pour l’Empire américain, sûr. Ce qui est une manière plaisante de voir les choses. Nous serons rapidement éjectés du jeu impérial. Mais c’est trop tard pour le pays et sa constitution ».

Sur le peuple américain, il n’est pas tendre non plus. Les Américains sont-ils corrompus ? «Précisément, ils n’ont été bons qu’à devenir une puissance coloniale agitée – ou plutôt la lie de celle-ci »

Gore Vidal a adopté la politique « isolationniste » de son grand-père. « Je suis un patriote de la vieille république qui s’est lentement estompée pendant les années expansionnistes et a complètement disparu en 1950 quand l’Etat National Sécuritaire l’a remplacée…Je veux que nous passions d’une économie de période de guerre à une économie de temps de paix, et restaurer la constitution. Nous devrions laisser le monde tranquille, avant qu’il ne nous oblige à le faire. »

Selon lui, les US ne sont menacés que parce qu’ils menacent les autres. « En géopolitique comme en physique, il n’y a pas d’action sans réaction ». « Il n’y a pas eu de 11/09. Je veux dire – nos politiques étaient telles que nous allions avoir tout un tas de gens cinglés là-bas dans le Monde arabe qui allaient essayer de nous faire sauter à cause des crimes qu’ils pensaient que nous avions commis contre eux. N’importe quel fou pouvait le voir venir. Et je suis suffisamment fou pour l’avoir vu venir

Sur les attentats du 11 Septembre, il va bien plus loin et déclare abruptement que l’ Administration Bush était « probablement » impliquée. « Cela leur correspond complètement, donc on ne peut pas nous accuser de commencer à penser de manière quelque peu conspirationniste. Ils ont effectivement volé la grande élection de 2000 et ils ont d’une certaine façon mis la main sur la Cour Suprême des US, cet endroit sacré, et ont fait en sorte qu’ils fassent ce qu’ils voulaient avec la sélection et non pas l’élection, la sélection de George W. Bush comme Président. On n’a pas voté pour lui, les gens ne voulaient pas de lui. Et on les a d’une certaine manière trompés pour qu’il se retrouve en poste. »

Comme son grand-père qui s’était opposé à toutes les guerres à l’étranger menées par les US, notamment celle, selon lui non nécessaire, contre l’Allemagne et le Japon, pensant qu’elles étaient le fait de Big Bizness pour servir leurs intérêts, Vidal pense également qu’ « aucune guerre à l’étranger ne vaut qu’on sacrifie la vie d’un Américain ». Ce qu’il a dit avec un sourire de fierté, peut être le seul sourire ayant éclairé son visage pendant toute l’interview. Son grand-père, en adoptant une telle position et en se prononçant contre le New Deal, a perdu son poste de Sénateur.

Dernière sortie satyrique de Gore Vidal, celle-là sur Sarah Palin, la candidate pour la vice-présidence républicaine aux dernières élections présidentielles américaines : « la dernière idole du long culte américain de la stupidité ». Et de l’Alaska il dit : « l’endroit où tous les truands de l’Amérique vont se cacher. Et ils l’ont produite ».

Mireille Delamarre

Published par GeantVert

janvier 31, 2010

Gore Vidal a livré une interview télévisée[2] au cours de laquelle il invitait le public à lire le livre de David Ray Griffin : "Le Nouveau Pearl Harbor"[3]

Illustration vidéo http://www.dailymotion.com/video/kzO8TD2iGWmVpAPpXx


1-5 Domenico Losurdo : Le Dalaï Lama et Obama : La rencontre entre deux Prix Nobel du mensonge. 

La nouvelle est à présent officielle.

Sous peu le Dalaï Lama sera reçu par Obama à la Maison Blanche. La rencontre entre ces deux âmes jumelles était inévitable : à vingt ans d’écart  l’un de l’autre (1989 et 2009), tous les deux ont reçu le Prix Nobel pour  la paix, et tous les deux ont reçu cette distinction ad maiorem Dei gloriam, ou, pour plus d’exactitude,  pour la plus grande gloire de la "nation élue" par Dieu. 1989 était l’année où les Usa obtenaient le triomphe dans la guerre froide et s’apprêtaient à démanteler l’Union soviétique, la Yougoslavie et aussi –comme ils l’espéraient- la Chine. Dans ces conditions, celui qui allait être couronné champion de la paix ne pouvait être que le moine intrigant qui depuis trente ans déjà, encouragé et financé par la Cia, se battait pour détacher de la Chine un quart de son territoire (le Grand Tibet).

En 2009, la situation  avait radicalement changé : les dirigeants de Pékin étaient arrivés à éviter la tragédie qu’on voulait infliger à leur pays ;  au lieu d’être renvoyés aux décennies terribles de la Chine, opprimée, humiliée et souvent condamnée en masse à la mort par inanition, à la "Chine crucifiée" dont parle les historiens, un cinquième de la population mondiale avait connu un développement  prodigieux, tandis que s’avéraient clairement le déclin et le discrédit qui frappaient la superpuissance solitaire qui en 1989 avait cru avoir le monde dans ses mains. Dans les conditions qui avaient émergé en 2009, le Prix Nobel pour la paix couronnait celui qui, grâce à son habileté oratoire et sa capacité de se présenter comme un homme nouveau et venant d’en bas, était appelé à redonner quelque lustre  à l’impérialisme étasunien.  

En réalité, la signification authentique de la présidence Obama est à présent sous les yeux de tous. Il n’est de zone au monde dans laquelle  ne se soient pas accentués le militarisme et la politique de guerre des Usa. Dans le Golfe Persique a été envoyée une flotte, équipée pour neutraliser la riposte possible de l’Iran aux bombardements  sauvages qu’Israël prépare fébrilement grâce aussi aux armes fournies par Washington. En Amérique Latine, après avoir encouragé ou promu le coup d’état au Honduras, Obama installe sept bases militaires en Colombie, relance la présence de la IVème flotte, profite de l’urgence humanitaire en Haïti (dont la gravité est aussi la conséquence de la domination néocoloniale que les Usa y exercent depuis deux siècles) pour occuper massivement le pays : avec un déploiement de forces qui est aussi un lourd avertissement  aux pays latino-américains. En Afrique, sous prétexte de combattre le "terrorisme", les Usa renforcent leur dispositif militaire par tous les moyens : sa tâche réelle est de rendre le plus difficile possible l’approvisionnement  en énergie et matières premières dont la Chine a besoin, de façon à pouvoir l’étrangler au moment opportun.  En Europe même, Obama n’a pas du tout renoncé à l’expansion de l’OTAN à l’Est, et à l’affaiblissement de la Russie ; les concessions sont formelles et ne visent qu’à isoler le plus possible la Chine, le pays qui risque de mettre en question l’hégémonie planétaire de Washington.

Oui, c’est en Asie que le caractère agressif de la nouvelle présidence états-unienne émerge dans toute sa clarté. Il ne s’agit pas  seulement du fait que la guerre en Afghanistan a été étendue au Pakistan, avec un recours aux avions sans pilotes (et sa suite de "dommages collatéraux") nettement plus massif qu’à l’époque de l’administration Bush junior. C’est surtout ce qui arrive à Taïwan qui est significatif.  La situation allait s’améliorant nettement : entre la Chine continentale et l’île, les contacts et les échanges ont repris et se développent ; les rapports entre le Parti Communiste Chinois et le Kuomindang ont été rétablis. Avec la nouvelle vente d’armes, Obama veut atteindre un objectif bien précis : si vraiment on ne peut pas démanteler le grand pays asiatique, du moins faut-il en empêcher la réunification pacifique.

Et c’est en ce point là qu’annonce son arrivée à Washington une vieille connaissance de la politique du containment et du démantèlement de la Chine. Voici qu’au moment opportun entre de nouveau en scène Sa Sainteté qui, avant même de mettre les pieds aux Usa, bénit à distance le marchand de cannons qui siège à la Maison Blanche. Mais le Dalaï Lama n’est-il pas universellement connu comme le champion de la non-violence ? Je me permets, à propos de cette manipulation raffinée, de renvoyer à un chapitre de mon livre (La non-violence. Une histoire hors du mythe), que l’éditeur Laterza (Bari-Rome, NdT) sortira en librairie le 4 mars prochain . Pour le moment je me borne à anticiper un seul point. Des ouvrages ayant pour auteur ou co-auteur des ex-fonctionnaires de la Cia révèlent une vérité qui ne doit jamais être perdue de vue : la non-violence est un "écran" (screen) inventé  par le département des services secrets étasuniens majoritairement engagé dans la "guerre psychologique".  Grâce à cet "écran", Sa Sainteté était plongé dans une aura sacrée, alors que depuis longtemps, après sa fuite hors de Chine en 1959, il a promu au Tibet une révolte armée, alimentée par les ressources financières massives, par la puissante machine organisatrice et multi médiatique et par l’immense arsenal états-uniens ; révolte qui a cependant échoué à cause du manque d’appui de la part de la population tibétaine.  Il s’agissait d’une révolte armée –écrivent encore les ex-fonctionnaires de la Cia- qui a permis  aux Usa d’accumuler de précieuses expériences pour les guerres en Indochine, c’est-à-dire pour des guerres coloniales –c’est moi qui ajoute, cette fois- qui sont à ranger parmi les plus barbares du XXème siècle.

