01.02.2010
n° 470 - Les Dossiers d'Irak - 31/01/10 -: Début : - Les États-Unis s'apprêtent à replonger l'Irak dans le chaos.
n° 470 - Les Dossiers d'Irak - 31/01/10 -: Début : - Les États-Unis s'apprêtent à replonger l'Irak dans le chaos.
Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix
Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre
Les Dossiers d'Irak
n° 470 31/01/10
C.De Broeder & M.Lemaire
Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be
| Sommaire : Tiré à part Spencer Delane : Les États-Unis s’apprêtent à replonger l’Irak dans le chaos. 1 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos 1-1 M. Saâdoune : ArabSat et NileSat dans le collimateur des Américains. 2 Les brèves 2-1 Les forces iraniennes se retirent de la zone frontalière controversée. 3 Dossier & Point de vue 3-1 Mounir Chafiq : Le droit de résister à l'occupation et à l'agression. 3-2 Chris Marsden : Tony Blair, la guerre en Irak et la ligue internationale des criminels de guerre. 3-3 Chris Marsden : Blair : Même sans ADM « j’aurais quand même pensé que c’était juste de le faire partir ». suite 3-4 Martin Chulov : Irak : De vastes zones contaminées : Radioactivité, Dioxine,.... 3-5 Cancer = L'héritage mortel de l'invasion de l'Irak. 3-6 Gilles Munier : Saddam Hussein face à l’Histoire. 3-7 Saddam Hussein, retour sur un procès lynchage. 3-8 Gilles Munier : Tarek Aziz, l'homme qui en sait trop. 3-9 Halabja, procès en catimini. 3-10 Guillaume Dacquié : Les suite de l'embargo : «Pétrole contre nourriture». Fin 3-11 Affaire Galbraith : Les pétrodollars du lobby kurde. 3-12 Eric Ouzounian : Armée française: la tentation des mercenaires. 4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage 4-1 Gary Younge : La guerre contre le terrorisme est destinée à faire peur aux gens, pas à les protéger. 4-2 Oscar Fortin : Vérité-mensonge-vérité. 4-3 Mountazar al-Zaydi :« Je ne suis pas un héros, mais j'ai simplement eu la chance de pouvoir agir. » 4-4 La crise. |
Avant propos
Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...
Tiré à part
Spencer Delane : Les États-Unis s’apprêtent à replonger l’Irak dans le chaos.
Ndlr : La publication de l' analyse ne signifie nullement que la rédaction partage tout le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information.
511 candidats soutenus par les États-Unis viennent de se voir exclure des élections générales du 7 mars prochain par le gouvernement irakien.
L’administration américaine a envoyé en toute urgence le vice-président Joseph Biden à Bagdad pour une ultime négociation : céder aux pressions américaines ou le retour au chaos.
Les 511 personnalités interdites sont toutes issues de l’ancien parti Baas de Saddam Hussein, aujourd’hui interdit. Les Etats-Unis pensaient se servir de ces sunnites afin de contrer l’influence du chef du gouvernement, Nouri al-Maliki, d’obédience chiite, et derrière lequel les américains voient la main de Téhéran.
La CIA négociait l’affaire avec l’administration irakienne depuis des mois, en jouant les intermédiaires des chefs baasistes, exilés depuis sept ans en Jordanie, en Syrie et au Yémen, dans le but de parvenir à un accord.
Les efforts de l’agence de renseignement américaine auront été vains, puisque la Commission nationale électorale vient de confirmer l’exclusion des candidats.
Cette prise de position, approuvée par l’actuel parti numéro un de l’Assemblée, dont est issu Nouri al-Maliki, à fortement contrarié la plan des États-Unis pour garder le contrôle du pays, condition indispensable au retrait de leurs troupes prévu d’ici le 30 août prochain.
Raison pour laquelle ils viennent de dépêcher le vice-président Joseph Biden à Bagdad pour intervenir.
Tous les analystes de la scène politique irakienne jugent que la paix très relative volera en éclat si la liste des « interdits » est maintenue et qu’au soir du 7 mars le pays est livré à une majorité chiite absolue.
L’un deux, Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS et spécialiste d’histoire contemporaine de l’islam dans les pays arabes du Moyen-Orient, estime même « que la possibilité d’un coup d’État militaire, mené par des troupes d’élite présentement entraînées à l’étranger par les Américains, se renforce. »
D’ici là, nous allons certainement voir ressurgir la nébuleuse Al-Qaeda en Irak, son cortège d’attentats sanglants et ses victimes civiles, qui n’auront d’autre but que d’affaiblir le gouvernement al-Maliki avant les élections.
Spencer Delane,
Article placé le 25 jan 2010
http://www.mecanopolis.org/?p=12893
1 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos
1-1 M. Saâdoune : ArabSat et NileSat dans le collimateur des Américains.
Comment qualifier des soldats américains présent en Irak ou en Afghanistan ?
Si des chaines de télévision arabes en parlent comme des «occupants» ou des «envahisseurs» – ainsi que le pense la majorité des opinions dans le monde arabo-musulman -, elles sont susceptibles d’être classées comme des terroristes.
La chambre des représentants américains a, en effet, adopté, mardi dernier, par 395 voix contre trois, une loi destinée à surveiller et à punir les chaines satellitaires arabes coupables «d’incitations à la violence anti-américaine au Moyen-Orient ».
Théoriquement, ce sont des chaînes très militantes qui sont ciblées mais la formulation même de cette décision fait que tous les médias arabo-iraniens sont susceptibles d’être punis.
Sauf à devenir les chantres de l’occupation américaine et affirmer que les soldats US sont en mission humanitaire ou en mission de démocratisation…
Aucune chaîne arabe ne résisterait à cette «ligne». Les Américains ont eux-mêmes essayé avec la chaine Al-Hurra, sans le moindre succès. Les journalistes arabes qui ont émigré vers la chaine américaine, malgré de remarquables efforts, ne bénéficient d’aucun crédit. La chaîne saoudienne Al-Arabiya y réussit un peu mieux mais en surfant lourdement sur l’anti-chiisme. Mais, en général, sans être anti-américaines, les chaines arabes ne peuvent, sous peine de complaisance, éviter de nommer un occupant… comme un occupant. Toutes les chaînes du Proche-Orient – qui dans le discours
américain, le «Proche-Orient» inclue également le Maghreb et l’Iran – n’y échapperaient pas. Les chaînes des organisations résistantes comme Al-Manar ou Al-Aqsa s’étaient faites depuis longtemps à l’idée d’être classées comme «terroristes» par l’administration américaine. Elles ne sont pas surprises de se retrouver dans le collimateur des élus américains après avoir été tour à tour bombardées par l’armée israélienne. Le directeur de la chaîne Al-Manar, Abdallah Kassir, y voit très clairement une décision «imposée par le lobby sioniste aux Etats-Unis». Selon lui, cette décision n’a aucune base juridique.
C’est en effet clairement une décision politique ou plutôt un acte de guerre.
Et la chambre des représentants américains élargit considérablement le spectre en décidant que les fournisseurs d’accès satellite comme NileSat et ArabSat seraient punies s’ils diffusent des chaines qui «propagent des idées terroristes». Les propriétaires de ces satellites – ArabSat appartient à la Ligue arabe – seront considérées comme dirigeant des organisations «terroristes». Les chaînes ouvertement désignées sont Al-Aqsa (Hamas), Al-Manar (Hezbollah) et des chaînes irakiennes hostiles à la présence américaine, Al Zawra, propriété d’un député en exil et Al Rafidain, proche de l’association des oulémas irakiens, qualifiée d’organisation anti-américaine. Le projet de loi avait été soumis en juillet dernier pour classer comme «terroristes», les chaines de télévision hostiles aux Etats-Unis et à Israël. Le projet demande des
mesures contre les Etats qui autorisent ces chaînes. Le projet, présenté par le républicain Gus Bilirakis, souligne que «depuis des années des médias du Moyen-Orient ont publié de façon répétée des incitations à la violence contre les États-Unis et les Américains».
M. Gus Bilirakis a d’ailleurs tenu un discours très martial en soulignant que face aux «dangers que de telles incitations représentent pour les soldats et les civils américains dans la région et sur notre territoire, il est grand temps que les États-Unis et d’autres pays responsables fassent cesser cette menace grandissante ». Les fournisseurs d’accès satellite peuvent faire l’objet de sanctions financières, selon les termes du décret n° 13224 signé par le président George W. Bush dans la foulée des attentats du 11 Septembre, qui s’applique à tout individu ou toute entité qui serait désigné comme ayant des liens avec le terrorisme. Au terme de la loi adoptée mardi dernier, le président américain devrait faire un rapport dans six mois sur les «incitations à la violence anti-américaine au Moyen-Orient». Le prix Nobel de la Paix qui mène la guerre en Afghanistan et en Irak doit donc se faire le grand censeur des médias
arabes qui, décidemment, parlent trop des «dommages collatéraux» et continuent à parler d’occupation. Dans six mois, des chaînes arabes, absolument pas militantes, risquent de se retrouver dans la même case «terroriste» qu’Al-Manar et Al-Aqsa.
M. Saâdoune
_http://www.journalstars.com/actualites/arabsat-et-nilesat...
http://www.fischer02003.over-blog.com/article-arabsat-et-...
2 Les brèves
2-1 Les forces iraniennes se retirent de la zone frontalière controversée.
Les forces iraniennes se son retirées totalement mercredi matin du territoire controversé pour se repositionner sur la frontière avec l'Irak, après s'être déployées pendant environ six semaines près du site d'un puits de pétrole.
"Les forces iraniennes se sont complètement retirées de la place qu'elles occupaient près du puits numéro 4 sur le champ pétrolier de Fakka et se sont retournées à leurs positions sur la frontière entre les deux pays", a affirmé à l'AFP le gouverneur de la province de Missane, Mohammed Chaya al-Soudani.
"Avant de partir, elles ont détruit les positions qu'elles avaient érigées (...) et les forces irakiennes se trouvent à 300 mètres du puits comme avant la crise", a-t-il ajouté.
Ce responsable a souligné que ce retrait montrait "la volonté des deux parties de résoudre la crise". "Les comités techniques doivent trouver des solutions aux problèmes frontaliers", a-t-il dit.
Le 18 décembre, une dizaine de militaires et des techniciens iraniens avaient pris le contrôle du puits numéro 4. L'Iran avait annoncé le lendemain que ses forces se trouvaient sur le site et rejeté les protestations de Bagdad en affirmant que le puits était en territoire iranien.
Ce puits "numéro 4" se trouve sur le champ pétrolier de Fakka qui est un des trois mis aux enchères internationales en juin qui n'avaient pas trouvé preneur. Les réserves de Fakka sont estimées à 1,55 million de barils.
Lors de la visite à Bagdad du ministre des Affaires étrangères iranien, Manouchehr Mottaki, les deux pays avaient annoncé le 7 janvier qu'ils tiendraient une série de réunions pour régler leur contentieux à leur frontière sud, riche en pétrole.
27/01/2010
http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=12...
2-2 Hassan al-Majid a été exécuté.
Ali Hassan al-Majid, condamné à mort à quatre reprises, a été pendu.
Ali Hassan al-Majid, dit "Ali le Chimique" a été exécuté, lundi 25 janvier, par pendaison, a indiqué le porte-parole du gouvernement.
"Le condamné Ali Hassan al-Majid a été exécuté par pendaison jusqu'à la mort aujourd'hui conformément à la loi et la Constitution" en raison "des meurtres et du crime contre l'Humanité commis", a annoncé Ali Dabbagh dans un communiqué.
Il avait notamment été condamné pour avoir ordonné en 1988 le bombardement au gaz du village kurde de Halabja, tuant environ 5.000 personnes, avait annoncé la télévision irakienne publique à l'annonce du verdict. L'ancien homme de main redouté de son cousin Saddam Hussein, a été condamné à mort à quatre reprises pour la répression des rébellions kurdes et chiites à la fin des années 80 et au début des années 90.
D'autres condamnations
L'ancien ministre de la Défense Sultan Hachim Ahmad al-Taï et l'ancien directeur adjoint des opérations des forces armées irakiennes Hussein Rachid Mohammed ont également été condamnés à la peine capitale.
Deux autres accusés avaient été condamnés à une peine de réclusion à vie: Farhan Moutlaq Saleh, ancien responsable du renseignement militaire pour l'est de l'Irak et Sabir al-Douri, ancien dirigeant du renseignement militaire.
AFP
25/1
3 Dossier & Point de vue
Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.
3-1 Mounir Chafiq : Le droit de résister à l'occupation et à l'agression.
Le droit de résister à l’occupation étrangère et le droit de résister à l’agression militaire extérieure prennent leur source dans le droit à l’auto-défense tant au niveau du peuple que de la communauté et de l’individu. De même, ils prennent leur source dans le droit à l’égalité des peuples quant à la souveraineté sur leur pays et l’illégalité de l’agression extérieure armée contre cette souveraineté ainsi que l’illégalité de piétiner celle-ci en transformant cette agression en occupation permanente ou temporaire.
Je considère l’agression militaire extérieure comme étant un acte contraire aux droits des peuples. Elle est illégale du point de vue du droit international qui repose sur des traités conclus entre les pays du monde entier afin de poser les bases de la paix et de la coexistence entre ces pays. Sans cela, il régnerait les guerres et le chaos. Le fort pourrait légalement agresser le faible et disposer de lui conformément à la loi du plus fort qui ressemble à la loi de la jungle.
C’est pour cela qu’eut lieu un accord mondial, entre tous les pays y compris les grandes puissances, les pays colonisateurs et les pays impérialistes, qui ont pratiqué, et qui continuent de pratiquer, la politique du plus fort et de la domination. Ces accords rendent illégales l’agression, la colonisation et l’occupation des terres des autres. L’objectif est de délégitimer l’agression d’un peuple par un autre ou d’un pays par un autre tant que tous reconnaîtront l’égalité, la coexistence et la coopération. Sinon, il régnerait le chaos et on retournerait à la loi de la jungle.
Il est vrai que les grandes puissances qui ont usé, et qui continuent d’user, de la force militaire, ou de pratiquer la politique du plus fort, afin d’imposer leurs objectifs aux autres, ont approuvé et signé ces accords. Cela a contraint les grandes puissances à avoir recours à la politique des deux poids deux mesures concernant le droit international. Les grandes puissances ont installé ce droit pour réguler les relations entre elles et pour protéger leurs intérêts et leurs zones d’influence d’une part ; et d’autre part elles étaient obligées de l’accepter sous la pression des autres peuples - la majorité des peuples du monde - qui ont un intérêt sûr à rendre illégales l’agression militaire et l’occupation en dehors de la légalité internationale.