Maintenant, le Dalaï Lama et Obama se rencontrent. C’était dans la logique des choses.  Cette rencontre entre les deux Prix Nobel du mensonge sera plutôt affectueuse comme seule peut l’être une rencontre entre deux personnalités liées entre elles par des affinités électives. Mais elle ne promet rien de bon pour la cause de la paix.

Domenico Losurdo 

Domenico Losurdo enseigne l’histoire de la philosophie à l’Université d’Urbino. Il dirige depuis 1988 la Internationale Gesellschaft Hegel-Marx für dialektisches Denken, et est membre fondateur de l’Associazione Marx XXIesimo secolo « Rievoluzione »
( voir : http://www.pdcitv.it/video/2644/Associazione-Marx-XXI--Do... ).
Parmi ses nombreux ouvrages, sont (entre autres) disponibles en français : Fuir l’histoire ?

La révolution russe et la révolution chinoise aujourd’hui. (Le temps des Cerises-Delga, 2007),
Démocratie ou bonapartisme, triomphe et décadence du suffrage universel. (Le temps des Cerises
Le péché originel du 20ème siècle. (Aden, 2007)
Le révisionisme en histoire. Problèmes et mythes.  (Albin Michel, 2005)
Gramsci. Du libéralisme  au « communisme critique » (Syllepse, 2006)
Nietzsche, philosophe réactionnaire. Pour une biographie politique (Delga, 2008).
Contre-histoire du libéralisme,
Le Langage de l’Empire. Lexique de l’idéologie états-unienne (Laterza editori), sont en cours de traduction.
Staline. Histoire et critique d’une légende noire, paraîtra au printemps 2010 chez Aden.

Article original sur le blog de l’auteur :www.domenicolosurdo. it
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


1-6 Les dessous de l'attentat qui a coûté la vie à un professeur d'université.

25 Janvier

Comme le Guide suprême de la Révolution islamique l'a fait remarquer, l'attentat contre la vie du physicien iranien, a démasqué les ennemis qui tentent de porter atteinte au Djihad scientifique en Iran.  Ce professeur d'université est tombé en martyr, tué dans l'explosion d'une moto piégée alors qu'il sortait de chez lui. La mort en martyre de Massoud Ali Mohammadi a provoqué la colère du peuple et des responsables iraniens. Cet attentat a aussi eu de vastes répercussions à l'extérieur des frontières iraniennes. La mort en martyre du Dr. Ali Mohammadi a montré avant toute chose comment les ennemis de la nation iranienne ne lésinent sur rien pour entraver le progrès de la RII, et ils se permettent de commettre tout crime, dont le rapt ou le massacre pour arrêter ou ralentir le processus du progrès de la RII. Le président du Majlis islamique, Ali Larijani, était le premier haut responsable iranien à condamner l'attentat contre la vie du martyr Massoud Ali-Mohammadi et a fait allusion des renseignements sur un attentat terroriste. A rappeler que quelques heures après le meurtre de ce professeur d'université, un groupe royaliste a revendiqué, dans un communiqué, la responsabilité de cet attentat. Comme le président du parlement iranien l'a affirmé la semaine dernière, le communiqué de ce groupuscule inconnu ne visait qu'à couvrir l'identité de ceux qui sont impliqués dans l'attentat de ce professeur d'université iranien.
La CIA et le Mossad s'imaginaient que la publication d'un tel communiqué par un groupe marginalisé et impuissant parviendrait induire en erreur les responsables des services de renseignements et des Autorités de la RII sur ce crime. Mais, les services de renseignements et de sécurité du pays avaient obtenu quelques jours avant l’attentat, des rapports faisant état d'une opération terroriste que la CIA et le Mossad envisageaient à monter à Téhéran. A ce sujet, le président du parlement iranien, Ali Larijani a fait allusion à l'implication des services de renseignements américain et israélien dans l'attentat qui a coûté la vie au physicien iranien. « Une déclaration émise de la part d’un groupe inconnu et contre-révolutionnaire ne peut pas duper les responsables de la RII ou le peuple iranien et détourner leur attention de ceux qui sont derrière l’affaire de l’attentat. Le martyr Massoud Ali Mohammadi contribuait à des projets scientifiques de haut niveau et sa disparition est un grand dommage pour le peuple iranien, notamment la société universitaire iranienne. Les responsables du régime sioniste et les médias occidentaux ont essayé de duper l’opinion publique à ce sujet en insinuant que cet attentat découlait de ce qu’ils appelaient « la guerre du pouvoir en Iran ». Ils cherchent à diviser les Iraniens et les mettre les uns devant les autres. Mais le message de condoléances du Guide suprême de la Révolution islamique d’Iran à la société universitaire iranienne et aux proches et à la famille du martyr Ali-Mohammadi, ainsi que les positions fermes du peuple, des étudiants et des professeurs d’université iraniens qui n'ont pas hésité à condamner cet attentat, ont déjoué le complot du régime de Tel-Aviv et de ses partisans qui avaient sournoisement suggéré que l’on devait chercher les motifs de cet attentat à l’intérieur du pays.
Les tentatives des ennemis de
la RII d’abuser de la mort en martyr du Dr. Ali-Mohammadi et de diviser les différentes couches de la société étaient dès le début vouées à l’échec, car certains médias occidentaux et arabes ont tenté d’exploiter cet acte ignoble pour attiser les différends intérieurs. Sur cette base, ils ont prétendu que le martyr Ali-Mohammadi était lié à un parti particulier et que l'autre parti était impliqué dans l’attentat. Et ce, alors que les antécédents de ce physicien sont clairs, montrant qu’il n’était pas du tout lié à une fraction particulière, mais qu’il figurait parmi l'élite scientifique du pays. Tout porte à croire qu’Israël, appuyé par les Etats-Unis et ses mercenaires avait pu mettre en exécution son dessein néfaste. Les milieux politiques et médiatiques occidentaux et sionistes ont fait croire que cet attentat n’était qu’un règlement de compte intérieur. Mais il reste à savoir pourquoi à la place des ténors des partis rivaux, un professeur d’université devait faire l’objet de cet attentat terroriste.
Durant ces dernières années, l’Iran est mis en tenaille pour qu'il abandonne son programme nucléaire pacifique.

Pour les Etats-Unis, Israël et leurs alliés, la RII endigue leurs visées expansionnistes au Moyen-Orient et dans le bassin du golfe Persique. C’est pourquoi ils font tout pour porter atteinte à la RII, un pays qui, deux décennies après la guerre imposée par l'ex-régime irakien à l'Iran, est aujourd'hui plus puissant que jamais sur les plans défensif et militaire de sorte que l'option militaire à son encontre en signifie que suicide. L’occident a compris que la rhétorique de menace ou les mesures punitives d’ordre politique ou économique ne pourraient en rien empêcher la RII de continuer ses activités nucléaires à vocation civile. Israël et ses alliés ont donc conclu que l'élimination physique de ses scientifiques pourrait entraver la marche du peuple iranien sur le chemin du progrès. Un regard rétrospectif sur le bilan d’Israël, émaillé de divers cas d’attentats à la vie des scientifiques d’autres pays nous donnerait une idée plus juste des visées néfastes d'Israël.
__________________________________
Le Dr. Yahya al-Machd, scientifique nucléaire égyptien qui supervisait dans la décennie 70 le programme nucléaire irakien, a été tué en 1980 dans un hôtel à Paris. Le Dr. Samire Moussa est un autre scientifique égyptien qui a perdu la vie en 1952 dans un accident suspect de voiture aux Etats-Unis. Il faut aussi mentionner Saïd Badir, scientifique égyptien, qui a été jeté en 1988 du haut du balcon de sa maison à Alexandrie en Egypte. Il avait obtenu des succès remarquables dans le domaine du développement des industries balistiques de son pays. Tous ces scientifiques menaient des activités qui allaient au détriment des intérêts d’Israël, d’autant plus que si leur projet était réalisé, la suprématie des pays arabes dans la région serait incontestable. En substance, les Etats-Unis visent aujourd’hui à éliminer physiquement l'élite iranienne; or, ce qui est évident, c'est la détermination infaillible du peuple et des responsables de
la RII de préserver les acquis scientifiques du pays, ne permettant à personne de porter préjudice à leur unité et leur solidarité.

http://french.irib.ir/

http://www.alterinfo.net/Les-dessous-de-l-attentat-qui-a-...


n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02 - : Fin : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.

n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02  - : Fin  : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.