Il est important de souligner que l’adoption du droit international, avec le droit à la légitime défense et l’égalité entre les peuples, oblige à reconnaître le droit à la résistance dans toutes ses variétés. Notamment, la résistance armée du peuple qui est exposé à une agression militaire extérieure ou qui vit sous l’occupation étrangère ; que cette occupation soit colonialiste ou néo-colonialiste, ou que ce soit une colonisation de peuplement, ou bien par des traités colonialistes qui lui ont été imposés par la force ou par une guerre d’occupation. Ce droit à la résistance armée, ou à la résistance sous toutes ses formes, a aussi été énoncé dans les accords et toutes les normes internationales, notamment dans la Charte des Nations Unies.
En d’autres termes, il est du droit du peuple opprimé ou de l’Etat agressé par un autre de résister à une agression militaire ou à une occupation résultant d’une agression militaire (l’occupation et le blocus représentent une agression militaire continue). Ce droit rejoint le principe de justice et les principes de la liberté et de la dignité visant à l’établissement d’un système mondial qui sorte vraiment du monde de la jungle ou du monde des requins des océans.
Ainsi est considérée la justice de cette cause qui a engendré la résistance armée et son soutien mondial. Elle est considérée comme une partie de la justice mondiale qui reflète l’intérêt et le bien des peuples.
Mounir Chafiq
Samedi 23 janvier 2010
Source : With Resistance
Traduction : Souad Khaldi
http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Mounir_Chafi...
3-2 Chris Marsden : Tony Blair, la guerre en Irak et la ligue internationale des criminels de guerre.
Le 13 décembre un juge britannique délivra un mandat d’arrêt pour crime de guerre contre Tzipi Livni, l’ancienne ministre des Affaires étrangères d’Israël et actuelle leader de l’opposition.
Elle encourait des poursuites en tant que membre du cabinet de guerre responsable de l’opération « plomb durci », l’offensive militaire menée contre Gaza entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009.
Quelque 1.400 Palestiniens furent tués, en majorité des civils, parmi lesquels quatre cent femmes et enfants. 5.000 personnes au moins furent blessées et 21.000 habitations détruites.
Livni put éviter une arrestation parce qu’on l’informa de l’existence de ce mandat d’arrêt secret et elle ne se rendit pas en Grande-Bretagne.
La réaction du gouvernement britannique à l’émission du mandat d’arrêt a frôlé l’hystérie.
Cette réaction consista en des excuses personnelles à Livni et en promesses de la part du premier ministre Gordon Brown, du ministre des Affaires étrangères David Miliband et de la présidente de la Chambre des députés, Harriet Harman, que le gouvernement allait demander à faire changer la loi afin de prévenir tout mandat d’arrêt contre des responsables israéliens à l’avenir.
Il y a des raisons de politique étrangère évidentes à ce que la Grande-Bretagne se précipite pour protéger le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Israël est un allié crucial de l’Occident au Moyen-Orient et une voix influente à Washington.
Mais il y a d’autres facteurs qui dictent le comportement de Brown et Cie.
Le jour même où le mandat d’arrêt contre Livni était retiré, la BBC diffusait une interview télévisée avec l’ancien premier ministre Tony Blair.
Dans cette interview on demanda à Blair s’il aurait toujours été en faveur d’une invasion de l’Iraq en 2003 s’il avait su que le régime irakien ne possédait pas d’« armes de destruction massive » (ADM) ainsi que son gouvernement l’avait prétendu à l’époque.
Blair éluda tout d’abord la question, puis il dit que cela n’aurait fait aucune différence.
La question des ADM n’était qu’une de ses préoccupations, déclara-t-il. « C’était l’idée de sa présence [Saddam Hussein] en tant que menace pour la région, le fait de savoir comment cette région allait changer pendant qu’il était là » qui avait motivé ses actions, dit Blair.
Même sans ADM « j’aurais quand même pensé que c’était juste de le faire partir » continua-t-il. « Je veux dire – évidemment, il aurait fallu utiliser et déployer des arguments différents, quant à la nature de la menace. »
Blair dit clairement ensuite qu’il avait décidé de suivre une politique de la guerre préemptive contre un régime n’ayant commis aucun acte hostile et dans le but d’assurer un changement de régime. Il dit à ses interviewers que la question en jeu ici était de savoir si la région allait « évoluer » de la « bonne manière ».
Les déclarations de Blair constituent un justificatif suffisant pour qu’il soit traduit en justice sur une accusation de crimes de guerre.
Dans un procès, elles pourraient être retenues comme une preuve crédible que lui et ses alliés de l’administration Bush sont coupables d’avoir préparé et mené une guerre d’agression.
Son admission sape ses efforts passés pour donner une couverture de légitimité internationale à la guerre contre l’Irak. Lui et le gouvernement britannique ne pouvaient pas officiellement s’engager en faveur de la politique avouée de changement de régime du gouvernement Bush, parce qu’ils avaient été averti de son illégalité.
Au lieu de cela, Blair et les services de sécurité britanniques ont avancé la thèse que les prétendues ADM de l’Irak représentaient une menace directe pour la Grande-Bretagne et ses alliés. Sur cette base, ils argumentèrent qu’une invasion serait un acte de légitime défense, citant cyniquement des résolutions des Nations unies sur le désarmement irakien, malgré l’échec des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne d’obtenir de la part du Conseil de sécurité de l’ONU une résolution autorisant la guerre.
Il est aussi à noter que la semaine qui a précédé l’interview de Blair, Sir John Scarlett, le directeur du Joint Intelligence Committee au moment de l’invasion de mars 2003, dit à la commission d’enquête Chilcot sur la guerre en Irak, que des informations selon lesquelles Saddam Hussein ne disposait pas d’armes de destruction massive furent envoyées directement à Blair avant l’invasion.
Les déclarations faites par Blair dans son interview, détermina Hans Blix, qui avait conduit la mission d’inspection des Nations unies sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak, à dire : « on dirait un peu une feuille de vigne dont on se servait et si on ne s’était pas servi de cette feuille de vigne là, alors on aurait essayé d’utiliser une autre feuille de vigne ».
Jonathan Steele observa dans le Guardian, normalement pro travailliste : « La fanfaronnade de Tony Blair qui dit qu’il aurait cherché à chasser Saddam Hussein même en sachant que le président irakien n’avait plus d’armes de destruction massive apporte une preuve nouvelle qu’il a probablement commis un crime en accompagnant l’invasion de George Bush. Cela met aussi sur la sellette Gordon Brown, David Miliband, et le reste du gouvernement travailliste de l’époque ».
Steele mentionna des précédents récents qui étaieraient une accusation de crimes de guerre contre Blair. « Dans des affaires portées devant la Cour pénale internationale pour la Yougoslavie, on a qualifié de collaboration à une ‘entreprise criminelle commune’ les actes de leaders politiques ayant fomenté une violence illégale à une grande échelle ».
Il existe un autre précédent légal. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les accusations portées lors du principal procès de Nuremberg contre vingt-deux criminels de guerre, ce qui incluait la direction du parti nazi, étaient celles de : participation à un plan ou à une conspiration communs en vue de perpétrer un crime contre la paix ; préparer, commencer et conduire des guerres d’agression et autres crimes contre la paix ; crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Le tribunal résuma son verdict de culpabilité contre les accusés en expliquant : « la guerre est essentiellement un mal. Ses conséquences ne se limitent pas aux seuls Etats belligérants, mais elle affecte le monde entier. Commencer une guerre d’agression, par conséquent, n’est pas seulement un crime international, c’est le crime international suprême, différent des autres crimes de guerre en ce qu’il comporte en lui-même le mal accumulé du tout. »
Les principes de Nuremberg furent adoptés par la Commission du droit international des Nations unies qui en fit le principal fondement du droit international, tel qu’on le retrouve dans la convention de Genève. Celle-ci fut à son tour incorporée au droit britannique dans le Geneva Conventions Act de 1957.
L’admission de Blair ouvre donc à d’éventuelles poursuites pour crimes de guerre toute la direction du Parti travailliste, ainsi qu’un nombre appréciable de membres de l’establishment politique et militaire britannique.
Il n’est donc guère surprenant que Brown et Miliband aient tant hâte d’empêcher un procès sur la base d’une accusation de crimes de guerre contre Livni. C’est aussi pourquoi ils cherchent tellement, au nom d’une supposée limitation des « abus » de la jurisprudence universelle, à retirer du droit anglais un des articles centraux de la convention de Genève stipulant que les nations signataires sont dans « l’obligation de rechercher les personnes prévenues d’avoir commis, ou d’avoir ordonné de commettre, l’une ou l’autre de ces infractions graves » à la convention et qu’elles devront « les déférer à [leurs] propres tribunaux, quelle que soit leur nationalité ».
Comité Valmy
Source : Mondialisation.ca,
http://www.comite-valmy.org/spip.php?article471
3-3 Chris Marsden : Blair : Même sans ADM « j’aurais quand même pensé que c’était juste de le faire partir ».
Le jour même où le mandat d’arrêt contre Livni était retiré, la BBC diffusait une interview télévisée avec l’ancien premier ministre Tony Blair.
Dans cette interview on demanda à Blair s’il aurait toujours été en faveur d’une invasion de l’Iraq en 2003 s’il avait su que le régime irakien ne possédait pas d’« armes de destruction massive » (ADM) ainsi que son gouvernement l’avait prétendu à l’époque.
Blair éluda tout d’abord la question, puis il dit que cela n’aurait fait aucune différence. La question des ADM n’était qu’une de ses préoccupations, déclara-t-il. « C’était l’idée de sa présence [Saddam Hussein] en tant que menace pour la région, le fait de savoir comment cette région allait changer pendant qu’il était là » qui avait motivé ses actions, dit Blair.
Même sans ADM « j’aurais quand même pensé que c’était juste de le faire partir » continua-t-il. « Je veux dire – évidemment, il aurait fallu utiliser et déployer des arguments différents, quant à la nature de la menace. »
Blair dit clairement ensuite qu’il avait décidé de suivre une politique de la guerre préemptive contre un régime n’ayant commis aucun acte hostile et dans le but d’assurer un changement de régime. Il dit à ses interviewers que la question en jeu ici était de savoir si la région allait « évoluer » de la « bonne manière ».
Les déclarations de Blair constituent un justificatif suffisant pour qu’il soit traduit en justice sur une accusation de crimes de guerre.
Dans un procès, elles pourraient être retenues comme une preuve crédible que lui et ses alliés de l’administration Bush sont coupables d’avoir préparé et mené une guerre d’agression.
Son admission sape ses efforts passés pour donner une couverture de légitimité internationale à la guerre contre l’Irak. Lui et le gouvernement britannique ne pouvaient pas officiellement s’engager en faveur de la politique avouée de changement de régime du gouvernement Bush, parce qu’ils avaient été averti de son illégalité.
Au lieu de cela, Blair et les services de sécurité britanniques ont avancé la thèse que les prétendues ADM de l’Irak représentaient une menace directe pour la Grande-Bretagne et ses alliés. Sur cette base, ils argumentèrent qu’une invasion serait un acte de légitime défense, citant cyniquement des résolutions des Nations unies sur le désarmement irakien, malgré l’échec des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne d’obtenir de la part du Conseil de sécurité de l’ONU une résolution autorisant la guerre.
Il est aussi à noter que la semaine qui a précédé l’interview de Blair, Sir John Scarlett, le directeur du Joint Intelligence Committee au moment de l’invasion de mars 2003, dit à la commission d’enquête Chilcot sur la guerre en Irak, que des informations selon lesquelles Saddam Hussein ne disposait pas d’armes de destruction massive furent envoyées directement à Blair avant l’invasion.
Les déclarations faites par Blair dans son interview, détermina Hans Blix, qui avait conduit la mission d’inspection des Nations unies sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak, à dire : « on dirait un peu une feuille de vigne dont on se servait et si on ne s’était pas servi de cette feuille de vigne là, alors on aurait essayé d’utiliser une autre feuille de vigne ».
Jonathan Steele observa dans le Guardian, normalement pro travailliste : « La fanfaronnade de Tony Blair qui dit qu’il aurait cherché à chasser Saddam Hussein même en sachant que le président irakien n’avait plus d’armes de destruction massive apporte une preuve nouvelle qu’il a probablement commis un crime en accompagnant l’invasion de George Bush. Cela met aussi sur la sellette Gordon Brown, David Miliband, et le reste du gouvernement travailliste de l’époque ».
Steele mentionna des précédents récents qui étaieraient une accusation de crimes de guerre contre Blair. « Dans des affaires portées devant la Cour pénale internationale pour la Yougoslavie, on a qualifié de collaboration à une ‘entreprise criminelle commune’ les actes de leaders politiques ayant fomenté une violence illégale à une grande échelle ».
Il existe un autre précédent légal. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les accusations portées lors du principal procès de Nuremberg contre vingt-deux criminels de guerre, ce qui incluait la direction du parti nazi, étaient celles de : participation à un plan ou à une conspiration communs en vue de perpétrer un crime contre la paix ; préparer, commencer et conduire des guerres d’agression et autres crimes contre la paix ; crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Le tribunal résuma son verdict de culpabilité contre les accusés en expliquant : « la guerre est essentiellement un mal. Ses conséquences ne se limitent pas aux seuls Etats belligérants, mais elle affecte le monde entier. Commencer une guerre d’agression, par conséquent, n’est pas seulement un crime international, c’est le crime international suprême, différent des autres crimes de guerre en ce qu’il comporte en lui-même le mal accumulé du tout. »
Les principes de Nuremberg furent adoptés par la Commission du droit international des Nations unies qui en fit le principal fondement du droit international, tel qu’on le retrouve dans la convention de Genève. Celle-ci fut à son tour incorporée au droit britannique dans le Geneva Conventions Act de 1957.
L’admission de Blair ouvre donc à d’éventuelles poursuites pour crimes de guerre toute la direction du Parti travailliste, ainsi qu’un nombre appréciable de membres de l’establishment politique et militaire britannique.
Il n’est donc guère surprenant que Brown et Miliband aient tant hâte d’empêcher un procès sur la base d’une accusation de crimes de guerre contre Livni. C’est aussi pourquoi ils cherchent tellement, au nom d’une supposée limitation des « abus » de la jurisprudence universelle, à retirer du droit anglais un des articles centraux de la convention de Genève stipulant que les nations signataires sont dans « l’obligation de rechercher les personnes prévenues d’avoir commis, ou d’avoir ordonné de commettre, l’une ou l’autre de ces infractions graves » à la convention et qu’elles devront « les déférer à [leurs] propres tribunaux, quelle que soit leur nationalité ».
Chris Marsden
5 janvier 2010,
07:52 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : irak, moqtada sadr, obama, résistance, occupants, bagdad, bombardements, al-qaïda, américains, al-maliki
n° 470 - Les Dossiers d'Irak - 31/01/10 -: suite : - Les États-Unis s'apprêtent à replonger l'Irak dans le chaos.
Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix
Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre
Les Dossiers d'Irak
n° 470 31/01/10
C.De Broeder & M.Lemaire
Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be
| Sommaire : 3 Dossier & Point de vue (suite) 3-4 Martin Chulov : Irak : De vastes zones contaminées : Radioactivité, Dioxine,.... 3-5 Cancer = L'héritage mortel de l'invasion de l'Irak. 3-6 Gilles Munier : Saddam Hussein face à l’Histoire. 3-7 Saddam Hussein, retour sur un procès lynchage. 3-8 Gilles Munier : Tarek Aziz, l'homme qui en sait trop. 3-9 Halabja, procès en catimini. 3-10 Guillaume Dacquié : Les suite de l'embargo : «Pétrole contre nourriture». |
3-4 Martin Chulov : Irak : De vastes zones contaminées : Radioactivité, Dioxine,....
Plus de 40 sites à travers l’Irak sont contaminés à des taux très élevés par la radioactivité ou la dioxine après trois décennies de guerre et la négligence s’étale sous forme de ruines environnementales dans de grandes surfaces dans le pays selon ce qu’affirme une étude officielle faite par les Irakiens.
Des zones à l’intérieur et autour des plus grandes villes mais aussi des villes moyennes, dont Najaf, Bassora, et Fallujah, constituent 25% de ces sites contaminés, et coïncide avec des communautés qui ont vu une augmentation des taux de cancer et de malformation congénitale ces 5 dernières années. L’étude conjointement réalisée par les ministères de l’environnement, de la santé et des sciences, a trouvé que des décharges de métaux dans et autour de Bagdad et de Bassora contenaient des taux élevés de radiation ionisée qu’ on pense être un héritage de l’Uranium Appauvri utilisé dans les munitions lors de la Première Guerre Du Golfe et depuis l’invasion de 2003.
Le ministre de l’environnement, Narmin Othman, a dit qu’on pensait de plus en plus que des taux élevés de Dioxine dans des terres agricoles du Sud de l’Irak en particulier était la principale raison de la détérioration générale de l’état de santé observée chez les personnes vivant dans les parties les plus pauvres du pays.
« Si nous étudions le cas de Bassora, il y a des zones fortement polluées là bas et il y a de nombreux facteurs y contribuant » a-t-elle dit au quotidien britannique The Guardian. « D’abord cela a été un champ de bataille de deux guerres, la Guerre du Golfe er la guerre Irak Iran, où de nombreux types de bombes ont été utilisées.( La guerre Irak Iran a été une initiative de Saddam Hussein avec le soutien des US et c’est ce dernier qui a utilisé des armes chimiques fournies par les pays occidentaux ndlt). Des pipelines ont également été bombardés et la contamination s’est surtout accumulée autour de Bassora. »
« Les personnes ont respiré des particules de ce sol contaminé retrouvées dans leurs poumons et les aliments absorbés par celles-ci. La Dioxine se trouve en quantité très élevée dans ces zones. Tout ceci a provoqué des problèmes systémiques sur une large échelle à la fois pour l’écologie et la santé en général ».
Des groupes d’étude gouvernementaux se sont récemment concentrés sur la ville de Fallujah ravagée par la guerre à l’Ouest de Bagdad, où les scientifiques n’avaient pu se rendre à cause la situation sécuritaire instable depuis les combats féroces que se sont livrés les militants et les forces US en 2004.
« Jusqu’à présent nous avons trouvé une seule zone dans Fallujah « a dit Othman. «Mais il y a d’autres zones que nous allons essayer d’explorer avec l’aide internationale ».
Au mois de Novembre, The Guardian a rapporté des affirmations de médecins locaux parlant d’une augmentation massive de malformations à la naissance dans la ville, particulièrement de malformations des tubes neuraux, qui touchent l a moelle épinière et le cerveau des nouveaux nés. « Nous avons connaissance de ces rapports mais nous devons être prudents avant de tirer des conclusions » a dit Othman. « L’état de santé général dans la ville n’est pas bon. Il n’y a pas de système de tout à l’égout, et il y a beaucoup d’eaux usées stagnantes, provoquant des maladies affectant directement le système génétique. Cependant, nous savons bien sûr, qu’on a utilisé beaucoup d’Uranium appauvri là bas. » (On notera la prudence politiquement orientée de Mme Othman ndlt).
« Nous avons surveillé cela et nous avons aussi essayé en urgence de tout regrouper dans une base de données. Nous avons bénéficié de la coopération du Programme pour l’Environnement de l’ONU et nous avons donné nos rapports à Genève. Nous avons étudié 500 sites pour les produits chimiques et l’Uranium Appauvri. Jusqu’à maintenant nous avons trouvé 42 endroits déclarés comme étant à haut risque à la fois pour l’Uranium Appauvri et la Dioxine. »
10 de ces zones ont été classées par l’organisation irakienne de décontamination nucléaire comme ayant des taux élevés de radioactivité. Parmi ces sites on trouve trois anciens réacteurs nucléaires à la centrale de Tuwaitha - autrefois la fierté de Saddam Hussein dans la banlieue sud est de Bagdad - de même que d’anciens centres de recherche autour de la capitale qui ont été soit bombardés soit démantelés entre les deux guerres du Golfe.
Le directeur de l’organisation de décontamination, Adnan Jarjies, a dit que quand les inspecteurs de l’AIEA sont venus pour « visiter ces sites, je leur ai dit que même si nous disposions des meilleures connaissances scientifiques au monde pour nous aider, on ne peut espérer que tous ces sites soient nettoyés avant 2020. »
Bushra Ali Ahmed, le directeur du Centre pour la Protection Contre les radiations de Bagdad a dit que seulement 80% de l’Irak avait été jusqu’à présent contrôlé. « Nous nous sommes concentrés jusqu’à présent sur les sites qui ont été contaminés par les guerres » a-t-il dit. « Nous avons d’autres plans pour nettoyer des sites qui ont été détruits par la guerre ».
« Un problème important pour nous c’est quand par exemple un tank a été détruit et puis bougé, cela laisse à l’évidence une trace de radiation. Cela prend du temps de décontaminer ces sites ».
La principale inquiétude c’est les sites avec des déchets de metaux. Des décharges de vieilles voitures et des endroits détruits par la guerre dans Bagdad et d’autres villes entre la capitale et Bassora sans aucune surveillance permettent aux enfants et aux charognards d’y avoir accès. »
Othman dit que la dégradation de l’environnement s’intensifie à cause d’une sécheresse extrême et d’une pénurie d’eau, qui a vu une baisse de 70% dans le volume d’eau de l’Euphrate et du Tigre.
« Nous ne pouvons plus désormais en toute conscience nous appeler le pays entre deux rivières » a-t-elle dit. « Une grande partie de l’eau que nous recevons a d’abord été utilisée par la Turquie et la Syrie pour générer de l’électricité. Quand elle arrive ici elle est de qualité médiocre. Cette eau utilisée en agriculture est souvent contaminée. Nous sommes en plein dans un désastre environnemental ». (Quel type de contamination, par qui ? Là encore des déclarations à l’emporte pièce qui accusent injustement les voisins sans faire mention des vrais coupables : les Etats Unis. Ces Irakiens font autant de mal à leur pays que ceux avec qui ils collaborent ndlt)
Martin Chulov
22/01/10
www.guardian.co.uk
http://www.guardian.co.uk/world/2010/jan/22/iraq-nuclear-contaminated-site
3-5 Cancer = L'héritage mortel de l'invasion de l'Irak.
Oubliez le pétrole, l'occupation, le terrorisme ou même Al-Qaïda. Actuellement, le vrai danger pour les Irakiens c’est le cancer. Le cancer se répand comme une traînée de poudre en Irak. Des milliers de bébés naissent avec des malformations. Les médecins disent qu'ils ont du mal à faire face à la montée des cancers et des malformations congénitales, surtout dans les villes soumises à de lourds bombardements américains et britanniques.
Voici quelques exemples. A Falloujah, qui a été fortement bombardée par les Etats-Unis en 2004, pas moins de 25% des nouveaux nés sont atteints de troubles graves, y compris des anomalies congénitales, des tumeurs cérébrales et des malformations du tube neural dans la moelle épinière.
Le taux de cancer dans la province de Babil, au Sud de Bagdad est passé de 500 cas diagnostiqués en 2004 à 9.082 en 2009, selon Al Jazeera/anglais. A Bassora, il y avait 1885 cas de cancer diagnostiqués en 2005. Selon le Dr Jawad al-Ali, directeur du Centre d'oncologie, le nombre est passé à 2302 en 2006 et 3071 en 2007. Le Dr. Ali a déclaré à Al Jazeera/anglais, qu’environ 1250 à 1500 patients viennent consulter actuellement le Centre d'oncologie chaque mois.
Tout le monde n’est pas prêt à établir une corrélation directe entre les bombardements alliés de ces zones et les tumeurs, et le Pentagone se montre sceptique sur toute tentative de lier les deux.
Mais les médecins irakiens et certains universitaires occidentaux disent que les quantités massives d’Uranium Appauvri utilisé par les Etats-Unis et contenu dans des bombes britanniques et la forte augmentation des taux de cancer ne sont pas étrangers à cette recrudescence..
Le Dr Ahmed Hardan, qui a travaillé comme conseiller scientifique spécial auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé, l'Organisation des Nations Unies et le Ministère irakien de la santé, affirme qu'il existe des preuves scientifiques liant l'Uranium Appauvri au cancer et des malformations congénitales. Il a dit à Al Jazeera/anglais que «les enfants atteints d'anomalies congénitales sont soumis à un caryotype et à des études chromosomiques génétiques avec antécédent génétique complet et évaluation clinique. Les antécédents familiaux et obstétricaux sont également pris en compte." Ces études internationales ont produit des éléments de preuve attestant que l'Uranium Appauvri a des conséquences désastreuses.
"Les médecins irakiens affirment que les cas de cancer ont augmenté après à la fois la guerre de 1991 et l'invasion de 2003.
Abdulhaq Al-Ani, auteur de "Uranium en Irak", a déclaré à Al Jazeera/anglais que la période d'incubation de l'Uranium Appauvri est de cinq à six ans, ce qui est cohérent avec la montée en flèche des taux de cancer en 1996-1997 et 2008-2009.
Il existe également des cas identiques de malformations congénitales chez les enfants irakiens et afghans nés aussi dans les zones qui ont été soumis à des bombardements à l'Uranium Appauvri.
Le Dr. Daud Miraki, directeur de l'Uranium Appauvri et Afghan Recovery Fund, a déclaré à Al Jazeera/anglais qu’il a trouvé des preuves de l'effet de l'Uranium Appauvri chez les nourrissons dans l’Est de l’Afghanistan (où sont stationnées les troupes françaises ndlt) et au Sud Est.
«Beaucoup d'enfants sont nés sans yeux, sans jambes, ou avec des tumeurs dépassant de leurs bouches et des yeux", a déclaré le Dr Miraki. Il n'y a pas que les Irakiens et les Afghans. Les bébés nés de soldats américains déployés en Irak pendant la guerre de 1991 montrent également des malformations similaires. En 2000, le biologiste irakien, Huda Saleh Mahadi, a souligné que les mains des enfants difformes américains étaient directement liées à leurs épaules, une déformation observée chez les nourrissons irakiens.
De nombreux soldats américains se réfèrent désormais au Syndrome de la Guerre du Golfe 2 et affirment avoir développé un cancer à cause de leur exposition à l'Uranium Appauvri en Irak. Mais les soldats peuvent mettre fin à leur exposition à l'Uranium Appauvri lorsque leur service en Irak se termine. Les civils irakiens eux n'ont nulle part ailleurs où aller. L'eau, le sol et l'air dans les grandes régions de l'Irak, dont Bagdad, sont contaminés par l'Uranium Appauvri qui a une demi-vie radioactive de 4,5 milliards d'années.
Le Dr. Doug Rokke, ancien directeur du Projet UA de l'Armée de terre US pendant la première Guerre du Golfe, était en charge d'un projet de décontamination des chars américains. Il a dit à Al Jazeera/anglais qu’ «il a fallu au département de la défense US une installation de plusieurs millions de dollars employant des physiciens et des ingénieurs qualifiés, et trois ans pour décontaminer les 24 réservoirs que j’ai renvoyé aux États-Unis".
Il a ajouté : « Que peut faire l'Irakien moyen avec des milliers et des milliers de poubelles et de véhicules détruits disséminés à travers le désert et d'autres zones ?
Selon Al Jazeera, le Pentagone a utilisé plus de 300 tonnes d'uranium appauvri en 1991. En 2003, les États-Unis ont utilisé plus de 1.000 tonnes.
Source : “ Cancer – The Deadly Legacy of the Invasion of Iraq” - Eye on Arab Media
New America Media, News Digest, Jalal Ghazi, 06/01/10 - Coup d'œil des médias arabes
New America Media, Nouvelles Digest, Jalal Ghazi,
Posté: 06/01/10
http://news.newamericamedia.org/news/view_article.html?article_id=80e260b3839daf2084fdeb0965ad31ab
Note
Si les chiffres du rapport Fechino, commandité par la Maison Blanche sont exacts, plus de 4000 tonnes d'UA sont tombés sur la seule ville de Bagdad. Sur les sols de la capitale on trouve probablement encore 800 tonnes de poussières d'UA en supposant que 3200 tonnes se soient transformées en aérosol réparti au niveau planétaire. Rien qu'en gamma, et c'est là le moindre mal radiologique, la population de Bagdad est sujette à une irradiation permanente dont elle paiera fatalement le prix.
L'Irak est une zone interdite d’habitation.
http://www.planetenonviolence.org/Irak-De-Vastes-Zones-Co...
introduction traduction
3-6 Gilles Munier : Saddam Hussein face à l’Histoire.
- Qui est « Mr George » ?
Les entretiens avec Saddam Hussein, rendus publics par le FBI en juillet 2009, sont à lire avec une certaine circonspection.
N’étant pas publiés sous forme de questions-réponses, comme l’avait souhaité le président irakien, ils ne reflètent que partiellement sa pensée. Ses empreintes digitales, placées en exergue, sont trompeuses ; elles ne signifient pas qu’il aurait cautionné les procès-verbaux sans réserve. Cela dit, l’intérêt historique du document est incontestable car il met à bas la plupart des thèmes de propagande qui le diabolisait.
Pour atténuer la portée du témoignage, le FBI a produit une conclusion déconnectée des « dits » enregistrés.
Alors que le détenu avait déclaré prendre l’entière responsabilité de ce qui s’était passé sous sa présidence, le FBI y affirme que Saddam cherchait à monnayer son silence et à minimiser son rôle pour préserver son image, supputations d’autant moins convaincantes qu’elles apparaissent au sein sont de passages censurés.
Interroger officiellement Saddam Hussein n’était pas gagné d’avance. Le prisonnier, peu coopératif, posait ses conditions. Il estimait qu’un président renversé en toute illégalité, par une puissance étrangère, n’avait rien à révéler à ses geôliers. En revanche, il acceptait d’être interviewé sur son parcours de révolutionnaire et de chef d’Etat.
Comme il était hors de question de recourir à la manière forte comme lors de son arrestation, le FBI dut se contenter de ce qu’il consentait à dire, espérant piéger Saddam au détour d’une conversation. Pour y parvenir, des psy avaient aménagé la salle d’interrogatoire, le plaçant… « le dos au mur », et « Mr George », son interrogateur, devant la porte fermée, symbole de la liberté !
Ils croyaient influer ainsi sur le subconscient du prisonnier !
Le policier, lui, pensait amadouer le Président en ayant la haute main sur l’armoire à stylos et papier nécessaires à Saddam pour écrire des poèmes…
D’entrée de jeu, Saddam mit les points sur les « i ». A la question, réitérée, de savoir s’il avait commis des fautes, il répondit que Dieu, seul, n’en commettait pas, et qu’il était hors de question de discuter des siennes avec ses ennemis. « Je ne suis pas quelqu’un qui trahit ses amis », lui glissa-t-il plus tard. L’opinion de ses contemporains lui importait moins que son image dans 500 ou 1000 ans. Il était fier de son bilan. En 1968, le peuple irakien « n’avait virtuellement rien ». Après l’arrivée au pouvoir du parti Baas, le niveau de vie s’était considérablement amélioré dans les domaines de l’éducation et de la santé. La nationalisation de l’industrie pétrolière avait permis de créer des infrastructures modernes et d’effectuer un bond en avant économique, en particulier dans l’agriculture négligée par les régimes précédents. Restait, il en convenait, le déficit en matière de démocratie : en 1989 et en 2002, il avait essayé d’instaurer le multipartisme.
Malheureusement, la nouvelle constitution n’avait pas pu être votée en raison du déclenchement des guerres du Golfe.
Il n’y avait là rien qui intéressât « Mr George », mais cela faisait bien longtemps que le bilan de 30 ans de baasisme n’avait pas été noyé dans un flot d’invectives et de désinformation. Il n’y avait rien, non plus, que les spécialistes de l’Irak ne sachent déjà, à quelques détails près.
Mais en rapportant, sans polémiquer, la relation par Saddam Hussein de la prise du pouvoir par le parti Baas en 1968, des complots auxquels il avait fait face, de la guerre Iran-Irak ou de son soutien à la résistance palestinienne, le FBI a dressé à son corps défendant le portrait d’un révolutionnaire mu par ses convictions: « Quand je crois à des principes, j’y crois totalement, pas partiellement ou graduellement, totalement ». A la question de son avenir s’il avait quitté le pouvoir, il répondit « qu’il serait redevenu une personne ordinaire, peut-être un paysan », mais toujours membre actif du Parti Baas.
Alors, Saddam, un « dictateur » ? « Certes » disent certains opposants, mais ils ajoutent que des précisions sont nécessaires : « Il faut se demander quel genre de dictateur ? Quel était son projet, quelles furent ses réalisations ? Qui gênaient-elles ? Avec la destruction de l’Irak après l’agression d’avril 2003, il restera dans la mémoire de la majorité des Arabes comme un révolutionnaire intransigeant qui voulait faire de l’Irak une puissance régionale moderne, a soutenu le peuple palestinien, et qui, pour ces raisons, a dû affronter les Etats-Unis, Israël, l’Iran et les rebellions soutenues par ces pays ».
Pas étonnant, dans ces conditions, que Saddam Hussein soit perçu dans le monde musulman comme un martyr.
« Mr George » et le « détenu de haute valeur numéro 1 »
« Mr George » a acquis une certaine notoriété en janvier 2008 quand CBS News a révélé sa véritable identité et l’a présenté comme « l’Américain connaissant le mieux Saddam Hussein » dans sa prestigieuse émission 60 minutes.
George Piro, y a-t-on appris, est arrivé aux Etats-Unis, à l’âge de 12 ans, avec ses parents, chrétiens libanais, qui fuyaient la guerre civile.
Après son service militaire dans l’US Air Force, il s’est engagé dans la police de Californie et est entré au FBI où les agents parlant couramment l’arabe étaient peu nombreux. En février 2004, il fut intégré à l’équipe - liée à l’ISG (Iraq Survey Group) de Charles Duelfer - chargée de « faire parler » le président irakien sur les armes de destruction massive, ses liens supposés avec Ousama Ben Laden… et de lui extorquer des informations sur la résistance irakienne.
Piro doit sa désignation comme intervieweur à Jerrold Post, profileur en chef de la CIA, et l’israélien Amatzia Baram, professeur à l’université de Haïfa, qui passent pour des spécialistes de la personnalité de Saddam Hussein. Ils pensaient qu’il serait plus facile à un jeune Arabe de conquérir la confiance du « détenu de haute valeur numéro 1 ».
L’interrogatoire de Saddam Hussein et d’autres dirigeants baasistes ont valu à George Piro deux décorations et assuré sa promotion.
En attendant d’écrire ses mémoires, il raconte dans des conférences sur la sécurité comment il a débriefé le président irakien. Succès assuré !
Gilles Munier
15 janvier
Paru dans Afrique Asie (janvier 2010)
Source : Bulletin des Amitiés franco-irakiennes
http://www.palestine-solidarite.org:80/dossier.Irak.Gille...
3-7 Saddam Hussein, retour sur un procès lynchage.
Le président Saddam Hussein a été livré aux Américains début décembre 2003, près de Dour, par un ami chez qui il était caché. Selon l’avocat égyptien Mahmoud al-Mouni, il aurait été aussitôt transféré à l’étranger pour être interrogé, puis ramené sur le lieu de sa capture. Ce qui est certain, c’est qu’arrêté officiellement le 13 décembre, il est apparu épuisé sur les écrans de télévision, comme hébété par l'absorption de drogues. « Le voir humilié ainsi, sorti de son trou à rats», déclara alors Toby Dodge, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), est «une étape de plus dans la libération mentale des Irakiens », organisée cela va sans dire pour démoraliser la résistance irakienne.
Les « 20 interviews et 5 conversations ordinaires » du FBI, déclassifiés en juillet 2009, ne seraient que le remake soft des interrogatoires infructueux effectués avant qu’on le déclare prisonnier de guerre. Bien que réalisés avant son inculpation, et deux ans avant sa condamnation à mort, « Mr George », son intervieweur, y informait Saddam que « sa vie touchait à sa fin » !
« Tout cela est du théâtre », dit Saddam
La peine capitale, suspendue après l’invasion, avait été rétablie « provisoirement » le 8 août 2004, par le Premier ministre Iyad Allaoui, pour condamner à mort Saddam et ses compagnons, en dépit du principe de la non rétroactivité de la loi par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Paul Bremer, chef de l’Autorité Provisoire de la Coalition (CPA), créa, en décembre 2003, un Tribunal spécial irakien (TSI) sans se soucier de légalité ou de légitimité, entendu qu’il était une émanation Département d’Etat à la Justice des Etats-Unis, puissance occupante.
La constitution du TSI n’a soulevé que des protestations de pure forme, même quand il est apparu que ses statuts n’avaient fait l’objet d’aucune consultation, que ses membres étaient formés en Grande-Bretagne pour jouer un rôle fixé d’avance, qu’aucun critère d’équité et d’impartialité n’était rempli, même pour la galerie. Dès la première séance, le 1 juillet 2004, il se présenta comme «Saddam Hussein al-Majid, président de l’Irak», refusa de reconnaître la légitimité du tribunal, rejeta les charges retenues contre lui, et déclara : « Tout cela est du théâtre, le véritable criminel : c’est Bush».
Pour Mouwafak al-Rubaie, directeur de la Sécurité nationale du régime de Bagdad, le procès de Saddam Hussein devait être celui du siècle, faire du nouvel Irak un exemple à suivre.
Il n’en fut rien. Les juges sont apparus pour ce qu’ils étaient : des marionnettes aux mains d’opposants en mal de vengeance.
Les avocats de la défense n’eurent jamais accès à la totalité du dossier : 36 tonnes de documents à charge collationnés par des agents du FBI ne parlant pas l’arabe, ni ne purent vérifier l’authenticité des pièces remises.
Les menaces de mort se multiplièrent contre eux, dont celle de Malek Dohane al-Hassan, ministre de la Justice, de les « découper en morceaux » ! Trois furent assassinés : Saadoun al-Janabi en octobre 2005, Adil al-Zubeidi en novembre 2005 et Khamis al-Obeidi en juin 2006. La dépouille de ce dernier, retrouvée près de Sadr City, sous un poster de l’ayatollah Mohammad Sadek al-Sadr, père de Moqtada, présentait des traces de torture. L’avocat avait été promené dans le quartier, ligoté à l’arrière d’un pick-up. Abou Der’ra - le «Zarqaoui chiite» - avait célébré son assassinat en offrant un rafraîchissement général à la population des environs et invité les passants à tirer une balle sur son cadavre « pour se venger des baasistes ».
Les juges qui ne jouaient pas le jeu durent démissionner ou furent écartés.
Rizgar Muhammad Amin se retira au bout de quatre mois car les « politiques » lui reprochaient de ne pas être assez sévère. Sayeed al-Hamashi fut écarté quand on découvrit qu’il avait appartenu au parti Baas, Rauf Rashid Abdul Rahman parce qu’il était natif de Halabja, et Abdullah al-Amiri pour manque de «neutralité». Il avait déclaré que Saddam Hussein n’était pas un dictateur ! Bushra Khalil, avocate libanaise, chiite, fut expulsée, non parce qu’elle avait établi un parallèle entre l’affaire de Doujail pour laquelle il était jugé et celle d’Abou Ghraib, mais en raison de sa confession. Elle était la seule chiite dans l’équipe de défense. Cela dérangeait les Américains, dit-elle, « car le dossier perdait son caractère confessionnel ».
Finalement, Nouri al-Maliki, nouveau Premier ministre, désigna un membre de la Brigade Badr, Mohammad al-Araiby, comme juge.
Les pro-iraniens voulaient en finir vite, car le bruit courait que Donald Rumsfeld avait proposé à Saddam de le libérer en échange d’un appel demandant aux « résistants » de déposer leurs armes. Le Président avait refusé.
Les pro-iraniens ne voulaient courir aucun risque, d’autant qu’on sait aujourd’hui que la résistance avait envisagé de le libérer en attaquant sa prison, et qu’il s’en était fallu de peu pour que l’opération ait lieu.
Le verdict tomba le 5 novembre 2006. Comme prévu, le TSI condamna à mort Saddam Hussein, son demi-frère Barzan al-Tikriti et le juge Awad al-Bandar. Les 300 pages justifiant la décision ne furent remises à la défense que le 22 novembre pour qu’elle n’ait pas le temps de l’étudier sérieusement.
De toute manière, Saddam avait interdit à ses avocats de réclamer sa grâce. Comme le dira un membre de l’Union des juristes irakiens: « Ce procès n’a été qu’une farce dégoûtante … ».
Rites barbares
La sentence fut confirmée le 26 décembre. Les autorités d’occupation avaient 30 jours pour fixer la date de l’exécution. C’était trop. George Bush voulait que Saddam soit exécuté avant le nouvel an chrétien et avant un discours qu’il devait prononcé sur sa nouvelle stratégie en Irak. La date de l’Aïd al-Adha sunnite fut suggérée par Nouri al-Maliki qui, mariant son fils ce jour-là, ne prévoyait pas d’assister à la pendaison, mais avait ordonné qu’on transporte le cercueil du Raïs à son domicile pour fêter l’exécution. Dans la nuit du 30 décembre, les Américains livrèrent Saddam Hussein à ses bourreaux. La Hawza de Nadjaf avait donné son aval au choix de la date, façon barbare de signifier aux Irakiens que le pouvoir religieux avait changé de mains, que le rite chiite prévalait désormais dans le pays.
L’exécution était conçue comme un spectacle multimédia. Une caméra filmait officiellement l’évènement, doublée par un ou plusieurs téléphones portables dont celui de Mouwafak al-Rubaie.
Ils espéraient tous le voir s’effondrer à la dernière minute.
Le Président est monté calmement à la potence sous les insultes des extrémistes de l’Armée du Mahdi invités pour l’occasion.
Moqtada al-Sadr était présent, mais il a démenti avoir participé, masqué, à l’exécution comme l’affirma, photo à l’appui, un journal saoudien. Saddam a répondu sarcastiquement à un de ceux qui le conspuait : «Hiya hiy al marjale?» - «Est-ce çà, ta virilité?» - répartie qui remonte aux temps anciens de l’Arabie et de l’islam, intraduisible littéralement car associant virilité et courage, fierté et valeurs chevaleresques. A un autre qui lui a dit d’aller en enfer, il répliqua que l’enfer, c’était ce que l’Irak était devenu.
La corde au cou, on ne lui laissa pas le temps de terminer la Shahada, la profession de foi des musulmans. La trappe s’ouvrit sous ses pieds. Des fanatiques se jetèrent ensuite sur sa dépouille pour tenter de l’égorger. Comme prévu, son cercueil fut exposé au domicile de Nouri al-Maliki pour égayer les personnalités invitées au mariage de son fils. Le convoi funèbre prit ensuite le chemin d’Al-Awja, près de Tikrit, où son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage.
Pendu le jour de l’Aïd al-Adha,
fête du sacrifice… et du pardon
L’Aïd al-Adha (ou Aïd el-Kebir) commémore le sacrifice d’Abraham. Pour les musulmans, c’est la fête du pardon, de la réconciliation, de la clémence et de la générosité. Elle a lieu le dixième jour du mois de Dhul Hijja du calendrier lunaire islamique, 40 jours après l’Aïd el- Fitr qui correspond à la fin du Ramadhan. La différence de date de sa célébration chez les sunnites et les chiites irakiens n’est pas fonction de l’apparition de la lune qui clôt le jeûne du Ramadhan.
Sous Saddam Hussein, la date était la même pour les deux communautés.
Pour des motifs politico-religieux, les autorités religieuses chiites formant la Hawza de Nadjaf se sont mis depuis 2003 à l’heure de Téhéran. Pour se différencier des sunnites, les Iraniens n’aperçoivent la lune… qu’un jour plus tard, ce qui décale automatiquement la célébration de cette fête pour les chiites irakiens.
Gilles Munier
8/1
Article paru dans Afrique Asie
Version revue et augmentée
de « Saddam Hussein, Raïs martyr » (30/12/07)
http://www.france-irak-actualite.com/
Tarek Aziz hospitalisé –
Le Vice-premier ministre irakien Tarek Aziz a été hospitalisé d’urgence le 17 janvier sur la base américaine de Balad (ex Al-Bakr), près de Ramadi, suite à une nouvelle attaque cardiaque.
Il aurait perdu l’usage de la parole. Sa famille n’a pu obtenir de nouvelles de son état de santé, ni des autorités américaines, ni irakiennes.
Son décès en prison les arrangerait beaucoup. Il est scandaleux que dans son cas, comme dans d’autres, la Croix-Rouge n’intervienne pas pour le faire libérer pour raison de santé.
Pour les dirigeants irakiens arrêtés après l’invasion, le compte à rebours vers les chambres de torture de Nouri al-Maliki a commencé: ils seront bientôt livrés au régime de Bagdad par leurs geôliers étasuniens.