Géopolitique & stratégie d'Iran

  n°31 du 08-02                        C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :

2 Annexe

2-1 Rapport introductif sur l’évolution de la politique mondiale,

2-2 Gabriel Arnoux : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan.

2-3 Howard Zinn : La légalisation de l'injustice.

2-4 Barack Obama : Discours sur l’état de l’Union 2010.


2 Annexe

2-1 Rapport introductif sur l’évolution de la politique mondiale,

Nous allons maintenant étudier l’évolution de la politique mondiale. Sans entrer dans trop de détails essayons ensemble de dégager les idées essentielles qui caractérisent la situation d’aujourd’hui

EXTRAIT

La mondialisation n’a pas généré un monde plus sûr au contraire. Le risque d’une guerre d’une ampleur encore jamais connue est bien réel. Rappelons quelques données qui montrent les sommes énormes englouties chaque année par la militarisation galopante.

En 2008, le chiffre officiel (donc minoré) des dépenses de guerre s’est élevé à 1.500 milliards de dollars.

Depuis 1988, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 45% !

Les USA, le Royaume Unis, la Chine, la France et le Japon représentent à eux seuls 63% des dépenses mondiales. Près de la moitié de ces dépenses est effectuée par les Etats-Unis.

En 2008, 87% des ventes d’armes ont été réalisées par 5 pays : les USA avec 54%, le Royaume Unis avec 13%, la Russie 9,5%, la France 6%, et… Israël avec 5,3%.

Dans notre pays, le budget militaire atteint 48 milliards d’euros. Le gouvernement vient d’annoncer que les crédits atteindront 96,2 milliards en 20011. En 3 ans, le budget aura doublé !

La Chine est désormais capable de construire des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et plus de 40.000 soldats américains dont la 7ème flotte de l’US Navy stationnent au Japon. Cela donne une petite idée du danger de guerre permanent qui pèse sur le monde.

Montrons ce danger, prenons nettement position contre cette menace permanente qui plane sur nous. Comme pour le reste, il n’y a que nous qui puissions le faire.

Les groupes capitalistes internationaux se livrent une lutte permanente et acharnée pour étendre leurs zones d’influence dans le monde entier, pour contrôler les sources de matières premières, pour contrôler économiquement et politiquement tel ou tel état.

La propagande capitaliste nous annonçait un monde devenu enfin « libre » après la fin de l’Union Soviétique et la chute du mur de Berlin, on voit ce qu’il en est.

Les 11 et 12 décembre, plus de 45 compagnies pétrolières de la planète, dont naturellement TOTAL, étaient à Bagdad où le gouvernement irakien va procéder à l’attribution de 10 énormes gisements pétroliers et gaziers à des sociétés étrangères. Le gouvernement irakien - à la solde de qui vous savez – vise une production d’au moins 6 à 7 millions de barils par jour d’ici six ans.  Si l’Irak réussit à atteindre cet objectif, le pays deviendra alors le troisième producteur de pétrole de la planète, derrière la Russie et l’Arabie saoudite. De quoi remettre en question l’équilibre des forces au sein de l’OPEP et irriter les voisins, en particulier l’Arabie saoudite. C’est pourquoi Ryad n’a toujours pas nommé d’ambassadeur à Bagdad ! Des possibilités de découverte sont importantes. Le pays affiche l’un des taux de forage les plus faibles du monde et certaines zones restent largement inexplorées dans l’Ouest de son territoire.

Le Moyen- Orient est l’une des régions de la planète les moins ouvertes aux compagnies étrangères et les plus riches en pétrole. Il est difficile de ne pas aller en Irak alors que le pays offre les coûts d’extraction les plus faibles du monde. Qui plus est, Bagdad a réduit la fiscalité pétrolière et a revu à la baisse le montant des investissements qui doivent être réalisés au cours des trois premières années.

« TOTAL veut retourner en Irak, un eldorado à haut risque » titrait récemment le journal « Le Monde ». La concurrence avec les groupes chinois s’annonce redoutable.

Les majors savent qu’elles ne peuvent être absentes d’Irak, les défis géopolitiques, économiques et autres sont de plus en plus grands sur tous les continents. L’Irak possède près de 10% des réserves mondiales derrière l’Arabie saoudite et… l’Iran !

TOTAL exploite des gisements au Kurdistan depuis la fin des années 1920. Les autorités irakiennes avaient menacé d’exclure les firmes françaises pour punir Paris d’avoir refusé de se joindre aux Etats-Unis dans la guerre de 2003. Elles ont changé de ton. « Nous devons favoriser une offre française, quels que soient les chiffres. Nous voulons voir Total travailler sur nos champs pétrolifères », a récemment déclaré le président irakien Jalal Talabani.

Nous sommes à des années lumières de ce qui s’est passé en 2003, quand les USA ont justifié leur invasion de l’Irak et toutes les horreurs qui ont suivi par un mensonge scandaleux : ce pays fabriquait l’arme atomique, il était temps de le mettre à la raison.

Même scénario concernant l’Iran. Cette grande puissance capitaliste de 70 millions d’habitants, économiquement riche de ressources autres que pétrolières pas encore exploitées, entend dominer la partie du monde géographiquement proche d’elle. Procédé classique courant dans ce monde capitaliste. Ce faisant elle se heurte inévitablement aux grands pays comme les Etats-Unis, l’Europe etc… Il sera intéressant d’analyser de plus près le rôle de la Chine, de la Russie et d’autres. Au travers de l’Iran, on mesure toute l’âpreté de la guerre économico-politique qui frappe cette partie du monde, sans parler de la guerre tout court qui peut intervenir d’un moment à l’autre. Dénoncer cela ne signifie surtout pas que nous serions des défenseurs du régime capitaliste qui règne en Iran.

En Afrique le Nigéria  - 150 millions d’habitants – est le troisième producteur de pétrole au monde. Ses réserves sont estimées à 3% des réserves mondiales, mais il doit importer la totalité des produits pétroliers dont il a besoin en raison de l’insuffisance de ses capacités de raffinage ! On croit rêver. Les réserves de gaz détectées jusqu’à présent sont immenses (5,2 milliards de m3, 3% des réserves mondiales).

Les compagnies pétrolières portent l’entière responsabilité dans l’état de faillite du Nigéria.

Hillary Clinton (tiens, tiens !) s’est rendue au Nigéria avec une délégation importante représentative du capitalisme US. Les compagnies américaines ont investi plus de 15 milliards de dollars et ce n’est qu’un début ! Le gouvernement américain est inquiet, «  en cas de succession, il y aura de nombreuses inquiétudes… Personne à Washington ne veut voir le Nigéria menacé de la sorte » a déclaré un dirigeant US. Le Nigéria fournit 8% des importations de pétrole américain.

Du même mouvement la secrétaire d’état américaine s’est rendue en Angola qui fournit 7% du pétrole US ( en augmentation de 51% au cours de l’année 2008). L’Angola préside l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole). Les échanges entre les Etats-Unis et l’Afrique subsaharienne ont augmenté de 28% en 2008. Les importations vers les Etats-Unis s’élèvent à 86 milliards de dollars (du pétrole à 80%), les exportations à 18 milliards de dollars. Ce qui explique que Mme Clinton ait souhaité un partenariat fort avec les pays d’Afrique dans le cadre d’échanges commerciaux car « la croissance économique dans des pays en développement est un avantage pour l’économie américaine en élargissant les marchés ». Cela explique par exemple la présence permanente d’une flotte militaire américaine prête à toute éventualité, dans le golfe de Guinée. Ajoutons que plus de 20 interventions armées en 10 ans ont eu lieu dans cette même zone.

BP a découvert un champ pétrolifère géant dans le golfe du Mexique et d’autres découvertes sont possibles. L’exploitation de réserves de pétrole ferait du Brésil l’un des 10 principaux producteurs, entre le Vénézuela et le Nigéria.

A son tour, le grand Nord est devenu l’objet  de grands enjeux politiques, d’une concurrence effrénée entre grandes puissances. 1,2 millions de km2 de fonds marins  ( 2 fois la superficie de la France contiennent des réserves gigantesques de pétrole, de gaz, d’or, de diamants, de minerai rares. Une course de vitesse est engagée pour le contrôle et l’exploitation de telles ressources. Le journal « l’Humanité » écrit à ce sujet : « Le découpage de la zone entre riverains n’est pas bien défini, ce qui crée des controverses et rivalités. La Russie notamment considère que la chaîne  de montagnes marines, potentiellement riche en hydrocarbures, est pour sa plus grande partie une extension de la Sibérie. De son côté le Danemark estime qu’elle est une extension du Groënland, territoire  danois autonome. Des revendications territoriales sont également avancées par les Etats-Unis, le Canada, la Norvège. Ces revendications controversées créent naturellement une situation conflictuelle lourde de dangers, dans la mesure où se développent des moyens militaires pour appuyer les positions.Les Etats-Unis ont indiqué à maintes reprises notamment dans une directive présidentielle du début de cette année, leur intention d’établir leur revendication territoriale et d’étendre leur présence militaire dans le Grand Nord à savoir le cercle polaire et les eaux qui s’y rattachent, les mers de Barents et de Norvège ainsi que la Baltique. 