Nouvelles d’Irak (20/1/10)
3-8 Gilles Munier : Tarek Aziz, l'homme qui en sait trop.
Un nationaliste arabe de la génération 58
Tarek Aziz - huit de pique du jeu de cartes du Pentagone - est la personnalité irakienne la plus connue, avec Saddam Hussein. Il est né en 1936 à Tel Keyf, près de Mossoul, dans une famille chrétienne chaldéenne. Peu pratiquant, il se considère comme Arabe avant tout, son prénom ayant été choisi en mémoire de Tariq Ibn Ziad, conquérant de l’Andalousie au 8ème siècle.
Lecteur dans sa jeunesse d’Hegel, de Marx et de Nietzsche, féru d’histoire arabe, il a adhéré tôt au parti Baas. Fidèle au courant originel dirigé par Michel Aflak, il a été emprisonné un an en Syrie, en 1966, après le coup d’Etat d’Hafez al-Assad.
Après la Révolution baasiste en Irak de 1968, il a été directeur d’Al-Thawra - quotidien du parti - ministre de l’Information et de la Culture, des Affaires étrangères, et vice-Premier ministre à deux reprises. Il est membre du Commandement régional (irakien) du parti depuis 1974, et du Conseil de Commandement de la Révolution depuis 1977.
Le 1er avril 1980, il a été blessé lors d’un attentat faisant plusieurs morts à l’Université Moustansirya de Bagdad. Les terroristes d’Al-Dawa, basé à Téhéran, voyait déjà en lui un de ses principaux ennemis.
Tarek Aziz est un des plus grands diplomates arabes contemporains. Il a été de tous les combats : pour la libération de la Palestine, contre l’apartheid et l’impérialisme américain dans le Tiers monde. Les Anglo-saxons lui reprochent d’être un des artisans de la « politique française de l’Irak ». Il a présidé la Conférence de Bagdad qui réunissait tous les 6 mois plusieurs centaines de partis et d’organisations luttant pour la levée de l’embargo.
Les Américains ne veulent pas que Tarek Aziz parle des relations irako-américaines sous Reagan et au début du mandat de Bush père. Les Iraniens et leurs alliés miliciens se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile.
Le 29 avril dernier, dans le box du Haut tribunal pénal de la Zone verte, le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz est apparu fatigué, malade, amaigri par 5 ans d’incarcération au Camp Cropper, près de l’aéroport de Bagdad . Le juge kurde Raouf Abdel Rahmane, connu pour avoir condamné à mort Saddam Hussein, l’accuse d’avoir participé, en 1992, à la décision d’exécuter 42 grossistes qui spéculaient sur le prix des denrées alimentaires. Ceux qui sont allé à Bagdad cette année là savent dans quelle situation dramatique se débattaient les Irakiens. En raison de l’embargo, le dollar dépassait les 3000 dinars, alors qu’en 1990 il en fallait trois pour avoir un dinar. Les denrées alimentaires et les médicaments manquaient ou étaient hors de prix.
Cela dit - et quelle que soit l’opinion portée sur la rigueur de la justice irakienne en temps de guerre - il faut préciser que Tarek Aziz ne s’occupait ni des questions de sécurité, ni du commerce. De plus, il n’a pas participé - selon son fils Ziad, réfugié en Jordanie - à la réunion du Conseil de Commandement de la Révolution – organe suprême du pays, dont il était membre - qui a étudié le dossier des grossistes. Le vice-Premier ministre avait en charge les relations internationales et la levée du blocus. Les accusations portées aujourd’hui contre lui ne sont pas crédibles. Personne n’a d’ailleurs jamais déposé de plainte contre lui. Tarek Aziz, dit-on en Irak, « n’a pas de sang sur les mains ».
Incarcéré dans la « cellule des chiens »
Depuis sa reddition, en avril 2003, son dossier en justice était vide. Il n’était accusé de crime, périodiquement, que lorsqu’il était question de le libérer pour raisons de santé. Le régime de Bagdad, s’y refusant obstinément, l’a ainsi accusé d’avoir participé à la condamnation à mort, en avril 1980, de l’Ayatollah Muhammad Baqer al-Sadr, fondateur d’Al-Dawa, puis à la répression de complots internes au parti Baas dans les années 70 et 80, et enfin à celle du soulèvement sudiste de 1991, après la première guerre du Golfe.
Les Américains, véritables organisateurs des procès de Bagdad, ne lui pardonnent pas d’avoir refusé de témoigner contre Saddam Hussein - y compris en échange de sa libération - et son intervention en faveur du Président irakien et des autres accusés au procès.
Washington craint aussi les révélations qu’il pourrait faire sur les dessous de la politique moyen-orientale américaine du temps de Reagan et au début du mandat de Bush père. Il peut évoquer le scandale étouffé de la BCCI, ou l’Iraqgate avec le détournement de subventions agricoles pour vendre des produits chimiques à double emploi, ou encore le versement de commissions aux partis Républicain et Démocrate lors d’achats massifs de blé ! Les Iraniens et Al-Dawa se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile. Abdul-Aziz Al-Hakim, chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, a déclaré que la présence de chiites parmi les commerçants exécutés aggravait son cas.
Au Camp Cropper, au début de sa détention, Tarek Aziz était enfermé dans une pièce d’un mètre sur deux, appelée « « cellule des chiens », réservée jadis à ceux des services de sécurité de l’aéroport. Malgré ses problèmes cardiaques – il a été hospitalisé d’urgence deux fois - malgré les interrogatoires ponctués d’insultes et de menaces, il n’a pas craqué. En 2005, trompant l’attention de ses gardiens, il a griffonné un appel sur le carnet de Badie Aref, son avocat irakien. Il demandait à l’opinion publique internationale un « traitement équitable, un procès équitable précédé d’un enquête équitable ». Depuis, son avocat a été menacé de mort et s’est réfugié à Amman. Les Américains l’ont informé qu’ils n’assuraient plus sa sécurité et un juge a lancé un mandat d’arrêt contre lui, sous prétexte qu’il ne partage pas son avis sur le soulèvement sudiste de 1991.
« Que sont mes amis devenus ? »
L’annonce du procès de Tarek Aziz n’a pas encore soulevé de protestations d’importance au niveau mondial, ni ému, semble-t-il, les personnalités qui faisaient des pieds et des mains pour entrer dans son bureau à Bagdad ou pour le rencontrer lors de ses déplacements à l’étranger. A Paris, sa suite à l’hôtel Meurice ne désemplissait pas de solliciteurs, toutes tendances confondues.
Nicolas Sarkozy, interrogé en janvier 1995 sur la visite à Paris de Tarek Aziz – c'est-à-dire après les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés – avait déclaré que la France avait le droit « de recevoir qui elle veut, quand elle veut ». Lionel Jospin, Alain Juppé, Charles Pasqua, l’avaient reçu. Il s’était même entretenu discrètement avec le Président Chirac. Que sont tous ses amis devenus ?
L’appel lancé en mai 2003 pour la libération de Tarek Aziz par les Amitiés franco-irakiennes, relancé en 2005 par le parlementaire britannique George Galloway a certes réuni plus de 250 signatures - notamment celles de Jean-Pierre Chevènement et du Président Ahmed Ben Bella – mais il est demeuré sans effet. Un Comité de défense de Tarek Aziz et des prisonniers politiques irakiens a été créé fin avril dernier, sans trop d’illusions sur l’attitude que vont adopter ses « amis » politiques français. Certains - comme Roselyne Bachelot qui présidait le Groupe d’Etudes France-Irak à l’Assemblée nationale - sont aujourd’hui au pouvoir… et bien silencieux.
La France se tait
La défense de Tarek Aziz, au niveau international, est assurée par Jacques Vergès. L’avocat a demandé un visa pour s’entretenir avec son client. Il veut faire le procès de l’invasion et de ses crimes. Il mettra en cause la légalité du Haut tribunal spécial, notamment au regard des conventions internationales sur le traitement des prisonniers de guerre. On comprend pourquoi les autorités de la Zone verte – comme on dit à Bagdad – font la sourde oreille à sa demande.
Quelle que soit la réponse américaine, se posent déjà des problèmes de sécurité. Au procès de Saddam, des avocats ont été menacés. L’un d’eux a été assassiné. Des témoins de la défense, effrayés, ont refusé de comparaître. La France qui a voté, le 16 octobre 2003, la résolution 1511 du Conseil de sécurité avalisant l’occupation de l’Irak, a plus qu’un mot à dire sur ce qui s’y passe depuis. Elle doit veiller, entre autre, au bon déroulement du procès de Tarek Aziz. Le silence du Quai d’Orsay, en la circonstance, signifierait complicité.
Gilles Munier
(Afrique Asie – juin 2008)
3-9 Halabja, procès en catimini.
Talabani accuse un rival d’être responsable de massacre
Le 17 janvier dernier, la Haute Cour pénale irakienne - ex Tribunal spécial irakien, créé en 2003 par les autorités d’occupation - a condamné à mort Ali Hassan al-Majid pour avoir ordonné le bombardement au gaz de la ville kurde de Halabja, le 16 mars 1988.
A l’époque, l’Irak était en guerre avec l’Iran et il coordonnait les activités militaires et de renseignement dans le nord du pays. La peine capitale prononcée à son encontre par le juge Aref Abdoul-Razzak al-Chahine étant courue d’avance, la tenue du procès avait été fixée d’un commun accord par Nouri al-Maliki et Massoud Barzani, pour tomber avant les élections législatives, alors prévues fin janvier.
Le procès de Hassan al-Majid ayant été uniquement instruit à charge, il est bon de rappeler que la bataille de Halabja a été provoquée par l’entrée au Kurdistan irakien d’une colonne de Gardiens de la révolution iranienne (Pasdarans), guidée par un groupe de peshmergas de l’Union Populaire du Kurdistan (UPK), le parti de Jalal Talabani, actuel président de la République. En pleine guerre Iran-Irak, c’était un acte de trahison.
L’opération Val Fajr-10
Arrivés près de la ville, les Iraniens s’étaient emparé d’une garnison irakienne, et - selon le témoignage d’un ancien ambassadeur de France à Bagdad - égorgé les prisonniers et leur famille. A Téhéran, les mollahs organisateurs de cette opération, baptisée Val Fajr-10, savaient ce qui risquait de se passer ; les chefs de l’UPK probablement aussi. A chaque fois que les Iraniens perçaient dangereusement les lignes irakiennes, les gaz étaient utilisés pour les repousser. Malgré le danger, l’UPK avait ordonné à la population de Halabja de se rassembler pour accueillir leurs « libérateurs ». Qu’est-il arrivé ensuite ? En avril 2003, George Bush et ses alliés kurdes avaient promis un procès retentissant. Il s’est déroulé en catimini, ou presque ; comme si Halabja n’intéressait plus grand monde. La presse internationale, qui avait fait du massacre le nerf de la campagne de diabolisation de Saddam Hussein, était absente. Quid alors des preuves et des révélations annoncées depuis plus de vingt ans ? On aurait aimé entendre des experts expliquer ce qui s’est réellement passé ce jour-là, documents à l’appui, et savoir quels pays occidentaux avaient livré le ou les gaz aux belligérants, car dans ce domaine les Iraniens n’étaient pas en reste. Les pasdarans avaient – les premiers - utilisé du gaz au cyanure dès le début de la guerre Iran-Irak, à Mouhamarra (Khorramchahr, en persan), pour casser l’offensive irakienne en Arabistan (Khouzistan, en persan), et au Kurdistan iranien en 1982 et 1987, selon un témoignage du regretté docteur Abderrahman Ghassemlou, secrétaire du Parti Démocratique Kurde d’Iran.
Les Pasdarans croyaient que la ville avait été reconquise…
Que l’armée irakienne ait utilisé du gaz pour annihiler l’offensive iranienne sur son territoire ne fait pas de doute, mais pourquoi escamote-t-on les documents accusant l’Iran d’en avoir fait autant au cours de la bataille, et à Halabja précisément ? Le 4 mai 1990, le Washington Post a résumé un rapport classifié de l'Army War College affirmant que l’interception par les Etats-Unis des communications échangées sur le champ de bataille désignait l’Iran comme l’auteur du bombardement au gaz de Halabja. Les Pasdarans croyaient que la ville avait été reconquise… Ce rapport, co-rédigé par le docteur Stephen Pelletiere, analyste de la CIA spécialiste de l’Irak, précisait que l’Irak ne possédait pas le type de gaz utilisé à cet endroit.
Ali Hassan al-Majid sera sans doute pendu dans les prochaines semaines (1), mais l’affaire du massacre de Halabja ne sera pas close pour autant. Le site kurde Rudaw.net a révélé qu’il y a deux mois, pendant l’assemblée plénière de l’UPK, Jalal Talabani a accusé son ancien n°2, Nawshirwan Mustafa - aujourd’hui chef du Gorran (Changement), mouvement kurde d’opposition - d’être responsable du bombardement. Que voulait-il dire exactement ? Il est vrai qu’ « Oncle Jalal » était à Londres au moment des faits, tandis que Nawshirwan dirigeait la guérilla séparatiste sur place, mais il est impensable que la participation de l’UPK à l’offensive Val Fajr-10 ait été décidée sans son accord. La vérité finira par éclater. Le déballage en famille s’annonce nauséabond, surtout quand on sait que Peter Galbraith* - impliqué aujourd’hui dans un scandale pétrolier impliquant le gouvernement kurde de Massoud Barzani - est à l’origine de la campagne accusant Saddam Hussein d’avoir « massacré son propre peuple ». Aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi le 16 mars 2006, lors de la cérémonie anniversaire du massacre, la population de Halabja a incendié le monument qui le commémore. Le détournement des dons qui y sont recueillis, au bénéfice des victimes civiles de la bataille, n’était dans doute pas la seule raison de la fureur des manifestants.
(1) Article mis en ligne le 24/1/10.
Ali Hassan al-Majid a été pendu le lendemain.
G. Munier/X.Jardez
26 janvier 2010 avec l'aimable autorisation de Gilles Munier
3-10 Guillaume Dacquié : Les suites de l'embargo : «Pétrole contre nourriture».
L’Irak demande réparation aux entreprises qui ont détourné à leur profit le programme «Pétrole contre nourriture» entre 1997 et 2003.
La banque française, au cœur du système, est en première ligne.
Dix milliards de dollars. C’est le montant des pénalités que réclame l’Irak à 93 industriels et banquiers convoqués devant le tribunal de New York pour avoir violé, entre 1997 et 2003, le programme «Pétrole contre nourriture».
Celui-ci consistait à confier la vente du pétrole irakien à un bureau de l’ONU, qui encaissait les revenus sur un compte spécial de BNP Paribas ouvert à New York. Ce compte servait ensuite à acheter des produits de première nécessité pour la population irakienne. Mais le dispositif a nourri davantage de corrupteurs que d’Irakiens.