Sous la houlette des USA, l’OTAN fait avec 10 pays des manœuvres militaires en Suède et des exercices de guerre en mer du Nord près des côtes d’Ecosse. De son côté, la Russie a décidé de déployer un contingent de forces armées et des forces aériennes dans la zone arctique.

Nous pourrions multiplier les exemples et pas seulement à propos des ressources pétrolifères ou minières. Tous montreraient comment les groupes capitalistes internationaux se livrent une lutte acharnée pour étendre leurs zones d’influence dans le monde entier, comment les « superpuissances » aggravent les tensions de toutes sortes, pouvant aller jusqu’à la guerre pour le contrôle des matières premières.

Les peuples font les frais de cette politique. On parle à juste titre des millions de morts de la deuxième guerre mondiale, mais aujourd’hui ce chiffre est largement dépassé. Depuis 1945 les conflits « locaux » ont fait 100 millions de victimes. Selon l’ONU, deux millions de mineurs ont trouvé la mort ces dernières années, six millions ont été gravement blessés et invalides. On compte un million d’orphelins, des dizaines de millions de traumatismes psychologiques. Les réfugiés déplacés se chiffrent à près de 200 millions (4 à 5 millions d’afghans réfugiés en Iran et au Pakistan, 2 millions d’Irakiens errent dans leur pays, autant se sont réfugiés à l’étranger. On en compte 4,6 millions en Palestine, 1,7 millions au Congo).

En Amérique Centrale, l’existence de Cuba et l’accès des forces populaires dans certains gouvernements ont modifié les rapports dans  cette partie du continent qui est de moins en moins « l’arrière-cour » des USA. C’est un changement de taille dans l’histoire de l’humanité.

Comme il fallait s’y attendre, les dirigeants capitalistes américains multiplient les provocations et les agressions pour tenter de reconquérir le terrain perdu. 7 bases de l’armée US viennent de s’installer en Colombie s’ajoutant ainsi à celles présentes au Honduras et aux Antilles. D’autres doivent s’installer au Panama. La 4ème flotte américaine patrouille en permanence dans la région.

Barack Obama  avait annoncé des relations nouvelles avec l’Amérique Latine.

Il  n’a pourtant pas hésité à couvrir le putsch contre le gouvernement élu du Honduras. L’objectif affiché était  le combat contre le terrorisme et le trafic de drogue ! Vaste opération de propagande souvent utilisée pour justifier une éventuelle agression.

La récupération de leurs ressources naturelles et la défense de leur souveraineté ont conduit l’Union des Nations de l’Amérique du Sud (UNASUR) à créer un Conseil de sécurité et de défense et à moderniser leurs systèmes de défense et leurs armements.

Les pays de l’Amérique Latine aspirent à une défense qui leur soit propre, dans un cadre qui donne la priorité à la concertation politique et la prévention des conflits. Nous le savons, ils devront affronter les tentatives de déstabilisation et les logiques de guerres imposées par les Etats-Unis.

Mais il reste que dans cette partie du Monde des peuples tiennent en échec l’impérialisme US sans disposer d’armée puissante, par l’unique moyen de leur lutte unie.

Actuellement se tient ce fameux  sommet de Copenhague.  De quoi  s’agit-il ?...

Tout simplement  de dévoyer le mécontentement sur une fausse voie. Les groupes multinationaux ne seraient pas responsables de la situation actuelle ! 

L’écologie, c’est pour ces groupes, un terrain à investir et à développer. C’est une source de profits énormes. « La révolution écologique ne se fera que si elle rapporte » a écrit un spécialiste de l’environnement dans le mensuel financier « Capital ». Un autre journal financier, « l’Expansion », titre : « L’écologie, terreau de business durable » et écrit  « le chiffre d’affaire de ce business pourrait avoisiner 3.000 milliards d’euros entre 2007 et 2020, voire 10.000 milliards entre 2020 et 2050 !

Depuis un an, l’appel d’air est phénoménal, assure Maximilien Rouer patron de BeCitizen, un cabinet de conseil spécialisé dans le développement durable.  Les taux de croissance mondiaux font rêver : 21% dans le solaire thermique, 15% pour les voitures hybrides, 22% pour le bioplasmique… Signe révélateur HSBC s’est adjoint les services de l’Américain Nicholas Stern, auteur d’un fameux rapport sur la crise climatique. Autant de  preuves que le monde de la finance croit au potentiel de ce marché. 

Cher (e) camarades,

Oui, la lutte des classes s’est considérablement développée dans le monde entier, parfois là où on ne l’attendait pas.

En liaison étroite avec ce qui se passe dans le monde actuel, à nous d’agir pour que les choses changent dans notre pays. Personne ne pourra le faire à notre place.

Comité National 12-12-2009


2-2 Gabriel Arnoux : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan.

Nb - Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information

Un accord pourrait être signé en marge de la conférence de Copenhague entre Barack Obama et Dimitri Medvedev, qui assurerait le relai des accords START, arrivés à expiration le 12 décembre dernier.

L’année 2010 sera également décisive sur ce front, avec la conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération (TNP) en mai. Cette note dresse le bilan des efforts consentis en matière de limitation des armements nucléaires, dans un contexte difficile néanmoins marqué par des déclarations encourageantes.

Synthèse

La chute du Mur de Berlin laissait envisager un moindre rôle pour les armes nucléaires dans les relations internationales et la perspective, à terme, de leur abandon.

Or, le récent essai nord-coréen et les doutes qui entourent le programme nucléaire iranien refont planer la menace d’une surenchère dangereuse pour l’équilibre du monde. C’est dans ce contexte que plusieurs personnalités américaines puis européennes se sont prononcées en faveur du désarmement nucléaire.

A cet égard, le discours prononcé par Barack Obama à Prague en avril dernier pourrait marquer un tournant stratégique. Pour la première fois depuis leur première utilisation à Hiroshima et Nagasaki en 1945, un président américain s’est prononcé en faveur de la disparition des armes nucléaires, en appelant à un monde « libre de toute arme nucléaire » (nuclear-free world).

Force est de constater que le chemin à parcourir reste long et ardu. Les arsenaux nucléaires sont aujourd’hui au nombre de neuf. Or, il est difficile d’observer, au-delà des discours et des prises de position, un réel mouvement de désarmement nucléaire, bien que des engagements aient été pris en matière de réduction des arsenaux depuis le pic de la guerre froide.

L’arrivée à expiration du traité START, l’un des plus contraignants jamais signé entre les Etats-Unis et l’Union soviétique sur les armes nucléaires stratégiques, offre une bonne occasion de dresser un bilan dans ce domaine. Un accord, qui prendrait le relais de START, pourrait être signé dans les prochains jours entre Barack Obama et Dimitri Medvedev. 

La conférence d’examen du Traité de non-prolifération prévue en mai 2010 constitue le rendez vous crucial. A cette occasion, Terra Nova a rassemblé un groupe de travail pour engager une réflexion sur le désarmement nucléaire, qui rendra ses conclusions dans les prochains mois.

1 - NEUF PUISSANCES NUCLEAIRES AVEREES, PLUSIEURS CAS ENCORE EN SUSPENS

Le traité de non prolifération nucléaire reconnaît cinq puissances nucléaires militaires : la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Grande-Bretagne.

En plus de ces puissances nucléaires « légales », trois autres Etats détiennent, de manière avérée, des armes nucléaires. Non signataires du TNP, ils ont longtemps été tenus en marge du droit international, mais la situation pourrait évoluer.

Enfin, des cas plus douteux subsistent. En premier lieu, des Etats développent, en dépit de leurs engagements internationaux, des armes nucléaires. En second lieu, des Etats possèdent un niveau technologique qui devrait leur permettre, s’ils s’y décidaient, de fabriquer des armes nucléaires, faisant de ces puissances de véritables « Etats du seuil ».

1.1 - LES ETATS-UNIS ET LA RUSSIE, DETENTEURS DES PRINCIPAUX ARSENAUX

A l’heure actuelle, les Etats-Unis et la Russie disposent d’environ 95 % des têtes nucléaires dans le monde, selon le ministère des affaires étrangères français.

Les Etats-Unis totaliseraient environ 5 200 têtes nucléaires, dont 2 700 actuellement déployées. 4 200 seraient en attente de démantèlement. Ils disposent de moyens sous-marins et aériens pour les délivrer, ainsi que de plusieurs centaines de missiles stratégiques.

La Russie a hérité, après de longues négociations internationales, de l’intégralité de l’arsenal nucléaire tactique (armes destinées au seul champ de bataille) et stratégique (armes pouvant toucher des cibles éloignées) de l’Union soviétique. Elle possède pour sa part environ 4 850 têtes nucléaires, et doit en démanteler encore plus de 8 000. Comme les Etats-Unis, elle peut compter sur l’intégralité des composantes des forces stratégiques : bombardiers, sous-marins nucléaires lanceurs d’engin, missiles intercontinentaux.

Les têtes nucléaires, russe comme américaine, sont des armes avancées, de type bombe à fusion. Les premières bombes à fusion représentaient un potentiel destructeur mille fois supérieur à celui de la bombe d’Hiroshima. Certains vecteurs détenus actuellement par les deux puissances disposent en outre de plusieurs têtes nucléaires à fusion, ce qui augmente considérablement leur potentiel destructeur.

1.2 - LE « CLUB DU TNP » ET LES ARSENAUX DISSUASIFS

Comparativement aux arsenaux russe et américain, les trois autres forces nucléaires reconnues par le traité de non prolifération sont d’une importance beaucoup plus limitée.

Cela est largement dû à l’héritage historique : alors que les Etats-Unis et l’Union soviétique ont développé de manière largement irrationnelle leurs arsenaux nucléaires au cours de l’histoire (l’enjeu étant de dépasser, pour des motifs symboliques, le niveau atteint par la puissance ennemie, le nombre de têtes a atteint, au maximum, près de 35 000 aux Etats-Unis et 45 000 en URSS), les autres puissances ont dès l’origine inscrit le développement de leur puissance nucléaire dans une logique de dissuasion, un choix dicté tant par les moyens, limités, dont disposaient ces Etats que par leurs objectifs politiques poursuivis (on parle dès lors de dissuasion du faible au fort). La possession de l’arme nucléaire à un niveau suffisant devait permettre, selon les avocats de ces programmes, de dissuader l’une des deux grandes puissances d’attaquer le territoire national, et garantissait donc l’indépendance nationale de ces Etats.

La France dispose donc de 300 têtes nucléaires, toutes déployées. Après le démantèlement de son arsenal de missiles sol-sol, elle utilise des avions à long rayon d’action, et de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Le niveau exact de l’arsenal nucléaire chinois reste l’objet de spéculations. On estime qu’environ 176 têtes seraient déployés, bien que les données fournies par l’administration américaine fassent état d’une augmentation annuelle de 25 % des capacités chinoises dans le domaine. Les principaux vecteurs des armes chinoises restent les missiles stratégiques et les bombardiers, bien que des projets de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin soient en cours.

Enfin, la Grande-Bretagne possède actuellement moins de 200 têtes nucléaires après avoir atteint un pic à 350 au cours de la guerre froide. Après l’abandon récent de sa composante aérienne, la force stratégique britannique repose uniquement sur des sous-marins lanceurs d’engins.

1.3 - LES EX-PAYS DU SEUIL : DES ARMES DEVELOPPEES HORS DU DROIT INTERNATIONAL

En plus des cinq arsenaux autorisés par le droit international, trois Etats ont développé des armes nucléaires : l’Inde, le Pakistan et Israël. Non signataires du traité de non prolifération nucléaire, ces Etats ne sont pas soumis aux mêmes obligations de contrôle par l’agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA).

Officiellement, Israël ne reconnaît pas posséder d’armes nucléaires. Son arsenal est pourtant bien connu, et le ministre de la défense israélien a même, par inadvertance, admis son existence, avant de revenir sur ses déclarations. On estime en général qu’Israël peut déployer 200 têtes nucléaires. Conformément au rôle de dissuasion régionale de ses forces stratégiques, Israël n’a pas développé de vecteurs de très longue portée, le rayon d’action de ses missiles étant considéré comme inférieur à 5 000 kilomètres.

Les programmes nucléaires indien et pakistanais se sont développés en parallèle. Après des premiers essais indiens en 1974, une campagne d’essais en 1998, menée par chacun de ces pays, a rendu publique l’existence de ces arsenaux. En dépit de cette publicité, les chiffres relatifs aux arsenaux indien et pakistanais ne sont pas officiels, et font état d’environ une centaine de têtes détenues par chacun.

L’Inde et le Pakistan ont cherché à se doter d’armes nucléaires afin, dans un premier temps, de dissuader des concurrents régionaux, notamment la Chine pour l’Inde, et l’Inde pour le Pakistan. Dès lors, les vecteurs de ces armes, à savoir des bombardiers et des missiles sol-sol, n’ont pour le moment, qu’une portée inférieure à 5 000 kilomètres.

1.4 - LA COREE DU NORD ET L’IRAN, DES AMBITIONS DIFFERENTES

Depuis maintenant plusieurs années, l’attention du public a été concentrée sur le développement de deux programmes nucléaires, en Corée du Nord et en Iran. La situation de ces Etats diffèrent de celles des trois pays cités précédemment, en ce que la Corée du Nord et l’Iran, signataires du TNP, se sont à ce titre engagés à ne pas développer des armes nucléaires.

La Corée du Nord s’est d’ailleurs retirée unilatéralement du traité de non prolifération en 2003. Elle a développé, dans son réacteur de Yongbyon, un système de production de plutonium de qualité militaire. Elle a procédé à deux essais, en 2006 et 2009, dont au moins le second est considéré par la plupart des observateurs comme un authentique essai nucléaire, quoique n’ayant pas parfaitement réussi, les données issues du premier essai faisant encore l’objet de controverses. La Corée du Nord développe parallèlement un arsenal balistique très diversifié. Toutefois, les missiles stratégique nord-coréens, d’une portée annoncée d’environ 10 000 kilomètres, semblent loin d’être opérationnels, les essais ayant échoué jusqu’ici.

L’Iran n’a pas encore fait exploser d’arme nucléaire. Toutefois, il a construit des infrastructures d’enrichissement d’uranium de grande taille, sans pouvoir apporter de preuve crédible quant à l’utilisation civile qui pourrait être faite de cet uranium enrichi. De plus, l’AIEA a trouvé, en possession des autorités iraniennes, des documents expliquant comment transformer de l’uranium enrichi en matériau utilisable dans une arme nucléaire. Par ailleurs, l’Iran construit à Arak un réacteur à eau lourde semblable à ceux qui ont permis à Israël et à l’Inde de fabriquer leurs premières bombes. Enfin, l’Iran développe plusieurs types de missiles, dont certains semblent avoir été adaptés pour recevoir une tête nucléaire. Leur portée maximale reste limitée, inférieure à 5 000 kilomètres.

1.5 - D’AUTRES PUISSANCES NUCLEAIRES ?

En plus des arsenaux existant, ou en cours de fabrication, il faut faire mention des Etats qui disposent d’un niveau technologique suffisant pour leur permettre de développer, lorsqu’ils le souhaiteront, un arsenal nucléaire.

Ces Etats dits « du seuil » sont potentiellement nombreux. Plusieurs d’entre eux ont déjà conduit des programmes de recherche nucléaires militaires avancés, comme l’Afrique du Sud (qui est à ce jour le seul Etat ayant fabriqué des têtes nucléaires avant de renoncer à sa bombe par la suite) ou la Libye.

D’autres Etats sont dotés de structures de recherche dans le domaine nucléaire, et entretiennent leurs capacités dans ce domaine, sans pour autant avoir été réellement impliqués dans la mise au point d’un programme nucléaire militaire d’ampleur notable. Les exemples les plus connus sont le Brésil, l’Egypte et l’Algérie. Dans une moindre mesure, on peut citer le cas de l’Arabie Saoudite, qui, bien que ne disposant pas de structures de recherche nationales, aurait participé au financement du programme pakistanais et développe des moyens balistiques de portée régionale.

Enfin, certains Etats disposent d’un niveau de connaissances très avancé dans le domaine nucléaire civil, et dans le domaine de l’exploration spatiale, qui permet de disposer de technologies proches de celles développées pour la fabrication de missiles longue portée. Il s’agit notamment du Japon, mais aussi des Pays-Bas. L’accès aux connaissances dans ces domaines clés de la prolifération nucléaire militaire ne poserait pas de difficultés à d’autres Etats industriellement avancés, comme l’Allemagne, voire la Turquie.

2 - LE DESARMEMENT NUCLEAIRE : UN REGAIN D’INTERET TRES RECENT

L’arme nucléaire n’a pas toujours eu l’importance politique qu’on lui connaît. A l’origine, dans l’esprit des militaires, il s’agissait simplement d’une bombe beaucoup plus puissante que les autres. Pourtant, malgré les tensions extrêmes que la guerre froide a pu susciter entre deux adversaires dotés d’arsenaux nucléaires démesurés, aucun de ces deux Etats n’a jamais utilisé cet armement contre l’autre, alors même que les milieux militaires, aux Etats-Unis comme en URSS, ont pu presser dans ce sens, à l’occasion de plusieurs crises, de la prise de pouvoir par Mao en Chine à l’implantation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba.