Conséquence : la jeune république d’Irak poursuit maintenant en justice le gotha du commerce mondial, tels Chevron, Volvo, Renault Truck, Siemens France, Air Liquide, Hoffman-La Roche, Fiat, Glaxosmithkline et BNP Paribas. Selon l’accusation, les compagnies pétrolières achetaient le baril à des prix bradés, et les industriels vendaient à l’Irak des biens de première nécessité périmés ou dégradés. En contrepartie des marges ainsi réalisées, d’une part ces grands groupes soutenaient le lobbying en faveur de la fin de l’embargo contre l’Irak de Saddam Hussein, et d’autre part ils versaient des pots-de-vin sur deux comptes ouverts à Beyrouth et à Amman gérés par des proches du dirigeant irakien.
Le rôle du banquier. Dans ce schéma, BNP Paribas occupait donc une place à part en sa qualité de banquier du programme Pétrole contre nourriture. Un accord confidentiel, signé le 12 septembre 1996 avec les Nations unies, stipule que «la banque sera responsable des compétences techniques et professionnelles de ses employés et sélectionnera, pour l’application de cet accord, les personnels qualifiés répondant à des standards élevés d’éthique et de morale». Dans sa succursale de la Septième avenue à New York, BNP Paribas a employé jusqu’à 90 personnes pour gérer ce compte de séquestre des Nations unies, qui a vu passer 64 milliards de dollars de pétrole irakien vendu. Si le juge estime que la banque n’a jamais payé en connaissance de cause et de manière répétée des opérations douteuses, l’hypothèse d’un schéma illicite global sera ébranlée. Sinon… les 10 milliards de dollars (7 milliards d’euros) demandés par l’Irak paraîtront recevables.
Les Assignations. Pour l’heure, à travers le monde, un bataillon d’huissiers vient d’achever de remettre l’assignation à comparaître aux responsables juridiques des 93 sociétés visées. Par exemple chez BNP Paribas, boulevard des Italiens à Paris, le 11 mars, ou chez Renault Agriculture, à Vélizy (Yvelines), le 9 octobre, comme le montrent les constats d’huissiers recueillis par Libération. Le 31 juillet, les avocats de l’Irak ont déposé leurs conclusions sur le bureau du juge new-yorkais sous la forme d’une plainte de 202 pages, dont nous avons obtenu copie. Le juge Gary Lynch, en charge du dossier, a accordé jusqu’au 15 janvier aux entreprises poursuivies pour se défendre des griefs énumérés dans ce document. Ensuite, il examinera l’opportunité de renvoyer tout ce beau monde devant le jury populaire d’un tribunal civil.
L’enjeu financier. A Bagdad, Fadel Kadum, le conseiller justice du Premier ministre irakien, a confirmé à Libération que son gouvernement avait confié «un mandat à des avocats américains pour que son pays soit dédommagé des malversations autrefois commises» par des géants de l’économie et de la finance. Avec l’espoir, peut-être, que des condamnations soutiendront l’effort de reconstruction du pays. Comparées au budget national de l’Irak - 49 milliards de dollars (34 milliards d’euros) pour l’année 2009 - les sommes en jeu devant la justice de New York ne passent pas inaperçues. D’ailleurs, la décision d’initier cette procédure remonte au printemps 2008, au moment où l’administration Bush décidait de prolonger son contrôle sur les réserves financières de l’Irak tout en poursuivant au pénal les entreprises qui autrefois avaient violé l’embargo. La perspective d’obtenir un peu de souplesse budgétaire en lançant des démarches comparables, mais au civil cette fois, n’a peut-être pas échappé aux juristes de Bagdad. Sur le fond, l’affaire promet une belle bataille devant le juge américain. «Les entreprises poursuivies se sont individuellement associées à un seul et même schéma délictueux, mis en place par le régime de Saddam Hussein, nous a expliqué l’un des avocats chargés de défendre l’Irak, Mark Maney, installé à Houston. Si nous en apportons la preuve, chacune d’entre elle pourra être tenue responsable de la totalité des 10 milliards de dollars de réparation.»
Les accords au pénal. De quoi préoccuper les sociétés les plus solvables. Car au-delà de débats procéduriers, personne ne conteste la réalité des faits. Ainsi, au plan pénal cette fois, des grands noms de l’industrie ont déjà signé des transactions avec le département américain de la Justice pour mettre fin à des poursuites engagées pour les mêmes délits que pointent les avocats de l’Irak. Paradoxe : ces accords les placent à l’abri de prochaines condamnations pénales sur le territoire américain, mais les accablent dans le cadre de ces poursuites civiles diligentées par la république irakienne. Noir sur blanc, ils reconnaissent les délits financiers. Comme en attestent des courriers que nous avons recueillis : une lettre du 18 mars 2008 montre ainsi que Volvo et Renault Truck ont signé une convention avec la justice américaine au terme de laquelle ils admettent leur participation à un schéma de corruption au profit des proches de Saddam Hussein et acceptent d’acquitter une amende de 7 millions de dollars. Idem pour le groupe Siemens, à propos duquel une lettre du 15 décembre 2008 indique que le département de la Justice a abandonné ses charges après paiement d’une amende de 448 millions de dollars. Le groupe Fiat a accepté semblable transaction, contre 7 millions de dollars, le 11 janvier 2009. Simultanément à ces arrangements amiables, d’autres procédures criminelles devant les tribunaux américains ont mis en évidence la responsabilité de personnages clés dans le contournement de Pétrole contre nourriture, tel le fonctionnaire de l’ONU chargé de diriger le programme, Benon Sevan, inculpé en 2007.
La défense de BNP Paribas. Ces pièces du dossier, ajoutées aux divers rapports parlementaires et politiques (comme celui de l’Américain Paul Volcker, en avril 2005), n’ébranlent pas les avocats de la défense. A Paris, la direction de BNP Paribas n’a pas souhaité nous recevoir pour s’expliquer. Mais dans un communiqué remis à notre journal, ses responsables affirment : «Toute allégation selon laquelle BNP Paribas aurait agi d’une manière incorrecte […] est infondée. La banque compte par conséquent demander à la Cour le rejet de la plainte.» Leur avocate à Washington, Jen Spaziano, travaille d’arrache-pied à la rédaction des réponses de la défense, que le juge recevra sous peu. Elle insistera vraisemblablement sur l’absence de responsabilité de la banque, qui se serait contentée d’exécuter des opérations financières sans jamais savoir qu’elles participaient d’un schéma illicite. Elle devrait aussi faire valoir deux décisions des tribunaux américains prises entre 2006 et 2008 où des plaignants ont été déboutés de leurs prétentions contre la banque pour les malversations dans Pétrole contre nourriture. Cependant, la république d’Irak ne s’était pas encore manifestée. Et ses avocats n’en démordent pas : ils estiment que «le compte séquestre de la BNP était le point le plus critique de la coordination» des opérations illicites. Page 175 de sa plainte, Mark Maney tranche : «La BNP a été un participant actif au schéma délictueux de par ses efforts pour dissimuler la participation des entreprises poursuivies, et à travers sa défaillance volontaire à fournir à la commission [de l’ONU, ndlr] tous les détails des transactions.» Au juge Gary Lynch, maintenant, d’apprécier la moralité du banquier français.
GUILLAUME DASQUIÉ
5/1
http://www.liberation.fr/societe/0101611984-embargo-bagda...
07:49 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : irak, moqtada sadr, obama, résistance, occupants, bagdad, bombardements, al-qaïda, américains, al-maliki
n° 470 - Les Dossiers d'Irak - 31/01/10 -: Fin: - Les États-Unis s'apprêtent à replonger l'Irak dans le chaos.
n° 470 - Les Dossiers d'Irak - 31/01/10 -: Fin: - Les États-Unis s'apprêtent à replonger l'Irak dans le chaos.
Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix
Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre
Les Dossiers d'Irak
n° 470 31/01/10
C.De Broeder & M.Lemaire
Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be
| Sommaire : 3 Dossier & Point de vue (Fin) 3-11 Affaire Galbraith : Les pétrodollars du lobby kurde. 3-12 Eric Ouzounian : Armée française: la tentation des mercenaires. 4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage 4-1 Gary Younge : La guerre contre le terrorisme est destinée à faire peur aux gens, pas à les protéger. 4-2 Oscar Fortin : Vérité-mensonge-vérité. 4-3 Mountazar al-Zaydi :« Je ne suis pas un héros, mais j'ai simplement eu la chance de pouvoir agir. » 4-4 La crise. |
3-11 Affaire Galbraith : Les pétrodollars du lobby kurde.
Rien ne va plus pour Peter Galbraith, ancien ambassadeur américain en Croatie et spécialiste du Kurdistan, qui espérait devenir gouverneur (démocrate) de l’Etat du Vermont. Son implication dans le scandale pétrolier DNO, en Norvège, met en doute son intégrité et laisse penser que sa campagne est financée par les pétrodollars de Massoud Barzani, président du Kurdistan irakien, dont il a été le conseiller spécial. De plus, on lui reproche de ne pas être enregistré comme lobbyiste, formalité obligatoire aux Etats-Unis quand on sert des intérêts étrangers.
Peter Galbraith, connu pour ses relations avec la CIA, est le fils de l’économiste John Kenneth Galbraith, conseiller du président Kennedy. En 1988, membre du Comité aux relations extérieures du Sénat et proche du secrétaire d’Etat George Schultz, il rédigea les rapports à l’origine des campagnes de diabolisation du président Saddam Hussein, notamment celui l’accusant d’avoir utilisé des gaz de combat lors de la bataille de Halabja. Nommé en 1993 ambassadeur en Croatie, il fut un des protagonistes du dépeçage de la Yougoslavie. En 2000-2001, Galbraith est intervenu au Timor oriental en négociant, au nom de l’ONU, le partage des revenus pétroliers et gaziers de la Mer de Timor avec l’Australie.
Fin 2002, professeur au Naval War College, Galbraith a préparé l’agression de l’Irak comme conseiller de Paul Wolfowitz, sous-secrétaire à la Défense. Après l’invasion, en désaccord avec l’administration néo-conservatrice sur la marche à suivre, il a mis fin à sa carrière de diplomate. Il reprochait à George Bush de ne pas accorder suffisamment d’autonomie aux Kurdes, notamment le droit d’exploiter les ressources pétrolières du Kurdistan sans en référer à Bagdad. Dans l’ombre, Galbraith participa ensuite, secrètement - comme consultant du Gouvernent régional kurde - à la rédaction de la nouvelle constitution irakienne. Il expliqua aux deux représentants kurdes, Barham Saleh et Nechirvan Barzani, tout l’intérêt qu’il y aurait à instaurer un Etat irakien fédéral. Le Kurdistan irakien, leur dit-il, serait seul maître de son pétrole. Parallèlement, il créa avec son fils, en 2004, la société pétrolière Porcupine (Porc-épic). Son premier client fut le groupe pétrolier norvégien DNO. Dès l’installation de Porcupine à Erbil, Massoud Barzani lui renvoya l’ascenseur en autorisant DNO à prospecter le champ de Tawke, près de Dohouk. Dans son livre « La fin de l’Irak », paru en 2007, Galbraith expliquait – contre toute évidence - que ce n’était pas la balkanisation du pays qui était déstabilisatrice… mais le maintien de son unité ! En novembre 2008, tous les espoirs lui semblaient permis : son vieux complice Joe Biden, partisan de la désintégration de l’Irak, était élu à la vice-présidence des Etats-Unis. Oui, mais…
Attention : chien méchant !
Les activités commerciales de Peter Galbraith - devenu provisoirement un nouveau Gulbenkian, Monsieur 5% des années 20 - seraient passées inaperçues sans le scandale provoqué par l’Oslo Stock Exchange (OSE), le 18 septembre, révélant que DNO avait versé 30,04 millions de $ sur le compte bancaire personnel de Ashti Hawrati, ministre des Ressources naturelles du Kurdistan irakien. L’enquête de l’Okokrim, police économique norvégienne, allait remonter inévitablement à Porcupine.
Un malheur n’arrivant, dit-on, jamais seul, le 29 septembre, Ban Ki-moon licencia Galbraith qui co-dirigeait l’équipe de l’ONU surveillant le processus électoral en Afghanistan. Il lui reprochait d’accuser le Norvégien Kai Eide, chef de la mission, de couvrir les fraudes constatées au profit du président Hamid Karzaï. Depuis, Galbraith est soupçonné, en relation avec Richard Holbrooke, représentant d’Obama dans la région, de chercher à remplacer Karzaï - ancien consultant du pétrolier UNOCAL, absorbé depuis par Chevron - par une marionnette proche à la nouvelle administration américaine et, peut être, de Porcupine. Une chose est sûre : Galbraith n’a pas réagi au bourrage des urnes constaté au Kurdistan irakien, en faveur de Massoud Barzani, à l’élection régionale du 25 juillet.
Enfin, le 10 octobre, le quotidien norvégien Dagens Naeringsliv, rendant compte du dernier rapport d’activités de DNO, signala que Porcupine était en procès d’arbitrage contre un milliardaire yéménite et réclamait 250 millions de dollars de compensations à la société norvégienne pour avoir, semble-t-il, perdu sa licence au cours d’un retournement de situation commerciale, très fréquent vue la corruption qui sévit au Kurdistan irakien.
La révélation du contrat DNO-Porcupine embarrasse le lobby kurde qui faisait passer Galbraith pour un saint. En Irak, elle conforte le discours de la résistance sur l’illégitimité de la dernière constitution. A Bergen, interrogé près de son domicile sur ses activités occultes par des journalistes norvégiens, l’ancien diplomate ne trouva rien de mieux que de les menacer de son chien… et de s’enfuir !
Gilles Munier
(Afrique Asie – décembre 2009)
http://www.aloufok.net/spip.php?article1131
3-12 Eric Ouzounian : Armée française: la tentation des mercenaires.
Largement utilisées par les anglo-saxons, les sociétés militaires privées sont un sujet délicat en France.
Cela n'empêche pas la Défense d'étudier la possibilité d'y avoir recours.
L'abandon des poursuites par un juge américain contre cinq gardes de la firme de sécurité privée Blackwater, accusés d'avoir abattu 14 civils irakiens désarmés, a provoqué la colère à Bagdad. Nouri Al-Maliki, le chef du gouvernement irakien, a «rejeté» cette décision et annoncé le dépôt, aux Etats-Unis et devant la justice d'Irak, d'une nouvelle plainte. «Nous n'abandonnerons pas notre droit de punir cette firme», a commenté le premier ministre, annonçant que son gouvernement allait «tout faire pour aider les familles irakiennes concernées à porter plainte» aux Etats-Unis mêmes.
C'est à la suite «d'erreurs de procédure» commises par les procureurs américains et du fait que les cinq accusés s'étaient entendus promettre l'immunité, que le juge Ricardo Rubina a décidé de mettre un terme à une affaire qui empoisonne les relations irako-américaines depuis le 16 septembre 2007.