Le développement des arsenaux nucléaires au cours de la guerre froide a donc suivi une logique de course aux armements, chacun voulant dépasser son rival immédiat pour des raisons de prestige. Les chiffres atteints dans les années 1970 par les arsenaux nucléaires mondiaux sont totalement hors de proportion avec l’utilité réelle de l’arme nucléaire. Les dizaines de milliers de têtes américaines et soviétiques n’étaient pas destinées à être utilisées, puisqu’elles auraient causé des dommages irrémédiables à la totalité de la planète. Dès lors, la question du niveau des arsenaux mondiaux a commencé à se poser.

2.1 - LES DISCUSSIONS STRATEGIQUES ENTRE LES DEUX GRANDS : UN PREMIER PAS

Du fait de l’importance de leurs armements nucléaires, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont logiquement été les premiers à s’engager dans un processus de réduction concertée de la force nucléaire.

Deux séries de discussions seront menées entre 1969 et 1979. On parle de SALT I (strategic armements limitation talks) entre 1969 et 1972, et SALT II entre 1972 et 1979. Les deux super-puissances s’entendent pour limiter (à des niveaux très importants) leur armement nucléaire, et, dans le même temps, conviennent de réduire leurs dispositifs de défense anti-missiles, ce qui permet de conserver à chaque arsenal son potentiel dissuasif (traité sur les missiles anti-balistiques dit ABM). On parle alors d’équilibre lié à la destruction mutuelle assurée (MAD).

Dès 1982, de nouvelles discussions sont lancées, qui portent cette fois non sur la limitation du développement des armes nucléaires, mais sur la réduction des arsenaux. Ce sont les négociations dites « START » (strategic armements reduction talks). Un premier accord est signé en 1991, qui limite le nombre de têtes et de vecteurs. L’accord START II est signé en 1993, alors que la Russie peine à gérer la succession de l’Union soviétique. Le nombre de vecteurs autorisés est légèrement augmenté, mais le nombre de têtes encore réduit. Toutefois, ce traité n’est jamais entré en vigueur.

Les discussions entre les Etats-Unis et la Russie auraient dû continuer après la signature de START II, qui reste un accord intermédiaire. Son expiration était d’ailleurs prévue le 5 décembre Pourtant, l’accord obtenu par les présidents Bush et Poutine au début des années 2000 marque un recul dans le processus de réduction des arsenaux.

Baptisé « SORT » (strategic offensive reduction treaty), l’accord de 2002 rompt avec le principe, initié par le premier traité START, de permettre des inspections sur place de chaque partie pour contrôler le respect par l’autre des stipulations du traité. De plus, alors que les projets de traité « START III » rédigés en 1997 spécifiaient que les armes nucléaires excédant les quotas autorisés devaient être détruites SORT ne contient aucun élément à ce sujet. Enfin, les Etats-Unis s’étaient retirés du traité ABM dès 2001, initiative vécue comme une provocation par la Russie.

2.2 - LES ENGAGEMENTS UNILATERAUX DE LA FRANCE ET DE LA GRANDE-BRETAGNE

L’impasse des discussions américano-russes est significative du changement d’attitude des puissances nucléaires « légitimes » (au regard du TNP) vis-à-vis de leurs arsenaux. En effet, la plupart d’entre elles souhaitent désormais afficher un comportement vertueux, ce qui suppose, lorsqu’elles n’y sont pas tenues par des traités bilatéraux comme la Russie et les Etats-Unis, de décider unilatéralement la réduction de leurs arsenaux.

Le Royaume-Uni est sans doute le pays qui a le plus réduit son arsenal nucléaire, avec une réduction annoncée de 75 % de ses capacités nucléaires explosives par rapport au pic de la Guerre froide, soit environ 160 têtes.

Lors de son discours à Cherbourg le 21 mars 2008, Nicolas Sarkozy a annoncé que l’arsenal français serait désormais limité à 300 têtes nucléaires. La composante aérienne doit également être réduite d’un tiers.

Les réalisations déjà accomplies en matière de désarmement méritent toutefois d’être fortement relativisées. Si la France a effectivement réduit son arsenal, elle poursuit des programmes importants, et coûteux, visant à moderniser l’ensemble de ses vecteurs de longue portée, ainsi que les sous-marins et les avions à long rayon d’action qui les transportent. De la même manière, la Grande-Bretagne a adopté un programme de renouvellement de l’ensemble de sa flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Enfin, la Chine n’a pas lancé de démantèlement nucléaire unilatéral, et semble même augmenter la taille et le niveau technologique de son arsenal.

2.3 - UN MONDE LIBRE D’ARMES NUCLEAIRES : LA RELANCE RECENTE D’UN OBJECTIF ANCIEN

Malgré les difficultés pour faire accepter un régime international de réduction des arsenaux nucléaires, plusieurs responsables politiques de haut niveau se sont publiquement exprimés en faveur de la suppression mondiale des arsenaux nucléaires.

Une série d’articles, de 2006 et 2007, signés par d’anciens hauts responsables américains, notamment Henry Kissinger et Sam Nunn, a été suivie par de nombreuses tribunes dans plusieurs autres pays, comme en France (« Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique » , Alain Juppé, Général Bernard Norlain, Alain Richard, Michel Rocard, Le Monde du 15 octobre 2009). Ces prises de position de la part de personnalités publiques de haut rang ont permis de porter le thème du désarmement nucléaire dans le débat public. Le gouvernement britannique a indiqué, par la suite, qu’il partageait cet objectif. Mais c’est surtout la prise de position du président des Etats-Unis qui a donné un poids considérable aux partisans de la « dénucléarisation du monde ».

Dans son discours prononcé à Prague le 5 avril 2009, Barack Obama a clairement affirmé qu’il soutenait l’idée d’un monde « libre d’armes nucléaires ». Le président russe, Dmitri Medvedev, a affirmé que cette orientation lui paraissait juste. Cette idée est déjà portée par le traité de non prolifération nucléaire de 1968, qui invite dans son article VI les Etats-parties à mener des négociations sur des mesures efficaces relatives au désarmement nucléaire. L’objectif de désarmement nucléaire a été repris par la suite au sein du Conseil de Sécurité (résolution 1887 du 24 septembre 2009), et est rappelée dans la plupart des interventions internationales du président Obama.

Ces déclarations interviennent à quelques mois de la conférence d’examen du TNP, qui aura lieu en mai 2010 à New-York. Elles se sont accompagnées d’engagements précis de la part des Américains : relance des négociations pour la signature d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles à des fins militaires (traité dit « cut off »), ratification du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (nécessaire à l’entrée en vigueur de ce traité, mais toujours bloquée par le Sénat américain), reprise des discussions stratégiques avec la Russie pour aboutir à un nouvel accord de réduction des arsenaux, qui serait donc le traité « START III » puisqu’il a officiellement vocation à combler le vide consécutif à l’obsolescence de START II.

Sur ce dernier point, des objectifs ont été fixés par les présidents Medevedev et Obama le 6 juillet. Nous sommes encore loin d’un désarmement bilatéral des deux principales puissances nucléaires. Avec des plafonds de têtes entre 1 500 et 1 675 (contre 1 700 – 2 250 auparavant) et un nombre de vecteurs compris entre 500 et 1 100, il permet au contraire de maintenir des arsenaux très importants au sein de ces deux pays.

* Gabriel Arnoux est le pseudonyme d’un spécialiste des questions stratégiques.

Un article issu de : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan

20 décembre 2009
À voir en ligne ici : http://www.tnova.fr/index.php?option=com_content&task...

http://www.betapolitique.fr/Developpement-et-reduction-de...


2-3 Howard Zinn : La légalisation de l'injustice.
Il est communément admis aux Etats-Unis que pouvoir politique et richesse sont inégalement répartis entre les citoyens. Par contre, inculquée par l’éducation dès la prime enfance et entretenue par les mass média, la conviction y est largement répandue que l’égalité devant la loi constitue l’un des
principes fondamentaux du système américain, l’ultime recours.
Une question s’impose alors nécessairement à l’esprit : la richesse et le pouvoir étant inégalement répartis, la justice peut-elle prétendre assurer l’égalité alors que les autres composantes sociales ne l’assurent pas ?
Les lois sont sujettes aux interprétations des tribunaux. Ces interprétations ont rarement conservé aux droits prévus par
la Constitution leur force littérale, mais bien plutôt contribue à perpétuer les inégalités sociales les plus flagrantes en les répercutant dans le système judiciaire. Les jugements
rendus sont eux-mêmes le reflet des disparités en matière de richesse et de pouvoir politique. Les magistrats qui rendent ces jugements représentent l’élite absolue de la société américaine.

John Schmidhauser, après avoir étudié les cas de quatre-vingt-douze juges de la Cour suprême, constate dans son ouvrage la Cour suprême que ceux-ci provenaient de « milieux socialement favorisés » et « comprenaient très peu de fils de famille
n’appartenant pas à la haute ou à la très haute bourgeoisie ». En 1976, il en est toujours ainsi.
Le premier amendement de
la Constitution, pierre de touche de la Déclaration des droits (Bill of Rights), stipule que le Congrès « ne pourra faire aucune loi (...) restreignant la liberté de parole ou de presse, ou touchant au droit des citoyens de s’assembler paisiblement ou d’adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de leurs griefs ». La terminologie employée est sans équivoque. Pourtant, la Cour suprême n’a pas cessé d’interpréter cet amendement de façon à permettre au Congrès de voter des lois restreignant la liberté d’expression. Les dissidents et les révolutionnaires ayant toujours été victimes de ces lois, il parait justifié de dire que le premier amendement est appliqué différemment à ceux qui approuvent et à ceux qui contestent les activités du gouvernement américain.
L’application partiale du premier amendement fut inaugurée dès 1798, lorsque l’administration du président Adams fit voter la loi antisédition, qui rendait illégale toute critique à l’égard du gouvernement, et fit emprisonner un nombre appréciable de citoyens.

Cette tactique fut rééditée en 1917, lorsque le Congrès vota la loi sur l’espionnage : toute opinion sur la première guerre mondiale susceptible de « décourager le recrutement » des forces fut jugée criminelle. En 1798, la Cour suprême avait feint d’ignorer la violation de la Constitution ; en 1917, elle reconnaissait à l’unanimité la constitutionnalité de la loi sur l’espionnage, par laquelle deux mille Américains devaient être poursuivis et cinq cents emprisonnés pour avoir exprimé leur opposition à la guerre. En 1940, le Congrès adopta la loi Smith, par laquelle les dirigeants du parti communiste furent emprisonnés pour « incitation coup d’Etat et sa « fomentation »... formule par laquelle on entendait condamner la diffusion des œuvres de Marx, Engels et Lénine. Une fois encore, la Cour suprême confirma la validité de la loi.
Qui peut s’exprimer ?
Fait beaucoup plus inquiétant, la plupart des problèmes de liberté d’expression ne sont pas réglés par les tribunaux mais dans la rue par la police.
Pendant l’été 1968, un jeune homme qui vendait un journal communiste aux abords de l’université Harvard fut appréhendé par un policier puis jugé pour avoir « perturbé l’ordre public » et « agressé un représentant de l’ordre ». Le policier déclarait que le jeune homme lui avait craché au visage.
qu’aucun témoin n’ait confirmé ce fait, le jeune homme, fut condamné à verser une amende. La liberté d’expression existe ou non au gré de l’humeur du policier de faction. Protester contre la décision du tribunal local en faisant appel auprès du tribunal fédéral demanderait plusieurs années et des
dizaines de milliers de dollars, encore qu’à ce niveau même
la Cour suprême puisse refuser d’examiner le ou donner raison au policier. Le jeune militant ne jouit pas d’une liberté d’expression égale à celle du riche éditeur dont les camions parcourent la ville pour ravitailler en journaux les
kiosques et autres points de vente. Mais les cas les plus graves en matière d’application partiale du droit à la liberté d’expression n’atteignent jamais le niveau du policier ou des tribunaux.

Cette situation provient que les moyens de communication de masse sont monopolisés par un petit nombre de sociétés colossalement riches. Aucun moyen constitutionnel n’est prévu pour corriger l’inégalité de fait entre la compagnie pétrolière Exxon, qui peut dépenser des millions de dollars pour faire passer ses messages publicitaires télévisés sur l’ensemble du territoire national aux heures de forte écoute des programmes, et le citoyen moyen qui voudrait l’opinion publique des profits excessifs d’Exxon.
La tendance à la monopolisation dans la presse a été rapide : le pourcentage des villes n’ayant qu’un seul quotidien est passé de 60 % en 1910 à 96 %
en 1974. En 1973,
la Cour suprême, arguant du fait qu’elle ne saurait s’ingérer dons le droit à la liberté d’expression d’une station de radio, jugea que celle-ci était libre de refuser la vente de temps d’antenne pour la diffusion de messages hostiles à la guerre au Vietnam.
Qui juge ?
L’un des mythes les plus tenaces concerne L’égalité de droit des citoyens à un procès équitable. En réalité, toutes les garanties d’un procès équitable – un juge impartial, un « jury composé des pairs de l’inculpé », un défenseur compétent – se trouvent compromises par les inégalités sociales et par le
système de sélection des juges, des avocats et des jurés.
Les juges sont majoritairement blancs, anglo-saxons, riches et conservateurs. Il paraît peu vraisemblable qu’ils accordent aux Noirs, aux accusés qui manient mal la langue anglaise, aux pauvres, aux révolutionnaires la même attention qu’à une personne issue d’un milieu « respectable ». Ce fait n’est généralement pas perçu par le grand public puisqu’il se produit à l’occasion de centaines de milliers d’audiences des tribunaux urbains et de comté, dont la presse ne parle pas et dont on ne conserve aucune archive. C’est un tribunal de ce type, le tribunal municipal de Boston, qu’a observé
une jeune femme pendant plusieurs mois. Elle devait ensuite écrire : « Où et comment puis-je rapporter tout ce que j’ai vécu au tribunal municipal de Boston ? Dois-je parler du Noir condamné pour possession de cocaïne tandis que ses deux compagnons blancs étaient innocentés ? Dois-je remettre
en question l’inculpation de vol à l’étalage retenue contre une jeune mère prise en flagrant délit de vol d’une paire de chaussures d’enfant ? Dois-je pleurer pour le Noir accusé de posséder un véhicule volé, et qui plaidait sa cause devant un juge blanc ? On se lasse de relever le nombre de cas où un
accusé n’a pas été averti de son droit de recourir à un avocat, s’est vu demander de verser une caution injustement élevée, on n’a pas été informé de
son droit de faire appel. On se demande si l’homme portant un nom espagnol comprend seulement ce que dit le juge. »
Il n’est dès lors pas étonnant que le recensement de la population de la prison locale de n’importe quelle grande ville américaine révèle un nombre
disproportionné de Noirs et de pauvres. Même lorsque des membres de la bourgeoisie ou de la très haute bourgeoisie sont arrêtés pour faits criminels, ils possèdent la somme nécessaire à leur propre libération sous caution (5 000, 10 000 ou 50 000 dollars) que le tribunal conserve en garantie de leur présence au procès. L’accusé sans ressources ne peut rassembler de telles sommes et doit passer des semaines, des mois, voire des années en prison, dans l’attente de son procès.
Le droit à l’assistance d’un avocat, prévu par le sixième amendement, ne fut appliqué par les tribunaux des Etats (où sont jugés la plupart des procès criminels) qu’à partir des années 30, et étendu à l’ensemble des délits graves qu’à partir des années 60. De nos jours, alors que l’assistance d’un avocat est enfin accordée à l’ensemble des inculpés, l’inégalité subsiste dans la mesure où la qualité du défenseur dépend des honoraires que peut lui
verser son client. Un inculpé sans ressources reçoit un avocat commis d’office, qui n’a souvent que très peu de temps à consacrer à son client et à l’étude du dossier, et ne dispose d’aucun moyen pour rechercher des témoins ou accumuler les contre-preuves nécessaires. Une récente étude révèle
que les avocats commis par le tribunal local d’une grande ville américaine consacrent en tout et pour tout une moyenne de sept minutes à chaque client.
Les jurés d’assises sont choisis parmi les citoyens à revenus moyens, professionnellement établis dons la municipalité, d’âge moyen ou avancé, et peu enclins à la sympathie envers un inculpé pauvre, économiquement instable, politiquement ou sexuellement marginal. De surcroît, les jurés sont traités
avec condescendance par les juges, et ils adoptent un comportement de subordonnés par lequel il leur est difficile d’ignorer les instructions du juge et de voter selon leur propre conscience.
Ces dernières années, l’inégalité des peines criminelles infligées a fait l’objet de l’attention croissante d’une partie de l’opinion publique, mais rien n’a
été changé en la matière. On se souvient que George Jackson, le révolutionnaire noir assassiné par ses gardiens à la prison de Saint-Quentin, avait purgé dix ans de détention pour le vol de 70 dollars.
M. Willard Gaylin, un psychiatre, qui analysait le sort réservé aux Américains emprisonnés pour s’être opposés à la conscription pendant la guerre du Vietnam, constata que ce type d’opposant s’était vu attribuer uniformément, de la part de divers juges, des peines de deux ans. Puis il découvrit le cas
d’un homme condamné à cinq ans. De tous les inculpés qu’il avait rencontrés, c’était le premier Noir.
Une récente étude sur la disparité des peines infligées (rapportée par le New York Times) établit que les voleurs de voitures sont condamnés en moyenne à trois ans de prison ; mais ceux dont le vol est plus « élaboré » (obus de confiance), et qui proviennent de milieux sociaux aux revenus
supérieurs, se voient infliger en moyenne des peines inférieures à un an. Poursuivis pour vol de voiture, 71 % des inculpés furent soumis à une peine d’emprisonnement, tandis que seulement 16,3 % des gens « respectables » coupables d’abus de confiance se virent condamnés à cette même peine.
L’inégalité la plus flagrante en la matière n’intervient pas dans les prétoires, mais dans la décision des autorités d’intenter ou non un procès à quelqu’un. Les enfants de milieu aisé voient souvent leurs délits discrètement éludés par la recommandation d’un traitement psychiatrique,
agrémentée d’une sévère mise en garde. Les enfants de milieu modeste, eux, sont expédiés dans des maisons de redressement, qui sont souvent des prisons déguisées.
L’immunité du F.B.I. et de
la C.I.A.
Mais beaucoup plus importante encore, peut-être, est l’inégalité des mesures prises contre les simples citoyens ou contre les dignitaires et hauts fonctionnaires susceptibles d’avoir commis un délit. Lorsque M. Spiro Agnew fut convaincu de violation de la loi, il fut prié d’abandonner son poste de
vice-président mais ne fut pas emprisonné. Lorsque M. Richard Nixon fut convaincu de falsification de sa déclaration de revenus, d’ « obstruction à la justice », etc., il bénéficia du « pardon » de son successeur Gerald Ford.
Récemment, la commission Church au Sénat et la commission Pike à
la Chambre des représentants ont produit la preuve de violations profondes de la loi par des membres de la C.I.A. et du F.B.I. Or aucune poursuite judiciaire n’a suivi ces révélations. D’après la commission sénatoriale, le F.B.I. a
commis au moins deux cent trente-huit cambriolages illégaux contre des personnes et organisations contestataires entre l’administration de Franklin Roosevelt et celle de Lyndon Johnson. Entre 1958 et 1970, le F.B.I. a violé la loi fédérale sur le secret du courrier de personnes privées, et il se peut même qu’il pratique encore le même délit à l’heure actuelle. Pourtant, à ce jour, aucune poursuite n’a été intentée contre lui.
Mieux, en décembre 1969, le F.B.I. a été mêlé à l’organisation d’un raid dans l’appartement de Panthères noires à Chicago, au cours duquel la police assassina Fred Hampton et Mark Clark. Le F.B.I. a procédé à des écoutes téléphoniques et à des falsifications épistolaires, et a provoqué des
déchaînements de violence contre les groupes de gauche. Dans les années 60, pendant la lutte des Noirs pour les droits civiques dans le Sud, le F.B.I.
contemplait sereinement la violation de la loi fédérale que constituait le passage à tabac d’activistes noirs. « L’égalité devant la loi » perd, semble-t-il, toute signification chaque fois que le F.B.I. est impunément mêlé à une affaire.
Il en est de même pour
la C.I.A. qui n’a pas seulement violé la loi en pénétrant par effraction dans des immeubles, en ouvrant du courrier et en pratiquant des écoutes téléphoniques, mais qui a surtout agi au mépris des statuts fixés par le Congrès et limitant ses activités nationales. En réalité, la C.I.A. bénéficie d’une immunité particulière contre les poursuites légales.
Le principe de l’« égalité devant la loi », proposé à l’admiration du public américain et de l’opinion mondiale, a bien peu d’existence réelle. Par contre,
ce que l’on observe tout ou long de l’histoire américaine et dans les événements contemporains, c’est l’utilisation de la loi par les riches et les puissants pour contrôler les pauvres et les révoltés. Un impressionnant corpus de lois, par ailleurs peu connues, opère jour après jour et de façon
puissante pour maintenir intacte l’actuelle répartition des richesses dans la cité : les lois sur les contrats, les propriétés, les héritages, les impositions.
En outre, il y a le règlement des délits, dont la fonction est de punir les individus qui, par des voies personnelles, tentent de perturber cette répartition des richesses, et ceux qui, par des actions sociales, altèrent l’ordre existant.
L’ensemble des faits qui révèlent le fonctionnement réel de la loi est masqué par un écran,
la Déclaration des droits, qui prétend promulguer la liberté d’expression et l’égalité des droits en matière de justice. Mais cet écran ne saurait dissimuler que l’égalité des citoyens devant la justice reste à accomplir.
Source: Le monde diplomatique