***
Bagdad, 16 Septembre 2007. Quatre camions blindés transportant des employés de la société Blackwater quittent la zone verte. L'équipe, nom de code Raven 23, s'apprête à secourir sans instructions un autre groupe menacé par une attaque à la voiture piégée. Arrivée Place Nisour, un quartier fréquenté de la ville, Raven 23 bloque la circulation, ouvre le feu sur une voiture qui circule à vitesse réduite, puis sur les passants. Bilan: 17 morts et plus d'une vingtaine de blessés.
Scandalisé, le Premier ministre Nouri al-Malik exige le départ de Blackwater, sans succès.
L'apparition de sociétés commerciales privées qui ont fait de la guerre un business lucratif date de la chute du mur de Berlin.
Les Etats occidentaux ont rapidement pris la mesure des économies potentielles que permettrait une cure d'amaigrissement de leurs ressources militaires, devenues moins utiles après le déclin de la menace soviétique. La professionnalisation, l'outsourcing sont devenus la règle.
En France, la notion de force armée légitime, conception latine issue de la Révolution française, définit l'utilisation de la violence d'Etat. Pour le Général Bruno Neveux, une figure de l'armée française qui a commandé avec brio la délicate opération Artémis en RDC en 2003, La force légitime émane d'un pouvoir politique légitime. «La force ne peut trouver sa raison d'être que dans un objectif politique, ce n'est pas une finalité en soi, mais un instrument au service d'une société démocratique. La force armée est de nature régalienne, apanage de l'Etat. Personne ne remet en cause le contrôle absolu de l'Etat».
L'objectif du ministère de la Défense est d'inverser le pourcentage entre les effectifs opérationnels à même de remplir des fonctions militaires (40%) et ceux qui sont affectés à d'autres tâches. Il s'agit par exemple d'accompagnement des forces armées qui ne touchent pas à l'essence même de la fonction militaire parce qu'elles ne nécessitent pas l'usage d'armes (60%). Cela concerne essentiellement la logistique, l'intendance ou la formation et peut s'étendre à des missions de protection, de surveillance et accompagnement qui nécessitent d'être armé».
Michèle Alliot-Marie avait demandé une réflexion sur le sujet dès les années 2000. L'emploi de sociétés militaires privées est une option, mais l'Institution militaire reste prudente. Pour le Général Baptiste, le porte parole de la Défense qui dirige la Délégation à l'Information et à la Communication de Défense, le temps est encore à l'étude: «La réflexion n'est pas aboutie, il n'y a pas de position officielle. Le pouvoir politique n'est pas pressé, même si l'on constate un lobbying en direction des parlementaires. Cette solution présente des avantages, mais on a vu en Irak les limites morales et philosophiques. Cela peut véhiculer un sentiment négatif dans un pays, en ce qui concerne le soutien à ses propres troupes. Actuellement, sur les théâtres d'opérations où elle intervient, la France n'externalise des tâches qu'à des personnels civils qui ne sont pas armés. Il s'agit principalement de restauration et de blanchisserie, d'entretien où de logistique».
La loi sur la répression de l'activité de mercenariat, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 3 avril 2003 n'interdit pas vraiment l'activité des SMP. Pourtant, les sociétés françaises ne travaillent qu'à l'étranger. Pierre Marziali, dirigeant de SECOPEX, une société spécialisée dans le conseil militaire privé et l'intelligence économique, le déplore: «Il y a des intérêts économiques en jeu, et la quasi-totalité de ce marché est détenu par les anglo-saxons. Cela permettrait également la reconversion de personnel issu de la défense et l'intérieur, pour des métiers qui vont du linguiste au démineur en passant par le nageur de combat. Cela répond aussi à des intérêts d'externalisation, mais jusqu'à maintenant en France, rien ne bouge.»
Mais les choses pourraient s'accélérer. La Révision Générale des Politiques Publiques offre un bel avenir aux sociétés privées. Les effectifs doivent être réduits alors que les opérations extérieures (Afghanistan, Côte d'Ivoire) se multiplient. Le recours à l'externalisation est perçu comme un outil efficace pour diminuer le nombre de personnels administratifs.
Comme le concède le Général Neveux, si le recours aux SMP semble inéluctable, encore faut il que cette évolution soit préparée et encadrée.
La Convention de Montreux, signée par 17 pays, ouvre la voie à une régulation précise de ces activités, afin d'éviter les abus et les exactions qui ont été constatées en Irak. Car le glissement entre activités privatisées de pure logistique et opérations armées sur le terrain est parfois difficile à empêcher.
Eric Ouzounian
6/1
http://www.slate.fr/story/15253/armee-francaise-la-tentat...
4 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage
Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.
4-1 Gary Younge : La guerre contre le terrorisme est destinée à faire peur aux gens, pas à les protéger.
Nb : la publication de l'article ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information.
Ainsi donc, il n’y avait aucune bombe à retardement qui faisait tic-tac.
Aucune nécessité d’infliger des tortures pour soutirer des informations qui auraient permis de sauver in extremis la civilisation tout entière.
Aucune nécessité de procéder à des écoutes téléphoniques, de construire des prisons spéciales ou de violer le droit international.
Aucun innocent à faire enlever chez lui et à expédier vers l’autre côté de la planète et à soumettre à la torture de la noyade.
Il s’avère que les drones, les bombes d’une demi-tonne, les invasions et les occupations n’étaient pas nécessaires.
En fait, lorsque le moment est arrivé, pour éviter une atrocité terroriste les autorités américaines n’ont même pas eu besoin d’aller chercher l’information.
Le père du terroriste s’est présenté lui-même à l’ambassade des Etats-Unis au Nigeria pour les avertir que son fils, Umar Farouk Abdulmutallab, avait disparu et qu’il pouvait se trouver en compagnie de ‘terroristes’ yéménites.
Entretemps, l’Agence de Sécurité Nationale US savait qu’Al Qaeda au Yémen préparait un Nigérian non identifié pour une attaque contre les Etats-Unis.
Et pour couronner le tout, voilà Abdulmutallab lui-même, un Nigérian de 23 ans à destination de Détroit qui achète son billet en espèces, n’enregistre pas de bagages et ne fournit aucune adresse de contact.
Pendant sept ans le gouvernement américain a manipulé l’opinion publique avec ses niveaux d’alertes terroristes multicolores. Mais lorsque tous les voyants étaient au rouge, il n’a rien fait.
Qualifier cette tentative « d’échec systémique », comme Barack Obama vient de le faire, est à la fois vrai et incorrect. Car une telle qualification ne fait que ramener toute l’étendue de l’amoralité, de la malveillance politique et de l’inconscience stratégique constante qui caractérise la réaction américaine aux attentats du 11/9 à une simple erreur de gestion.
« Le terrorisme est avant tout la peur du prochain attentat, » explique Arjun Appadurai dans “Fear of small numbers”.
Pendant les années Bush, le terrorisme était couramment employé à des fins de contrôle social, de mobilisations militaires et électorales. Dans le même temps, les moyens administratifs qui auraient pu permettre d’empêcher la prochaine attaque faisaient cruellement défaut. En un mot comme en cent, la stratégie anti-terroriste de Bush n’était pas destinée à protéger les gens mais à les effrayer.
Afin de galvaniser la nation en prévision d’une guerre à l’étranger et d’endormir la population en prévision d’une répression à domicile, l’administration précédente a monté une menace terroriste qui était devenue omniprésente dans le temps, apocalyptique par son ampleur et imminente par nature. Ce n’est qu’à partir de là qu’ils ont pu opposer les droits de l’homme et la sécurité, comme s’ils étaient non seulement contradictoires mais mutuellement incompatibles.
Al Qaeda ne s’est pas fait prier. Dans un tel état de crise permanente, ce sont les terroristes et les réactionnaires qui prospèrent. Les terroristes arrivent à créer un climat de peur ; les gouvernements réussissent à exploiter cette peur et étendre leurs pouvoirs.
« Je suis absolument convaincu que la menace à laquelle nous sommes actuellement confrontée, celle d’un terroriste au milieu d’une ville avec une arme nucléaire, est très réel et que nous devons employer des mesures exceptionnelles pour la gérer, » a dit l’ancien vice-président Dick Cheney.
Le problème c’est que, même selon leurs propres critères douteux, aucune de ces « mesures exceptionnelles » n’a jamais marché. Aucune nouvelle loi n’était nécessaire pour empêcher le 11/9. Si les services d’immigration, le FBI et la CIA avaient fait correctement leur travail, les attaques auraient pu être évitées.
Néanmoins, au lendemain du 11/9, le gouvernement US s’est lancé dans la « détention préventive » d’environ 5000 hommes sur foi de leur lieu de naissance et a procédé ensuite à 19000 « interviews volontaires ». Au cours de l’année suivante, plus de 170.000 hommes de 24 pays à majorité musulmane et de la Corée du Nord ont eu leurs empreintes digitales relevées et ont été interrogés dans le cadre d’un programme « d’enregistrement spécial ».
Il n’en est sorti pas une seule condamnation pour terrorisme.
Mais le pli était pris pour les années à venir : écoutes téléphoniques, enlèvements extraordinaires, tortures, opérations clandestines.
Ceux qui d’habitude critiquent le gouvernement se sont mis à exiger plus de pouvoirs pour le gouvernement, même lorsque les résultats étaient pour ainsi dire nuls. Lorsqu’on les confrontait à ce résultat lamentable, leur seule réponse était la menace de la prochaine attaque. « La prochaine fois, la preuve pourrait survenir sous la forme d’un champignon nucléaire » a déclaré Condoleezza Rice, qui a ajouté : « Eux, il leur suffit de réussir une seule fois. Nous, nous sommes obligés de réussir à chaque fois. » Cette dernière semaine, même une réussite "de temps en temps" aurait été déjà pas mal.
Il n’y a pas grand-chose à défendre ici. La responsabilité pour Abdulmutallab revient à Obama. Il a été au pouvoir depuis plus longtemps que Bush lorsque ce dernier a reçu le rapport du FBI intitulé « Ben Laden est déterminé à attaquer les Etats-Unis sur leur territoire ». L’administration Bush était peut-être plus alarmiste et agressive, mais malgré ses tons rassurants, Obama n’a pas touché à l’appareil de répression que Bush a mis en place.
Obama s’est exprimé en faveur de procès devant des commissions militaires pour les prisonniers de Guantanamo tandis que son chef de la CIA a exprimé sa volonté de maintenir les enlèvements extraordinaires. Pendant ce temps, les photos des tortures et les documents décrivant ces « interrogatoires poussés » restent sous scellés.
« Leon Panetta a été enrôlé de force par ceux qui ont mené la croisade en faveur de la mise en place du programme d’interrogatoires, » a déclaré un ancien officier de la CIA au Washington Post. Présenter la guerre en Afghanistan comme la ligne de front de la guerre contre le terrorisme est un bon exemple de délire. Al Qaeda est désormais plus présent au Pakistan, un pays allié des Etats-Unis, qu’en Afghanistan et la dernière menace est venue du Yémen. Le terrorisme est une stratégie, pas un lieu – les bombardements massifs et les occupations ou conquêtes échoueront, inévitablement.
Etant donné la nature du terrorisme, on peut prédire avec une macabre certitude qu’une autre attaque aura lieu. Avant le 11/9, il y a eu l’attentat d’Oklahoma City et avant cela un autre attentat au World Trade Center. Dans un pays où le fait de tirer sur des innocents dans une école, université, église ou café est un acte relativement courant, il va sans dire qu’un seul individu perturbé et armé, avec ou sans objectif précis, peut réaliser un bon petit carnage. Si plusieurs forment une équipe et ont des moyens, les dégâts peuvent être énormes. Tout ce que les autorités peuvent raisonnablement espérer, c’est de limiter les risques.
Les Etats-Unis ont fait le contraire. Grâce à la guerre et la torture, ils ont fait gonfler le nombre de personnes qui aimeraient leur faire du mal. On a beaucoup parlé de la radicalisation d’Abdulmutallab lors de son séjour à Londres. Mais il a bien fallu le radicaliser avec quelque chose.
A Abou Ghraib, Haditha, Fallujah et ailleurs, les Etats-Unis ont fourni de nombreuses raisons.
Pendant ce temps, il apparait que dans les services de renseignement qui sont censés combattre le terrorisme, lorsqu’un terroriste potentiel attire l’attention, il est repéré par tous les radars. Et pourtant, étrangement, trop souvent, il arrive à passer inaperçu.
Alors au lieu de réduire le risque, les politiciens l’invoque. « S’il y a 1 % de chances que des scientifiques Pakistanais aident Al Qaeda à construire une arme nucléaire, » a déclaré Cheney un jour, « nous devons agir comme s’il s’agissait d’une certitude. Ce n’est pas une question d’analyse, mais de riposte. » Mais c’est justement parce que leurs analyses sont tellement fausses que leurs ripostes sont si inadaptées. Si les choses ne s’améliorent pas, il y a un gros risque que la campagne US contre le terrorisme se répète : d’abord comme une farce, ensuite comme une tragédie.
Gary Younge
http://www.guardian.co.uk/global/20...
Traduction le Grand Soir
URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/La-guerre-contre-le-terrorism...
4-2 Oscar Fortin : Vérité-mensonge-vérité.
Le plus grand défi que nos sociétés ont à relever, n’est plus celui des guerres ou celui des crises économiques, mais celui de la vérité.
Si nos démocraties reposent sur la responsabilité des électeurs et électrices et que cette dernière ne peut que s’alimenter à la vérité, il est donc indispensable qu’elle leur soit accessible dans sa forme la plus pure.
Or voilà bien le dilemme qui se présente au monde d’aujourd’hui : la VÉRITÉ qu’on nous présente n’est pas toujours la VÉRITÉ et le MENSONGE n’est pas toujours le MENSONGE. Comment, pour les citoyens et citoyennes que nous sommes, nous y retrouver de manière à assumer pleinement nos responsabilités ?
Dans un passé, pas encore bien lointain, nous pouvions discerner le mensonge chez ceux qui cherchaient à en faire une vérité. Certains rougissaient, d’autres regardaient dans le vide, certains autres parvenaient à soutenir le regard des autres en jurant sur la tête de leur mère, de leur père, de leurs enfants. Cependant, dans tous les cas, ils finissaient par se trahir eux-mêmes. Aujourd’hui, il n’en est plus ainsi. Des universités en arrivent à former des spécialistes qui transforment, avec la conscience la plus tranquille du monde, la vérité en mensonge et le mensonge en vérité, tout comme le physicien transforme l’atome en énergie nucléaire et le pacifiste, la paix en guerre.
Ce problème est d’autant plus grave que ces nouveaux spécialistes de la métamorphose de la vérité en mensonge et du mensonge en vérité sont aussitôt recrutés par ceux-là mêmes pour qui ce type de traitement est de toute importance. Ils rejoindront des équipes spécialisées et auront la tâche de procéder à ces mutations selon les ordres reçus. Leurs principaux employeurs seront évidemment les grandes agences de presse et les propriétaires des principaux médias qui assurent l’information à l’ensemble de la planète. Ils sont des alliés inconditionnels d’oligarchies politiques et économiques dont les intérêts couvrent le monde.