2-4 Barack Obama : Discours sur l’état de l’Union 2010.

EXTRAIT – pour Info…

Tout au long de notre histoire, aucune question n’a autant uni notre pays que celle de notre sécurité. Il est triste de constater qu’un peu de l’unité que nous avons ressentie à la suite des attentats du 11 septembre (2001) s’est dissipée.

Nous pouvons discuter autant que nous voulons sur qui est à blâmer pour cela, mais je ne tiens pas à remettre le passé en procès. Je sais que nous aimons tous notre pays. Chacun de nous est attaché à sa défense. Cessons donc les invectives d’écoliers sur lequel est le plus fort ; rejetons le choix, qui n’en est pas un, entre la protection de nos citoyens et la défense de nos valeurs ; oublions la peur et la division et faisons ce qu’il faut pour défendre notre pays et créer un avenir plus empreint d’espoir, pour l’Amérique et pour le monde.

C’est la tâche que nous avons entreprise l’an dernier. Depuis le jour de mon entrée en fonction, nous avons recentré notre attention sur les terroristes qui menacent notre patrie. Nous avons fait des investissements importants dans la sécurité de notre territoire et déjoué des complots qui menaçaient de faire des victimes parmi nos concitoyens. Nous sommes en train de combler les lacunes inacceptables qu’a révélées la tentative échouée d’attentat de Noël, en améliorant la sécurité à bord des avions et en accélérant les actions prises en fonction de nos renseignements. Nous avons interdit la torture et renforcé nos partenariats du Pacifique à l’Asie du Sud et à la péninsule arabe. Et au cours de l’année écoulée, des centaines de combattants et d’associés d’Al-Qaïdam dont beaucoup de hauts commandants, ont été capturés ou tués, soit bien plus qu’en 2008.

En Afghanistan, nous augmentons nos effectifs et formons les forces afghanes de sécurité, afin qu’elles puissent commencer à prendre la direction des opérations en juillet 2011 et que nos soldats puissent commencer à rentrer chez eux. Nous récompenserons la bonne gouvernance, travaillerons à réduire la corruption et appuierons les droits de tous les Afghans, aussi bien hommes que femmes. Nous avons à nos côtés des alliés et des partenaires qui ont accru leurs engagements et qui se réuniront demain à Londres pour réaffirmer notre détermination commune. Il y aura des jours difficiles devant nous. Mais je suis absolument convaincu que nous réussirons.

Alors que nous luttons contre Al-Qaïda, nous laissons de façon responsable l’Irak à son peuple. Lorsque j’étais candidat à la présidence, je m’étais engagé à mettre fin à cette guerre, et c’est ce que je fais en ma qualité de président. Nous aurons retiré d’Irak toutes nos forces de combat d’ici à la fin du mois d’août. Nous soutiendrons le gouvernement irakien lorsqu’il organisera des élections et poursuivrons nos relations de partenariat avec le peuple irakien en vue de favoriser la sécurité et la prospérité. Mais ne vous y trompez pas : cette guerre se termine, et tous nos soldats rentrent chez eux.

(...)

En même temps que nous menons deux guerres, nous affrontons aussi le danger peut-être le plus grave qui menace le peuple américain, à savoir la menace des armes nucléaires. J’ai pris à cœur la vision de John Kennedy et de Ronald Reagan, en adoptant une stratégie qui inverse la prolifération de ces armes et vise à un monde qui en sera débarrassé. En vue de réduire nos arsenaux et nos vecteurs tout en maintenant notre pouvoir de dissuasion, les États-Unis et la Russie achèvent de négocier un traité de limitation des armements d’une portée sans précédent depuis près de deux décennies. Et en avril, lors du Sommet sur la sécurité nucléaire, nous réunirons 44 États ici à Washington en vue d’un objectif clair : sécuriser, en quatre ans, tout le matériel nucléaire vulnérable de par le monde, afin qu’il ne puisse jamais tomber entre les mains de terroristes.

Ces efforts diplomatiques ont, de plus, renforcé notre main face aux pays qui insistent pour transgresser des accords internationaux à la recherche d’armes nucléaires. C’est pourquoi la Corée du Nord doit maintenant faire face à un isolement accru et à des sanctions plus lourdes - des sanctions qui sont vigoureusement appliquées. C’est pourquoi la communauté internationale est plus unie et la République islamique d’Iran plus isolée. Et tandis que les dirigeants iraniens continuent de faire fi de leurs obligations, que personne n’en doute : ils devront, eux aussi, faire face à des conséquences croissantes. C’est une promesse.

2/2

http://www.voltairenet.org/article163774.html



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

Toutes les notes