Un ancien diplomate britannique, Lord Arthur Ponsoby (1871-1946) avait élaboré les principes de propagandes de guerre :
• Le camp adverse est le seul responsable de la guerre
• Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou l’« affreux » de service)
• C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers
• L’ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c’est involontairement. (1)
Ce général serait, sans doute, heureusement surpris de la qualité et du raffinement des moyens mis à la disposition des spécialistes d’aujourd’hui pour assurer l’application de ses principes. Un survol des principales guerres menées par l’OCCIDENT CHRÉTIEN que ce soit en Asie, au Moyen Orient, en Amérique Latine, en Europe de l’Est, en Afrique, nous confirmeront que les populations des pays de cet OCCIDENT CHRÉTIEN avaient été bien préparées pour soutenir les actions « humanitaires » de leurs militaires contre de gros méchants, totalement dépourvus d’humanisme et de chrétienté. Comme le résumait G.W. BUSH, « les forces du bien contre les forces du mal », DIEU contre le DIABLE, les CIVILISÉS contre les TERRORISTES.
Je trouve terrible que nos repaires de connaissances et de jugements soient ainsi pris en charge par des puissances dont les seuls objectifs sont ceux de leurs intérêts. Ils ont la possibilité de faire des lavages de cerveaux à volonté. Ils font, des humains que nous sommes, des robots dont la pensée est alimentée par l’information dont ils ont seuls le secret.
Je pense que l’information alternative a un rôle essentiel à jouer pour briser ce monopole. Le défi est grand et les moyens hautement disproportionnés. N’empêche que la force morale d’une conscience qui n’est pas à vendre peut atteindre une influence exponentielle que n’arrivera jamais à atteindre la force d’une conscience vendue.
Je vous laisse avec une référence de quelques exemples de l’application des principes de notre général….
BONNE ANNÉE 2010
Oscar Fortin
6 janvier 2010
http://humanisme.blogspot.com
http://www.alterinfo.net/Guerres-me...
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http://www.legrandsoir.info/Verite-mensonge-verite.html
4-3 Mountazar al-Zaydi : « Je ne suis pas un héros, mais j'ai simplement eu la chance de pouvoir agir. »
Rencontre avec le lanceur de chaussures contre Bush à Bagdad.
Mountazar al-Zaydi, le nom vous dit quelque chose ?
En jetant ses chaussures à la tête du président américain George Bush, alors en visite à Bagdad, le 14 décembre 2008, il est devenu en quelques secondes pour de nombreux Arabes et un peu partout dans le monde le symbole de la révolte contre la politique des États-Unis.
Le film est passé en boucle pendant plusieurs jours sur toutes les chaînes de télévision du monde, alors que le jeune journaliste, responsable de la section des correspondants à la chaîne irakienne al-Baghdadiya subissait les pires tortures avant de comparaître devant un juge d'instruction qui s'est contenté de lui demander si cela valait la peine de faire ce geste après tout ce qu'il a enduré... Mountazar al-Zaydi a d'abord été condamné à trois ans de prison, mais à cause de la pression populaire et internationale et surtout à cause de ses avocats, tous volontaires, il n'est finalement resté qu'un an en détention.
Libéré depuis quatre mois, il est désormais « un sans-abri de première classe », comme il le dit lui-même avec humour. De passage à Beyrouth pour lancer sa fondation destinée à aider les veuves, les enfants et les handicapés, victimes de l'occupation américaine de son pays, il raconte à L'Orient-Le Jour les moments historiques qu'il a vécus.
La première impression en rencontrant al-Zaydi, c'est qu'il a l'air tout jeune (il vient de fêter ses 31 ans), mais dans ses yeux, la grande détermination et la fierté racontent à elles seules les souffrances de tout un peuple.
Mountazar al-Zaydi refuse d'admettre ouvertement qu'il a prémédité son geste.
Mais il raconte comment, avant de se rendre dans la salle où le président américain devait donner sa conférence de presse, il avait remis sa carte de presse et son stylo au cameraman en lui demandant de les donner à son frère. « Je voulais que mon acte soit celui d'un citoyen irakien, non d'un journaliste », déclare le jeune homme à ceux qui lui demandent si en tant que journaliste, il n'aurait pas été préférable pour lui de poser à George Bush une question embarrassante. Il ajoute qu'il avait longuement réfléchi au meilleur moyen d'exprimer sa révolte contre la politique américaine dans son pays (notamment le million de morts tombés depuis l'invasion de 2003) et comme les autorités avaient bien expliqué qu'il serait impossible de poser la moindre question au président américain, il a décidé d'utiliser ses chaussures.
« Je croyais faire de la résistance grâce à mon métier, dit-il avec une certaine tristesse, en dénonçant les exactions des soldats américains contre mon peuple. Mais qui s'intéresse à ce que dit une chaîne de télévision locale ? Ne sachant pas porter le fusil, j'ai choisi ce moyen pacifique d'exprimer ma révolte. Mais je tire mon chapeau à tous les résistants, dans mon pays, au Liban, en Palestine et ailleurs. Je ne comprends pas d'ailleurs comment la France continue de vénérer ses résistants, mais nous les Arabes, nous les mettons au ban de la société. »
Mais George Bush n'a-t-il pas eu le mérite de débarrasser l'Irak d'un odieux dictateur ? « Si Saddam Hussein est un dictateur, cela signifie-t-il que nous devrions accepter d'être humiliés par les Américains ? Je refuse ceux qui disent que l'habitude de l'humiliation est comme une seconde nature chez les Irakiens. »
Ses chaussures lancées, al-Zaydi est immédiatement arrêté par les forces de l'ordre irakiennes qui, selon lui, étaient alors dirigées par les Américains. Il est battu férocement, soumis à la torture à l'aide de câbles électriques et comparaît devant le juge entièrement ensanglanté. D'abord condamné à trois ans de prison, sa peine est commuée en une seule année de détention. 65 députés du Parlement irakien avaient signé une pétition pour demander sa grâce, mais il a refusé cette initiative, affirmant qu'il préfère purger sa peine plutôt que de bénéficier d'une grâce du régime allié à l'occupant.
Tout comme il refuse de rencontrer un officier américain qui souhaitait le voir dans sa cellule pour enquêter sur les droits de l'homme...
Il passe les trois premiers mois dans une cellule individuelle, les geôliers ne voulant pas que les autres le voient avec ses blessures. C'est alors que l'idée de créer une fondation pour venir en aide aux victimes de l'invasion lui est venue. Installé ensuite dans une geôle commune, il a été traité comme un héros par les autres détenus. Il a aussi pu voir une manifestation d'appui en sa faveur organisée au Liban.
Une fois libéré, le directeur de la chaîne qui l'employait a mis à sa disposition son avion privé et il a entrepris des contacts avec plusieurs pays pour qu'ils l'accueillent. Seule la Syrie a répondu présent. De Damas, il s'est rendu au Liban pour effectuer des examens médicaux, puis il s'est rendu en Suisse où il a passé trois mois. Les autorités suisses lui ont proposé l'asile politique. Mais il préfère rentrer à la première occasion dans son pays, où il bénéficie d'un grand élan de sympathie, ses frères et son père en témoignent chaque jour.
Est-il tenté par la politique ? « Pas du tout. Je ne suis pas un homme politique, je n'appartiens à aucun camp. Mais je ne peux pas supporter ce qui arrive à mon pays.
Avant d'accomplir mon geste, je croyais que je serais tué. Mais comme je ne suis pas mort, je me suis dit qu'il y avait là un message que je devais saisir. C'est pourquoi je souhaite utiliser cette sorte de notoriété au service de mon peuple. Je voudrais permettre aux veuves des Irakiens tués par les Américains, à leurs enfants et aux handicapés de gagner leur vie avec dignité, créer ainsi des centres de formation professionnelle, des ateliers de couture, etc. Je ne veux plus que les Irakiens soient humiliés et c'est pourquoi je souhaite lancer une campagne pour lever des fonds. »
Il rappelle que sa visite au Liban n'est nullement politique et c'est parce qu'il cherche des fonds qu'il s'est décidé à parler à la presse.
Il a même signé un contrat avec la maison d'édition Fayard pour écrire ses Mémoires. Le livre devrait paraître en septembre 2010. « J'ai commencé à le rédiger dans ma cellule individuelle. » Mountazar al-Zaydi répète qu'il ne porte aucune haine contre le peuple américain, mais contre la politique de George Bush qui d'ailleurs a été désavouée par les Américains eux-mêmes.
Malgré toutes les souffrances dont il porte encore les séquelles, il ne regrette rien et s'estime privilégié d'être encore en vie et de pouvoir se consacrer à sa cause.
« Je ne suis pas un héros, dit-il, mais j'ai simplement eu la chance de pouvoir agir. »
Scarlett Haddad |
19/01/2010
http://www.lorientlejour.com/category/Liban/article/64421...
4-4 La crise
Le début de l’année 2010 enregistre des régressions socio économiques très graves ainsi que la recrudescence des guerres impérialistes contre la plupart des habitants de la Planète :
•La crise capitaliste, qui a explosé après plus de dix ans de problèmes, va augmentant.
La menace de nouvelles catastrophes, plus virulentes que les précédentes, pèse sur le monde tout entier.
•Les nouvelles guerres colonialistes s’étendent à tout le Sud de la Planète, rappelant la période allant de la fin du XIX° siècle jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale (au milieu du XX° siècle), c’est-à-dire la période de la distribution des parts du « marché mondial » entre les grandes puissances et, surtout, la mainmise de ces puissances sur les sources d’énergie et de richesses que recèle le terre.
•Cette crise et ces guerres sont très visibles dans la région arabe, dans ses deux parties orientale et occidentale, tant par la situation en Palestine qu’au Liban ou, encore, en Irak et, nouvellement, au Yémen et au Soudan.
I. La crise capitaliste
A.Les Etats-Unis
La plupart des rapports et des analyses parus au début de 2010 s’accordent pour dire que les résultats de la première année de l’administration du nouveau président étasunien Barak Obama fut, pour tous ceux qui l’avaient appuyé et s’étaient enthousiasmé de sa venue au pouvoir, une déception générale et sur tous les plans. En effet, il est très vite apparu la grande différence entre les promesses tenues par le candidat à la présidence et les politiques entreprises par Obama en tant que président des Etats-Unis, et qui ne manquent pas de rappeler son prédécesseur George W. Bush ; faits attendus, vu que ce n’est, généralement, pas le président qui peut, à lui seul, prendre les grandes décisions, surtout en matière de politique économique.
-Ces rapports économiques, tant officiels que privés, mettent en avant des changements dangereux dans deux indices importants :
•Le premier est l’indice des saisies immobilières qui se sont élevées à 3 millions ; les Etats de la Floride, de l’Arizona, de la Californie et du Nevada venant au premier rang.
De plus, il est noté que plus d’un million de jeunes, qui avaient acheté un appartement durant la seconde moitié de l’an 2009 ou qui ont besoin d’un appartement, vont, soit céder leur logement, soit s’abstenir d’en avoir un, à cause de l’exacerbation de la crise et de ses répercussions sociales prévues.
•Le second, le plus important, a rapport avec la crise de l’emploi.
Le chômage croît à vue d’œil. Le rapport du « Bureau de statistique sur l’emploi » a noté une réelle augmentation du chômage déclaré et camouflé dont le taux est devenu 16,9% de l’ensemble de la population active ; il se répartit comme suit : 14,7 millions de chômeurs qui n’ont aucune possibilité de trouver du travail (9,8% de la population active) ; 9 millions qui ont un travail partiel ; 2,3 millions ont un travail intermittent dont le revenu est très loin d’être
Suffisant.
-En plus de ces indices, qui avaient constitué les détonateurs de la crise économique, il est nécessaire d’attirer l’attention sur deux autres points :
•Le premier, et malgré des déclarations très « rigoureuses », l’administration de Barak Obama continue à accorder une aide financière importante aux banques, dont, dernièrement, un prêt de 90 milliards de dollars.
•Le second réside dans la poursuite de l’escalade des dépenses militaires, à commencer par les nouvelles bases en Amérique latine, en passant par les nouvelles intervention militaires, tant au Yémen qu’à Haïti (sous prétexte d’apporter aide et assistance au peuple haïtien sinistré) ou au Soudan, pour aboutir à l’escalade en Afghanistan où de nouvelles troupes sont envoyées (30 mille), renforcées par un budget illimité aux opérations de la CIA, parmi lesquelles des assassinats menés à partir de drones très performants nouvellement créés.
Tous ces aspects réunis montrent que la nouvelle administration aux Etats-Unis poursuit les politiques néolibérales sauvages. Elle va dans le sens d’imposer des tendances économiques et militaires nouvelles aux alliés de Washington, dont : des aides imposées aux pays arabes pétroliers, la baisse du prix du dollar et des intérêts sur le dollar, les nouvelles guerres qui feraient travailler les usines d’armes et permettraient aux sociétés transnationales d’asseoir leur mainmise sur le monde.
B. L’Europe et l’Union européenne
Quant à la situation en Europe et, plus spécifiquement, dans la zone de l’Euro, elle ne va guère mieux. Au contraire ; les dirigeants de l’UE sont de plus en plus impliqués dans les objectifs militaristes étasuniens, en particulier dans les pays du Moyen et de l’Extrême Orient (l’Afghanistan, le Yémen, l’Iran) : ils dépensent beaucoup d’argent dans des guerres qui ne sont pas les leurs, tandis que les économies des pays relevant de l’Union vivent une forte récession et un chômage qui touche des millions de personnes.
Les rapports parlent de difficultés économiques, financières et monétaires pouvant aboutir à des crashs, tant en Espagne qu’en Grèce, au Portugal et en Italie.
Ils ajoutent aussi que le chômage a grimpé jusqu’au seuil de 10% (9,89%) de l’ensemble des forces actives, ce qui donne le chiffre de 23,519 millions de personnes.
Ce taux de chômage est le plus élevé depuis 10 ans ; d’ailleurs, il faut noter que l’augmentation mensuelle enregistrée durant la seconde moitié de 2009, fut de 1%. La Banque centrale espagnole, quant à elle, ajoute que le chômage en Espagne est près de 17% ; ce chiffre ira augmentant pour atteindre, à la fin de 2010, 19,4%. Les femmes actives sont celles qui subissent le plus de pression, vu que les répercussions de la crise se traduisent parmi elles par le taux de chômage le plus élevé ; elles sont suivies de près par les jeunes et les nouveaux venus dans le monde du travail. Ce qui laisse supposer que le chômage ne manquera pas d’avoir des répercussions sur la sécurité sociale et les autres caisses complémentaires.
BULLETIN MENSUEL
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.
- " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme - Article 19
07:46 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : irak, moqtada sadr, obama, résistance, occupants, bagdad, bombardements, al-qaïda, américains, al-maliki



